Jacques Témintin que l’on ne présente plus dans ce blog, vous propose son point de vue après avoir vu le reportage d’envoyé spécial d’Elise Lucet sur la prostitution des mineurs confiés à l’Aide Sociale à l’Enfance. L’ASE Bashing n’a jamais cessé nous dit-il, mais comment sortir de cette pratique pour comprendre un phénomène bien réel ?
Le jeudi 27 novembre le magazine Envoyé spécial proposait un reportage sur la prostitution des mineures. Les victimes seraient environ 20 000 en France, y apprend-on. Et 80 % d’entre elles seraient placées à l’Aide sociale à l’enfance. La construction de ce documentaire est conforme aux exigences du journalisme : des déplacements in-situ, des enquêtes de terrain, des témoignages d’acteurs directement concernés, une recherche du contradictoire, des demandes d’interview de responsables qui -pour les uns- parlent (maladroitement), pour les autres s’y refusent (semblant ainsi fuir leurs responsabilités).
Le téléspectateur ne peut que réagir en écho du scénario concocté : puisque l’ASE ne peut empêcher cette prostitution, elle en devient sinon coupable, du moins complice ! Il y a là un biais fréquemment employé dans ce type de documentaire, comme trop souvent par le passé : la méconnaissance des mécanismes de protection de l’enfance. Ces fonctionnements apparaissent, au reporter comme au citoyen, nimbés d’énigmes, de mystères et d’incohérences incompréhensibles.
Difficile d’en faire le reproche aux journalistes. Les travailleurs sociaux tenus au secret professionnel n’ont pas l’habitude de s’épancher auprès des média sur les raisons de leurs postures. Cela les contraindrait à s’étaler publiquement sur les situations familiales des mineurs et leur cheminement. Ce qui leur est interdit. Alors ils encaissent, sans pouvoir s’expliquer. Après 28 ans en tant que référent ASE et trois livres sur cette administration, je m’autorise à cette proposition de décodage.
Commençons par ces adolescentes que l’ASE accueille. Elles sont marquées au coin d’une inimaginable souffrance. Elles arrivent traumatisées et s’engagent dans un cheminement lent, sinueux et rempli de chausse-trappes, qui doit les conduire à leur reconstruction. Mais, si elles sont beaucoup fragilisées par leur parcours antérieur, elles vivent tout autant avec une forte ambivalence.
Cette ambigüité sur ce qu’elles sont et ce qu’elles veulent devenir ne leur est pas spécifique. Elle se retrouve chez nombre d’autres adolescentes. Mais là, cette inconstance est décuplée en raison de l’insécurité, de la carence affective et de l’incertitude aléatoire dans lesquelles ces jeunes filles ont souvent grandi.
Retirées d’un milieu familial maltraitant ou dysfonctionnant, elles sont déstructurées, perdues, éparpillées dans leurs représentations. Elles ont besoin de se raccrocher, pour survivre psychiquement, aux personnes qui leur tendent la main. Elles attendent et sont demandeuses, tout en rejetant et contestant ce qui peut leur être proposé.
Leurs compétences ne demandent qu’à se déployer. Elles vont y parvenir pour beaucoup. Mais, pour y arriver elles se heurtent à des épreuves lourdes et douloureuses qu’elles doivent franchir. Si elles recherchent de l’aide, elles s’en méfient. Si elles attendent une protection, elles la testent pour en mesurer la solidité. Si elles ont tant envie de faire confiance, elles se méfient : elles ont si souvent été trompées.
Les éducateurs qui les accompagnent leur proposent un cadre qui peut s’avérer frustrant et contraignant pour elles. La scolarisation, les heures de sortie limitées, l’argent de poche jamais suffisant, le refus de disposer de leurs soirées comme elles le souhaitent, la filtration de leurs fréquentations … sont autant d’obligations qui leur sont parfois difficiles à supporter et à respecter. Elles étouffent. Elles ont besoin d’air. Elles veulent vivre en se débarrassant de ce qu’elles considèrent comme d’insupportables entraves.
