L’année 2025 s’est achevée, et quelle année ce fut ! Riche en mobilisations, en débats parfois tendus, en alertes lancées par les professionnels du social et en propositions pour sauver un secteur en crise. À travers les articles publiés sur ce blog tout au long de l’année, c’est le portrait d’un travail social qui résiste, qui s’interroge et qui refuse de baisser les bras qui se dessine. Retour sur ces douze mois d’engagement et de réflexion collective, mois par mois, en revisitant les thématiques qui vous ont le plus interpellés. Le choix des infos retenues est complètement subjectif, il n’est pas possible de les mettre toutes en avant tellement il y en a.
Janvier : la solidarité mise à l’épreuve dès les premiers jours
L’année a démarré sur les chapeaux de roue avec l’entrée en vigueur de la loi Plein emploi au 1er janvier. Les inquiétudes étaient vives concernant l’obligation des 15 heures d’activité hebdomadaire pour les allocataires du RSA. François Sauvadet, président de Départements de France, demandait même une pause dans son application. Cette réforme a marqué le ton de toute l’année : celui d’une responsabilisation accrue des personnes en difficulté, au risque de les sanctionner davantage.
Mayotte, avec des bidonvilles abritant une part importante de la population a subi les effets d’un cyclone. Le Conseil économique, social et environnemental adoptait un avis majeur sur l’effectivité des droits sociaux, porté par Isabelle Doresse d’ATD Quart Monde, recommandant fermement de ne pas subordonner les aides sociales à des contreparties. Un principe qui a été bafoué tout au long de l’année.
Le paradoxe de Polanyi : quand les procédures étouffent l’essence du travail social. Cet article, visiblement vous a intéressé au regard de vos commentaires. Il nous rappelait aussi comment les procédures administratives étouffent l’essence même de nos métiers, un thème qui revient comme un leitmotiv dans nos échanges.
Février : l’intelligence artificielle et des questions de fond
En février, un contre-sommet sur l’IA organisé à Paris le 7 février a permis de poser les vraies questions sur la technologie au service de l’humain. Thierry Breton, ex-commissaire européen, y rappelait l’importance de la souveraineté européenne face aux géants du numérique. Cette réflexion sur le numérique et ses dérives a traversé toute l’année, avec notamment les préoccupations grandissantes concernant la déshumanisation de l’accompagnement social. Merci à Olivier Griffith pour cette tribune !
La Finlande et la Suède ont réduit de façon spectaculaire le nombre de personnes sans logement : pour quoi ça bloque en France ? Ce pays nous donne une belle leçon en matière de lutte contre le sans-abrisme. Pendant ce temps, en France, l’approche « logement d’abord » peinait à se concrétiser, faute de moyens et de volonté politique réelle.
La résistance des travailleurs sociaux américains face aux attaques de Donald Trump nous a montré aussi que le combat pour la démocratie et les droits sociaux transcende les frontières.
Le Livre ouvert de Jacques Trémintin : « Métier à tisser », éducateurs et éducatrices : une aventure du lien social a célébré la richesse de ces professions souvent méconnues.
Mars : la journée mondiale et les inégalités persistantes
Le 18 mars, la Journée mondiale du travail social avait pour thème « Renforcer la solidarité intergénérationnelle pour un bien-être durable ». Un appel à créer des ponts entre les générations, alors que notre société semble de plus en plus fragmentée. L’affiche de la campagne représentait cette figure de l’aidant en chacun de nous, traversant la cascade avec ceux qui en ont besoin.
Mars a aussi été le mois où nous avons abordé frontalement la question « Vers une égalité réelle entre les femmes et les hommes : un combat toujours d’actualité« . Le rapport ministériel publié le 4 mars dressait un constat sévère : avec moins de 100 millions d’euros de budget (soit 0,02% du budget national), difficile de parler de « grande cause nationale ». Les inégalités salariales, les violences faites aux femmes, la charge mentale… autant de combats qui restaient d’actualité.
