Bonjour et bienvenue à cette revue de presse qui vous emmène au cœur de ces quelques situations où les politiques sociales se confrontent à la réalité des personnes : du Finistère, où des allocataires du RSA se rebellent contre des contrôles jugés «irréalistes» et un «harcèlement moral institutionnel», à Bordeaux, où des salariés du médico-social se déguisent pour mieux faire entendre leur voix sur leurs conditions de travail, en passant par les remous autour de la réforme du RSA et des sanctions qui continuent de faire débat. Vous y trouverez aussi des élus qui assument une action sociale de proximité face à des critiques de plus en plus radicales. Sans oublier les multiples liens susceptibles de vous intéresser installez vous confortablement et… Bonne lecture.
Dans le Finistère, des allocataires du RSA se lèvent contre des contrôles «irréalistes» et un «harcèlement moral institutionnel»

Voilà une affaire qui est en train de prendre une ampleur nationale. Six allocataires du RSA du Finistère, soutenus par l’union départementale CGT, ont engagé un bras de fer inédit avec leur département, qu’ils accusent de harcèlement moral institutionnel à travers des contrôles jugés excessifs et humiliants. Au cœur de ce contentieux, le président du conseil départemental, Maël de Calan, et le directeur emploi, insertion et logement, Romain Chantelot, sont cités à comparaître devant le tribunal correctionnel de Brest, accusés d’avoir mis en œuvre et maintenu une politique de contrôles conduisant, selon les plaignants, à la suspension programmée de leurs droits sociaux. Libération consacre de larges colonnes à ce sujet et la journaliste Anne-Sophie Lechevallier a pris le temps de bien documenter son article.
Tout commence pour ces allocataires par un courrier à l’en-tête « Finistère. Penn-ar-Bed », annonçant un « contrôle RSA » au nom du « juste droit ». Il est rapidement suivi d’exigences de justificatifs toujours plus nombreux, s’étalant souvent sur plusieurs mois, sous la menace explicite de suspension en cas de réponse tardive ou incomplète. Les allocataires racontent devoir reconstituer le moindre mouvement bancaire, faire attester par leurs proches un virement pour un cadeau d’anniversaire ou une opération médicale, comme cette maraîchère sommée de justifier des cagnottes familiales ou ce couple de grands-parents écrivant pour expliquer 200 euros versés à leur petit-fils. Dans plusieurs témoignages, notamment ceux de Morgan, de Gaëlle ou de Jeanne, le contrôle se transforme en une mise en cause de leur mode de vie, de leur santé ou même de leur situation familiale, jusqu’à cette phrase rapportée par une allocataire, entendue en haut-parleur d’un bureau d’assistantes sociales : « Ces gens-là n’ont pas à avoir ce genre de loisirs. Ces gens-là n’ont pas à avoir d’argent en plus du RSA ».
Derrière ces situations individuelles, les plaignants et la CGT décrivent une politique assumée de réduction du nombre d’allocataires, portée par un « plan RSA » lancé en 2022 par le département, avec des objectifs chiffrés. Les chiffres cités par la plainte sont saisissants : entre 2021 et 2025, le Finistère est passé d’environ 17.760 à 13.420 allocataires du RSA, soit une baisse de 24,4%, sept fois supérieure au recul observé au niveau national sur la même période. Cela correspond à 3.015 contrôles menés pour 1.200 radiations prononcées. Les plaignants estiment que ces pratiques portent atteinte à « l’effectivité d’un droit social fondamental » et à la dignité des personnes privées d’emploi, d’autant qu’aucune fraude n’est constatée dans plusieurs dossiers, sans pour autant que les sommes suspendues soient systématiquement restituées, à l’exception d’une seule allocataire qui a engagé un recours en contentieux.
Les témoignages publiés en parallèle montrent le coût humain de ces contrôles sur la santé mentale et la vie sociale des personnes concernées. Pierre Dauly, charpentier indépendant, voit ses activités repérées sur les réseaux sociaux interprétées comme la preuve implicite d’un chiffre d’affaires sous-déclaré, ce qui entraîne la suspension de son RSA et une nette dégradation de son état psychique, attestée médicalement. La maraîchère Cécile Weyer, déjà fragilisée par une séparation, la tempête Ciaran et un surmenage professionnel, se retrouve radiée au motif que, dirigeant une exploitation agricole, elle serait supposée se verser un smic, tandis que Guilvic Le Cam Mesplomb décrit une succession de suspensions d’allocations, la requalification des aides de ses parents en « rentes » et ce sentiment répété d’« impression de mendier le droit de vivre ».
Face à ces accusations, Maël de Calan assume pleinement la légitimité des contrôles menés par son département. Il assure qu’ils sont « prévus et strictement encadrés par la loi » et fustige une « procédure abusive » contre lui, annonçant qu’il demandera à son tour la condamnation des plaignants. L’avocat des allocataires, Me Franck Carpentier, revendique au contraire l’usage du tribunal correctionnel comme un levier pour mettre en lumière un « harcèlement moral institutionnel ». Il s’appuie notamment sur la jurisprudence issue de l’arrêt France Télécom de janvier 2025. Il souligne la portée potentiellement inédite d’une mise en cause pénale d’un élu pour la politique publique qu’il a choisie de déployer.