L’apparente liberté et l’illusoire aisance financière que font miroiter les prédateurs peuvent s’avérer alléchantes. Elles sont prêtes à tout pour sortir d’un passé traumatisant, y compris une hasardeuse aventure. Manquant de repères, atteintes d’une potentielle instabilité du comportement ou encore trop impulsives quant aux conséquences de leurs actes, il n’est pas étonnant que certaines d’entre elles se laissent parfois happer, tombant alors sous l’emprise de la pire espèce de manipulateurs.
L’opinion publique est horrifiée par la terrifiante dérive de la prostitution. Et comment pourrait-elle ne pas l’être ? Car ce dont il est question c’est bien de situations d’enfants se retrouvant, dès 12 ans, entre les griffes des réseaux de traite d’êtres humains et vendus à des clients qui massacrent leur innocence.
Pourtant, aussi insupportable soit-elle, cette réalité n’est pas un coup de tonnerre dans un ciel serein. C’est une horreur supplémentaire qui vient se rajouter à l’inceste et autres agressions sexuelles, aux violences physiques et psychologiques, aux négligences et aux abandons, aux trahisons et à l’insécurité imposés aux enfants.
Il faut ouvrir les yeux. L’horreur ne naît pas avec la prostitution récente des enfants. Ils sont 166.000 chaque année à être victimes de violences sexuelles. Et ce, bien avant que les proxénètes viennent ne rajouter dans le tableau des abominations.
La prostitution est une problématique qui est venue se rajouter tardivement à nombre d’autres. Car cela fait longtemps que le quotidien de nombre foyers d’adolescentes se conjugue potentiellement aux fugues à répétition, aux vols, aux trafics divers et variés, à la toxicomanie, aux ruptures scolaires, aux tentatives de suicide, aux troubles de la personnalité, à la délinquance, aux problèmes psychiatriques, aux souffrances psychologiques etc.
La raison n’est pas à rechercher du côté des dysfonctionnements personnels de ces jeune-filles. La cause est à trouver du côté du trop plein de souffrance, d’agressions, humiliations subies. La coupe est pleine et elle déborde ! Ce qui est plutôt étonnant, ce ne sont pas les actes qu’elles commettent pour tenter de se débarrasser de leurs traumatismes, mais qu’elles n’en fassent pas 10, 100, 1000 fois encore plus, après ce qu’elles ont subi !
Le pire est sans doute quand elles se renferment sur elles-mêmes. Elles se scarifient. Elles absorbent des substances pour tenter d’oublier tant les épreuves par où elles sont passées que celles qu’elles vivent encore. Ou elles cherchent à se foutre en l’air pour mettre un terme à une souffrance insupportable. Elles se renferment sur eux-mêmes et leur douleur : c’est l’auto-agressivité.
L’autre façon de hurler sa douleur, c’est l’hétéro agressivité. Les actes antisociaux sont ceux qui apparaissent les plus insupportables pour le monde extérieur, parce qu’ils l’atteignent directement. Mais, ce que subit alors la société, c’est l’expression d’une incommensurable souffrance vécue au centuple par ces jeunes.
Face à ces manifestations, les professionnels sont contraints de rabaisser leur seuil de tolérance. S’ils réagissent à ces passages à l’acte, en rappelant la loi, ils les décodent comme autant de symptômes des traumatismes vécus. Bien sûr, toutes les jeunes prises en charge par la protection de l’enfance ne peuvent être assimilées à une telle typologie. Mais ce terreau décrit ici est bien celui sur lequel peut surgir la mauvaise graine : celle qui les pousse vers les proxénètes.
La stratégie pour contrer ces dérives est complexe. Peut-on imaginer un instant enfermer ces jeunes à clé dans leur chambre ? Un foyer d’accueil n’est pas une prison. Sans compter que la mineure trouvera toujours l’occasion de s’échapper à un moment ou à un autre. Téléphoner aussitôt à la police ? Celle-ci se déplacera une fois, deux fois, trois fois … Mais rapidement, elle renoncera n’ayant pas que cela à faire.