L’annonce de la création de l’Institut National du Travail Social (INTS) a suscité beaucoup d’espoir avec l’article Le futur Institut National du Travail Social (INTS) : une réponse ambitieuse pour la valorisation du travail social. Avec ses trois missions – centre de ressources, soutien à la recherche, cycle des hautes études – cette structure pourrait enfin donner au travail social la reconnaissance qu’il mérite. Encore faut-il que les moyens suivent…
Le Livre ouvert : « Faites-les lire. Pour en finir avec le crétin digital » a posé la question de façon provocante sur l’éducation à l’ère numérique.
Avril : l’enfance en danger et l’urgence d’agir
Avril restera marqué par la publication du rapport de la commission d’enquête parlementaire sur la protection de l’enfance. un article l’a analysé ainsi que plusieurs réactions dans Protection de l’enfance : l’État sommé d’agir, l’heure de la refondation a-t-elle sonné ?. Un document avec 92 recommandations pour refonder « un système à bout de souffle. » Les députées Laure Miller et Isabelle Santiago ont eu le courage de pointer les dysfonctionnements structurels et le désengagement chronique de l’État.
L’appel du HCTS – « Pour un travail social à la hauteur des défis sociétaux : agir maintenant ! » a aussi résonné comme une alarme. Plus d’un an après la remise du livre blanc en décembre 2023, les promesses gouvernementales tardent toujours à se concrétiser. Le baromètre des Territoires 2025 révélait pourtant que 90% des Français restent attachés à notre modèle de solidarité.
L’article Pourquoi les travailleurs sociaux ne sauveront pas le monde, mais peuvent encore le changer a particulièrement plu aux lecteurs du blog. Face aux 9 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté et aux 2 à 3000 enfants dormant chaque nuit dans la rue, les professionnels du social ne sont pas des super-héros, mais des acteurs lucides et engagés qui continuent d’inventer des réponses au quotidien.
Mai : mobilisation pour la protection de l’enfance
Le 15 mai, le collectif Les 400.000 appelait à une grande manifestation analysée dans « Les 400 000 » : Manifester pour sauver la promesse de protection de l’enfance. Ce nom fait référence aux 400.000 enfants qui, chaque année, devraient être protégés par les pouvoirs publics, mais dont beaucoup voient encore leurs droits bafoués. Cette mobilisation faisait suite à celle du 25 septembre 2024 et marquait un refus collectif de la résignation.
Le « Pacte du pouvoir de vivre », porté par un collectif d’associations et de syndicats, remettait les urgences sociales et écologiques au cœur du débat. Face à la multiplication des attaques contre les droits sociaux et notamment les sanctions visant les allocataires du RSA, ces organisations appelaient le gouvernement à sortir de l’immobilisme.
En mai également, il y a eu la parution du livre « Le travail social face au néolibéralisme. Entre assentiment et résistances ». C’est une analyse percutante des transformations du secteur depuis quarante ans. L’auteur Jean-Sébastien Alix identifiait trois profils de professionnels : les convertis (25%), les résistants (25%) et les non-dupes (50%) qui cultivent l’art de l’entre-deux.
Juin : la fin de vie et la bienveillance envers soi
Juin nous a plongés dans un débat éthique majeur avec ce point de vue de Jacques Trémintin posant une question : Le droit à mourir est-il légitime ?. La loi sur le libre choix de sa fin de vie suscite et suscitera toujours des discussions passionnées, interrogeant notre rapport à ce que l’on peut nommer la dignité humaine dans l’accompagnement des personnes en fin de vie.
Quand la bienveillance envers soi devient un acte professionnel rappelait l’importance de prendre soin de soi pour pouvoir prendre soin des autres. Dans un contexte de surcharge émotionnelle et de précarité des moyens, Travailleurs sociaux en détresse : quand ceux qui aident ont besoin d’aide devenait un cri d’alarme. Mathieu Klein, président du HCTS, s’interrogeait même lors d’un webinaire s’il ne fallait pas écrire un livre rouge, voire un livre noir du travail social, tant la situation devenait désespérante.