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- Dans le Finistère, des allocataires du RSA se lèvent contre des contrôles irréalistes et un harcèlement moral institutionnel | Libération
- Finistère : la CGT et des allocataires du RSA attaquent en justice Maël de Calan pour harcèlement moral institutionnel | France Bleu (L’info d’ici, ici Bretagne Izal)
- La saisine de la justice par la CGT sur les pratiques du conseil départemental du Finistère devient un enjeu national | Alternatives Économiques (blog)
« Éducs sacrifiés, jeunesse menacée » : un carnaval revendicatif à Bordeaux pour les salariés du médico-social
Les salariés du médico‑social bordelais ont choisi le carnaval comme théâtre d’expression de leur colère. Derrière des déguisements colorés portant la banderole « Éducs sacrifiés, jeunesse menacée », près de 170 professionnels du social, du sanitaire et du médico‑social ont défilé dans Bordeaux pour alerter les pouvoirs publics sur la dégradation de leurs conditions de travail.
Le cortège a dénoncé à la fois les baisses de budgets, les suppressions de postes et des salaires jugés trop faibles par rapport à la pénibilité des missions. Dans un contexte de tensions budgétaires, les professionnel·les expliquent qu’ils « essaient de mettre des pansements sur des plaies ouvertes » alors que les structures sont de plus en plus sollicitées pour accompagner les publics vulnérables.
Le journaliste Jules Brelaz a pris de belles photos à cette occasion. Il a aussi recueilli des slogans novateurs. « Faites l’ASE, pas la guerre », « Je suis une banane qui travaille dans un ITEP… » Un syndicaliste avec un masque de catcheur sur le visage n’y va pas par quatre chemin : « On est en lutte parce que nos patrons sont en lutte contre nous ».
Vous l’avez compris, ce carnaval revendicatif a dépassé la simple revendication salariale : il renvoie à une question de place de la jeunesse dans la société. Les éducateurs, les travailleurs sociaux, les assistants de service social, les psychologues et les professionnels paramédicaux insistent sur la nécessité de protéger cette jeunesse menacée par la précarité, la violence et l’isolement. En s’adressant tout autant aux décideurs qu’aux citoyens, ils appellent à une prise de conscience collective : derrière chaque annonce budgétaire, il y a des parcours humains qui se jouent. (Lire l’article de ICI Bordeaux)
[Municipales] L’action sociale de proximité face à des critiques de plus en plus radicales

Le journaliste Noël Bouttier décrit d’abord un climat politique où les discours anti‑pauvres – en particulier envers les étrangers – se banalisent dans la campagne municipale. Ils sont portés notamment par les listes d’extrême droite, avec une partie de l’opinion qui associe désormais la solidarité à des termes comme « assistanat », « profiteurs » ou « arnaque ». Certains habitants jugent que « l’on en fait trop pour les pauvres » ou estiment « qu’on tape toujours sur les mêmes », exprimant le sentiment de contribuer beaucoup à la solidarité nationale sans en voir les retours, tandis que d’autres dénoncent le coût supposé des politiques sociales pour les finances locales.
Ces critiques se traduisent sur le terrain par des réactions de rejet face à l’hébergement d’urgence ou à la construction de logements sociaux. Une autre critique porte sur une mise en cause de la « bonne gestion » des deniers publics lorsque des communes choisissent d’investir dans la solidarité. C’est précisément face à cette radicalisation des propos – entre stigmatisation des publics aidés, remise en cause des services publics locaux et pression budgétaire – que les trois élus interrogés revendiquent une action sociale de proximité exigeante et assumée.
À Amiens, Mathilde Roy plaide pour une lutte déterminée contre la pauvreté, en rappelant que ce n’est pas « qu’une question de volonté ». Elle développe des actions ciblées pour les étudiants et les personnes âgées, tout en répondant par la pédagogie aux propos racistes et aux accusations d’« assistanat ». À Chambéry, Gaëtan Pauchet met l’accent sur le logement social et l’hébergement d’urgence, affirmant que « la dignité ne se négocie pas » et que des dispositifs comme le Logement d’abord permettent à la fois de protéger les personnes et de mieux maîtriser la dépense publique. À Ambilly, Guillaume Mathelier mise sur la progressivité des tarifs de cantine et la gratuité de services pour maintenir la cohésion sociale dans une commune marquée par de forts écarts de revenus, tout en dénonçant la perte d’autonomie fiscale liée à la suppression de la taxe d’habitation. Bravo à eux ! (lire l’article du Média Social – abonnés )
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Vous êtes allé(e) au bout de cette revue de presse ? Bravo et merci ! Merci aussi à Michelle Flandre qui m’a aidé à la réaliser.
Photo : Auteur file404 sur dépositphotos