Répéter encore et encore les risques encourus ? Qui a déjà été confronté aux mécanismes de l’emprise sait que c’est chose vaine. Cela doit bien sûr être répété toujours et encore. Mais la garantie de convaincre est évanescente. Parce que l’adolescente n’entend pas, ne veut pas entendre, ne peut pas entendre.
Exclure du foyer la jeune-fille qui constitue un danger de contagion pour les autres jeunes placées ? Cela se fait. Mais qu’est-ce qui attend alors, la jeune concernée ? Un autre foyer où tout peut recommencer ? Le retour dans sa famille maltraitante ? Ou la rue … C’est reculer pour mieux la faire sauter dans la continuation de l’enfer.
Mobiliser les parents ? Si leurs dérives éducatives ont nécessité un placement, ils ne sont pas forcément les mieux placés. Déplacer les jeunes concernées loin des réseaux de prostitution pour les mettre à l’abri ? Il faut pour cela avoir d’abord l’accord de la jeune. Ce qui peut prendre du temps. Il faut ensuite que les Conseils départementaux (qui gèrent les ASE) en aient les moyens financiers. Faut-il rappeler les 2,5 milliards d’économies que le projet de budget 2026 leur demande encore de réaliser ?
Les travailleurs sociaux ne sont pas adeptes des invocations miracles du style « yaka » / « faukon ». Ce qu’il leur reste face aux jeunes-filles engagées dans la prostitution, c’est de garder le contact, de constituer à tout moment un recours possible, de se montrer bienveillant et disponible et surtout de rester présents inconditionnellement …
En un mot comme en cent, être là quand la jeune fera appel, se sentira prête, cherchera à s’en sortir. La patience, la bienveillance, la ténacité sont les seules vertus qui leur restent trop souvent. Elles portent ses fruits. Pas immédiatement, mais à terme. Que toutes celles et tous ceux qui y voient de la passivité, voire de la complicité fassent des propositions alternatives. Les équipes éducatives sont preneuses.
Les professionnels assument quotidiennement cette réalité, en adoptant des postures qui ne les satisfont pas eux-mêmes. L’attente leur est insupportable (ils ne sont pas payés pour regarder sans pouvoir agir). La culpabilité les taraude (ils ont le sentiment de ne servir à rien). L’impuissance les décourage (ils ne peuvent assurer correctement leur mission de protection de l’enfance). Même s’ils baissent parfois les bras, leur créativité est à l’œuvre à bas bruit. Ils bricolent, s’ajustent, innovent, avec leur petits moyens.
Cela n’est pas compris par l’opinion publique qui ne cesse de les mettre en accusation. Un enfant meure sous les coups de ses parents ? Ils auraient dû intervenir plut tôt pour l’éviter. Une adolescente subit l’inceste pendant des années ? Ils auraient dû le savoir et réagir bien plus tôt. Une fratrie en bas âge délaissée par ses parents est retrouvée en situation de dénutrition avancée. Pourquoi ne les ont-ils pas retirés plus tôt ?
Une adolescente se prostitue sans qu’ils l’ignorent. Ils auraient dû l’en empêcher. Ils n’ont rien fait pour éviter le drame ? Hors de toute connaissance des circonstances, l’opinion publique en est sûre ils sont les coupables idéaux. Et cet avocat marseillais d’attaquer en justice les présidents de conseils départementaux pour inaction.
La société ne mesure pas dans quel état de détresse ces enfants arrivent. Ce sont souvent des grenades dégoupillées qui sont confiés à l’ASE. Il lui est demandé de s’en débrouiller pour qu’elles n’explosent pas. Mais quand elles éclatent, c’est cette ASE qui est montrée du doigt.
Les pompiers agissent avec courage et détermination pour sauver les habitants d’un immeuble en flamme. Les rend-on responsables de n’avoir pu éviter que certains périssent dans l’incendie ?
Les sauveteurs en mer affrontent des flots déchaînés pour porter secours à un bateau de pêche en perdition. Les rend-on responsables de ne pas toujours réussir à arriver avant que l’embarcation ne coule ?
Les services de cancérologie suivent avec persévérance et humanité les patients atteints de ce terrible mal. Les rend-on responsables des plus de 160 000 décès annuels de malades du cancer ?