Le point de vue : « Pompier du système ou complice malgré moi ? Réflexions d’une éducatrice fatiguée mais pas éteinte » a touché beaucoup d’entre vous. Signé Amandine Lasseigne, éducatrice spécialisée. Elle nous expliquait dans son « Point de vue » que quand on travaille à l’ASE « on court toujours ». Elle nous a parlé de l’instrumentalisation des travailleurs sociaux et de son désir de voir leur situation s’améliorer. Sa sincérité et son analyse lucide des contradictions auxquelles font face les professionnels vous ont particulièrement touché.
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Juillet : canicule et précarité, la double peine
L’été 2025 a été marqué par des chaleurs très intenses à plusieurs reprises. L’article Chaleurs insoutenables : comment aider les personnes fragiles et les « sans-abri » cet été proposait des solutions concrètes : cartes interactives pour trouver des points d’eau, maraudes diurnes et nocturnes, commerçants solidaires… Face à la précarité énergétique estivale, la question n’était plus seulement de se chauffer l’hiver, mais aussi de supporter les canicules sans climatisation.
Le rapport du collectif sur le mal-logement publié a indiqué que tous les voyants sont au rouge !Il révélait qu’au 26 mai 2025, 7.239 personnes ayant sollicité le 115 étaient restées sans réponse, dont près de 2.214 enfants. Un chiffre en hausse par rapport à l’année précédente, témoignant de l’aggravation continue de la situation.
Août : retrouver le sens du travail social
En août, c’est les vacances, mais la question du sens est revenue avec force : Retrouver le fil du sens en travail social : réflexions et pistes pour sortir de l’impasse. Comment, dans une société où le plein emploi n’est plus la norme et où les inégalités se creusent, inventer de nouvelles formes d’accompagnement ? L’article proposait de réinterroger l’organisation du travail elle-même, en s’inspirant des concepts d’organisation libérée et de démocratie au travail.
Quel accompagnement social face aux théories complotistes abordait un sujet épineux : comment accompagner des personnes influencées par la désinformation ? Voilà un article publié en plein cœur de l’été qui mériterait d’être republié alors que l’IA est utilisé désormais pour diffuser de fausses informations en vue d’accroitre les tensions.
Septembre : la réforme des diplômes et ses controverses
Septembre a été dominé par la polémique autour de la réforme des diplômes du travail social. Une réforme adoptée le 2 juilletde façon que certains estiment expéditive. L’article Point de vue | Réformer le travail social : standardiser ou penser autrement ? était signé Angélique Revest Elle nous a expliqué ce que révèle la réforme de la formation aux métiers du travail social. Pour elle, leur « technicisation » reste une illusion d’efficacité. Angélique nous a aussi gratifié d’un second article qui a été beaucoup partagé. Elle faisait part de ses propositions pour « Former des acteurs, qui ne soient pas de simples exécutants ».
La rentrée nous annonce un Bis repetitae : allons-nous vers une nouvelle réforme de la protection de l’enfance ? Alors que l’instabilité gouvernementale était à son comble Catherine Vautrin, ministre annonçait un projet de loi pour l’automne avec deux piliers : prévenir et éviter le placement, et développer l’accueil familial. Des promesses déjà entendues par le passé… Mais l’affaire n’est pas mise sous le tapis puisque le Gouvernement actuel a annoncé présenter un projet de loi de refondation, co-porté par le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, et la ministre de la Santé et des Familles, Stéphanie Rist. Le texte sera examiné en conseil des ministres au premier trimestre 2026.
En septembre aussi le baromètre du Secours populaire révélait une France en détresse. Ce qui s’est traduit par cet article intitulé « Quand la pauvreté frappe à toutes les portes : radiographie d’une France en détresse avec le Secours populaire« . 50% des 18-34 ans se déclaraient mécontents de leur niveau de vie, contre 33% en 2010. La pauvreté frappe à toutes les portes, touchant particulièrement la jeunesse.
Octobre : écologie et travail social, un nouveau paradigme
Octobre nous a offert une conversation passionnante avec le « Point de vue de Dominique Grandgeorge. : Quand l’écologie bouscule le travail social » Son livre « Écologiser le travail social » proposait une approche globale et systémique pour repenser nos pratiques professionnelles à l’aune des défis climatiques. Une thématique encore trop marginale dans le secteur, mais appelée à devenir centrale.
