AP-HP : comment accélérer la sortie des malades avec une start-up à but lucratif installée au sein de l’hôpital

Un article du Canard enchainé a mis le feu aux poudres. Il révèle que l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris  (AP-HP) a fait appel à une entreprise privée, une start-up Baptisée Noé Santé pour « accélérer la sortie des malades ». Le contrat s’élèverait à 960.000 euros. « Le privé il n’y a que ça de vrai, dirait Mc-Kinsey ! » indique le Canard. « Les salariés jeune pousse ont installé leurs bureaux… dans les locaux de l’AP-HP. Cette structure est chargée d’accompagner le retour au domicile des patients hospitalisés et d’optimiser la durée moyenne de leur séjour à l’hôpital ». Entendez par là raccourcir le temps d’hospitalisation.

Cette information a fait bondir les assistantes sociales hospitalières qui sont allées voir d’un peu plus près de quoi il s’agit. La startup « Noé Santé », société à but lucratif, dit d’elle : « Nos objectifs sont de permettre : aux patients un retour plus rapide chez eux », « aux établissements hospitaliers de réduire la durée moyenne de séjour d’hospitalisation » « aux mutuelles complémentaires de diminuer les remboursements des postes d’hospitalisation ». En pratique, cette société est rémunérée 4000 euros par mois et bénéficie d’un forfait pour tout patient renvoyé à domicile rapidement. Bref, seul le rendement permet de gagner plus d’argent ou du moins de se rémunérer correctement.

Un collectif de 26 assistantes sociales exerçant à l’hôpital Cochin, syndiquées et non syndiquées s’est réuni avec le syndicat FO APHP, pour dénoncer ce contrat qui est « passé sur le dos des patients ». En outre, il laisserait supposer que les assistantes sociales hospitalières ne font pas assez diligence pour « sortir » les patients de leurs chambres puisque le retour à domicile lorsqu’il est problématique fait partie de leur travail.

L’Intérêt du patient avant toute autre considération

Elles ont rédigé une motion qui rappelle d’abord leurs missions.  « Assistantes sociales des patients, une de nos missions au sein de l’institution est d’accompagner les patients et leur famille dans un parcours de soins, pendant et après leur séjour à l’hôpital, dans les domaines de l’accès aux soins, l’accès aux droits et l’organisation des sorties adaptées à la situation de chacun d’eux » écrivent-elles.  Elles exercent leur profession dans le respect du code de déontologie de la profession, dans le respect du secret professionnel auquel elles sont tenues. Elles agissent dans le cadre d’une mission de service public en respectant les obligations de la fonction publique hospitalière.

Cela les conduit à agir dans l’intérêt du patient, sans discrimination, en restant attachées aux valeurs éthiques de l’hôpital public. Mais voilà, plutôt que de remplacer les postes vacants du service social de l’hôpital et de recruter des assistantes sociales dont le métier promeut des pratiques éthiques d’accompagnement, l’administration a préféré faire appel à une start-up dans le cadre d’un appel à projet.

On voit bien là toute la distance qui existe dans le mode de gestion de l’hôpital. Introduire une logique d’intéressement pour être plus « performant » c’est-à-dire plus rentable en limitant l’occupation des lits alors que le service social continue d’agir avec les familles pour accompagner les patients en difficulté pour qui le retour à domicile est problématique.

Des infirmiers travaillant dans le privé au sein même de l’hôpital

De son côté l’AP-HP explique sur son site avoir mené une expérimentation permettant de faire appel à des infirmiers coordonnateurs des sorties. Ils ont désormais pour mission de gérer le retour à domicile des patients. Et c’est bien là, la différence : alors que les assistantes sociales accompagnent des personnes vulnérables, les professionnels de Noé Santé gèrent les places occupées. Ce n’est pas tout à fait la même chose.

L’AP-HP explique que Noe Santé n’intervient que sur les aspects logistiques : mise en place des prestations infirmiers / kiné à domicile, transport, livraison de médicaments, auxiliaires de vie, portage de repas, etc. Mais c’est justement l’une des missions du service social de l’hôpital. Malgré cela, l’expérimentation menée par l’hôpital se veut enthousiaste « Les premiers résultats sur la base de 267 patients sont positifs. En effet, les premiers retours des services expérimentaux semblent indiquer une baisse du taux de retour à l’hôpital des patients dans les semaines qui suivent le retour à domicile » écrit l’AP-HP sur son site. Cela confirme bien que sous couvert de modernisation, c’est bien le taux de retour à domicile qui est la norme d’évaluation du travail engagé.

Un appel à solidarité

Les assistantes sociales ont rédigé une motion et invitent les professionnels de l’hôpital à la signer. « Noé Santé n’a pas sa place au sein de l’AP-HP » écrivent-elles. La Start-up « n’a pas de légitimité à intervenir au sein de notre hôpital puisque nous remplissons déjà ces missions, dans un esprit collaboratif avec les équipes médicales et dont le but est de soigner et d’accompagner selon les besoins et non selon les moyens ».

Pour l’ensemble de ces raisons, les assistantes sociales exigent :

  • La dénonciation immédiate du contrat avec « Noé Santé »
  • L’embauche d’assistantes sociales sur les postes vacants
  • Le remplacement de leurs collègues en arrêt maladie, congés maternités et suspendus
  • L’augmentation leur salaire par l’augmentation du point d’indice

 

« Unissons-nous pour mettre fin à cette politique de privatisation » concluent-elles dans leur appel

 

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Photo créé par benzoix – fr.freepik.com

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Une réponse

  1. C’est toujours le même processus… vider les finances publiques pour le privé… il n’y a plus que la liberté de certains, égalité et fraternité sont allègrement piétinees!

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