Les uns et les autres sont loués pour leur abnégation et leur dévouement, leur courage et leur capacité à faire face aux pires détresses. Ce n’est pas le cas des professionnels de la protection de l’enfance. Si la dénonciation est utile et nécessaire, il n’est pas possible de s’enfermer dans la seule déploration.
Des centaines de milliers d’enfants confiés à l’ASE grandissent chaque année dans les meilleures conditions possibles. Ils font rarement la une des magazines. Seuls sont mis en avant les échecs. Chacune des victimes de violences faites aux enfants renvoie à la défaillance de l’ensemble de la société.
Les professionnels font des erreurs, évaluent parfois mal, avec des conséquences dramatiques. Notre société a le droit et le devoir de leur demander des comptes. Mais qu’elle commence d’abord par se regarder en face, avant de se défausser sur des bouc-émissaires !
Jacques Trémintin
Voir ici le reportage d’Envoyé Spécial sur le site de FranceTV
Photo en une : Capture d’écran France 2. Elise Lucet qui montre du doigt où se trouve un des foyers de l’aide sociale à l’enfance « dans XVème arrondissement à Paris » précise-t-elle…
Note : Si, comme Jacques, vous souhaitez publier une tribune sur un sujet de votre choix dans ma case intitulée « point de vue », n’hésitez pas à me contacter à l’adresse mail suivante : didier[@]dubasque.org (retirez les crochets « [ » et « ] » mis là pour éviter que des robots s’en emparent). J’étudierai avec plaisir votre proposition de texte. Merci à vous.



3 réponses
Merci pour ce point de vue de concerné, qui manque cruellement au reportage d’envoyé spécial (et vous expliquez même pourquoi des bons journalistes sont rendus borgnes ici).
Mon humble point de vue de non concerné, suite au reportage a été: en gros l’ASE fait… comme les parents.
– Comme les parents, l’ASE ne peut pas enfermer un ado, l’empêcher de fuguer et de faire des conneries… tout en étant responsable de lui.
– Comme les parents, l’ASE donne les conditions matérielles aux ados pour qu’ils aillent à l’école, décrochent un diplôme puis s’insèrent comme les autres.
Donc c’est la responsabilité individuelle des ados de choisir l’école plutôt que l’ennui/la fugue/les conneries (et qu’est-ce qu’on se fait chier à l’école aussi, mais au moins on est dans un cadre, et avec un espoir d’émancipation au bout).
Maintenant le problème à résoudre est que les ados abimés se tirent vers le bas en vivant ensemble (ils ne sont pas en sécurité entre eux, ils s’exploitent, se menacent… à cause de leurs souffrances). Et là il faut travailler pour trouver une meilleure solution.
(En parlant de travail, les ministres ou présidents de département qui sont responsables et qui refusent de répondre aux journalistes car ils n’ont pas travaillé assez devraient être licenciés pour faute grave!)
Bonjour Jacques,
Grand merci pour ton article dont je partage l’ensemble des constats et mises en perspective. Je suis aujourd’hui à la retraite après 42 ans d’activité à l’ASE du 93, en qualité d’éducateur puis chef de service et directeur d’une structure d’accueil de jour durant 12 ans et c’est bien de cette place que j’entends m’exprimer.