La mobilisation de seize associations et syndicats contre le décret sur les sanctions du RSA publié en mai dernier a aussi fait la Une. Cet article témoigne de l’indignation collective dans Liberté, égalité, sanctionné !… Seize associations et syndicats attaquent l’État pour sa politique de sanctions. Tout est dit dans le titre ou presque, lisez-le quand même !
Et puis il y a eu cette enquête menée en Belgique entre janvier et mars 2025 sur le bien-être des professionnels, analysée dans Professionnels du lien et du social en Belgique : tenir, résister ou disparaître ? Il nous a montré une profession en tension extrême avec des constats en complète résonnance avec la situation française.
Novembre : l’extrême droite et les manipulations numériques
Je suis revenu en novembre sur ce sujet très politique : L’extrême droite à la conquête des réseaux sociaux : anatomie d’une stratégie de manipulation. En février 2025, le parquet de Paris ouvrait une enquête sur le fonctionnement des algorithmes de X (ex-Twitter), soupçonnés de fausser le débat public. Mon article décryptait ces mécanismes inquiétants pour nos démocraties.
Il a aussi été question du rapport sur les 1.022 décès de personnes à la rue recensés en 2025. Cela nous rappelle la violence de notre société envers les plus vulnérables. Le collectif Morts de la rue appelait à une réforme profonde des politiques publiques en matière de logement et d’accompagnement.
L’article « CaseAI promet d’aider les travailleurs sociaux : mais qui protégera les données de leurs usagers ? » pose la question essentielle de la protection des données. Entre promesses technologiques et risques éthiques, le débat sur la place du numérique dans l’accompagnement social restait plus que jamais d’actualité. Pour la petite histoire sachez que cet article m’a valu d’être contacté par Paul Duan le promoteur de Case AI qui a voulu que nous échangions sur ce sujet.
Décembre : bilan et perspectives
Décembre a été le mois des bilans. L’affaire analysée dans Vaucluse : quand le mot « réorganisation » masque la déconstruction de services de protection de l’enfance illustre les ravages des politiques d’austérité sur le terrain. L’article 28% des femmes en couple sans compte bancaire en 2025 : quand l’argent devient une arme invisible de domination révélait une réalité souvent méconnue de la violence économique.
Le Point de vue : L’ASE-bashing est de retour ! Mais, a-t-il jamais cessé ? dénonçait les attaques récurrentes contre l’Aide sociale à l’enfance, boucs émissaires commodes des dysfonctionnements systémiques que personne ne veut vraiment corriger.
Une année de résistances et d’espoirs
2025 aura été une année charnière pour le travail social. Entre les réformes contestées, les mobilisations collectives, les alertes du HCTS, la création de l’INTS et les propositions pour la protection de l’enfance, les professionnels du social ont montré leur capacité à résister, à penser et à proposer des alternatives.
Cette année nous a rappelé que le travail social est profondément politique, au sens noble du terme : il interroge notre modèle de société, nos valeurs de solidarité, notre rapport à la vulnérabilité. Les travailleurs sociaux ne sont pas des héros, mais ils sont indispensables. Ils tissent chaque jour ce lien social qui empêche notre société de se fragmenter complètement.
Les 1,3 million de professionnels du secteur continuent d’inventer, de ruser, de s’adapter, de résister. Cela malgré les contradictions institutionnelles, les injonctions paradoxales, la précarité des moyens et la surcharge émotionnelle. Leur détermination force le respect.
Alors que nous entrons dans une nouvelle année, les défis restent immenses : financement pérenne du secteur, reconnaissance des métiers, amélioration des conditions de travail, refondation de la protection de l’enfance, lutte contre la pauvreté galopante… Mais une chose est certaine : les professionnels du social ne baisseront pas les bras. Ils continueront à accompagner, à soutenir, à résister. Car c’est leur métier, leur engagement.
Merci à vous, chers lectrices et lecteurs fidèles de ce blog, d’avoir suivi ces débats tout au long de l’année. Certain(e)s d’entre vous les ont nourris de leurs commentaires et de leurs expériences. C’est ensemble que nous ferons avancer les choses.
Bonne année 2026 ! Qu’elle soit porteuse d’espoir et de transformations véritables pour le travail social.
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