Sans expressément les nommer dans ton article, tu évoques, entre autres, ce que l’on nomme les troubles abandonniques qui affectent la majorité des jeunes accueillis, lesquels participent de cette ambivalence ressentie vis-à-vis de la demande d’aide. Aussi, pour ne pas faire trop long, je me questionne depuis longtemps sur les modalités même d’accueil et d’accompagnement de ces jeunes en structures collectives. En effet, comment ne pas s’interroger ensemble sur les effets induits d’une prise en charge en foyers, proposé quasi systématiquement aux adolescents(es) type MECS, foyers départementaux… comme seul horizon d’aide. Nous savons que trop bien aujourd’hui l’effet produit par la « concentration » en un même lieu de jeunes en grande souffrance. Il génère des problèmes spécifiques, qui viennent s’ajouter aux difficultés initiales. Dans cet ordre d’idée, la déshérence du secteur de la pédopsychiatrie n’est pas de nature à soutenir l’action éducative des travailleurs sociaux. Or, il existe bien un grave problème de santé mentale pour nombre de ces jeunes aux prises avec des traumatismes de toutes natures et peu de réponses adéquates, en termes de consultations psy aux délais d’attente incommensurables ou de places disponibles dans les services dédiés en pédopsychiatrie, dites places d’accueil « lits ados ». En Seine-Saint-Denis, une vingtaine ! J’évoquais plus avant l’idée d’innovation dans les modalités d’accueil des ados, nous sommes en 2025, alors qu’en termes de réponses celles-ci reposent toujours sur un paradigme de prise en charge du 19e siècle ! Il y a bien eu les lieux de vie, aux prises en charge contrastées. Les séjours de rupture, en France et même à l’étranger. On a aussi commencé à diminuer le nombre de places d’accueil avec des unités de vie de 5 à 8 jeunes, de même développée les aides à domicile, cela allait dans le bon sens. Mais pour ma part, lorsque j’étais en fonction en circonscription, je me suis attaché avec d’autres collègues à orienter ces jeunes « désorientés » en famille d’accueil, avec des résultats très encourageants, notamment ceux concernant les jeunes en rupture, nommés en interne « les incasables ». Ainsi, il apparait à l’expérience que collectivement, nous ne puissions plus faire l’économie d’une mise à plat de nos formes de prises en charge, qui se devraient d’être transdisciplinaires et multimodales (accueil séquentiel..), pour tenter de désamorcer la chronique d’un échec annoncé, par l’accueil de ces jeunes en institutions. Enfin, en qualité cette fois de thérapeute familial, je confirme que certains parents ne peuvent collaborer avec l’ASE, au regard de leur propre responsabilité engagée dans la désorganisation affective et sociale de leur enfant, notamment dans les situations de haute maltraitance.
La toxicité de ces liens nous invite à protéger l’enfant. Je soutiens néanmoins que cette typologie familiale et très minoritaire à l’ASE, pour existante qu’elle soit. Dans cet ordre d’idée, on confond encore trop souvent dans notre champ professionnel, les effets de la maltraitance sur le développement de la personne et ceux résultants des carences éducatives parentales, qui ne procèdent pas des mêmes causes et appellent des approches spécifiques. Aussi, l’absence de formation et de culture à l’ASE du travail dans le champ de la parentalité, participent bien souvent à creuser et accentuer la problématique insécure des enfants. Cette insécurité amplifie et nourrit à son tour la dévalorisation de soi. Or, ce manque d’estime de soi est selon moi, tant du côté des enfants que des parents, l’un des marqueurs d’un désengagement funeste à l’idée de changement. En l’absence d’espoir, c’est la désespérance de soi et des autres qui advient, avec sa cohorte de passages à l’acte auto ou hétéro agressifs, conduites à risque…. À nous donc d’être les artisans d’une « promesse » à construire, aux côtés des parents et des enfants, un avenir plus sécure pour chacun. De même l’évaluation en amont des placements reste un problème abyssal créant, faute de moyens et méthodologie partagée dans le secteur, un engorgement des saisines judiciaires, débouchant sur des OPP d’évaluation du risque et non de protection (comme initiée dans la loi).
Pour conclure, si nous devons, à l’instar de ton remarquable article, non pas défendre l’ASE, mais user de pédagogie vis-à-vis des journalistes et plus généralement à l’adresse du grand public, afin d’ouvrir la réflexion au complexe des situations rencontrées à l’ASE, celle-ci ne doit pas nous exonérer d’une réflexion sur les enjeux sous-jacents. Sans contrition, avec professionnalisme, ouvrir le débat sur les causes profondes d’une telle exposition des jeunes placés ; sauf à invoquer une fatalité en forme d’impuissance à conjurer ce fléau. En cela, instruire une réflexion fondée sur le rôle préventeur de nos services et se détacher de l’idée que l’ASE ne serait qu’un service mandaté, comme trop souvent conçu encore par certains professionnels.
Merci encore pour ton très bel article.