Réussir la participation de toutes et de tous avec Agir Tous pour la Dignité (ATD Quart Monde)

C’est un petit guide fort utile proposé par ATD Quart Monde. Il intéressera tous les travailleurs sociaux soucieux de s’engager dans une action collective avec une démarche de co-constuction avec les personnes qu’ils accompagnent. Car si leur participation est un mantra annoncé haut et fort dans de nombreuses instances, comme le HCTS, la pratique réelle et surtout les conditions d’une participation authentique et sans arrières pensées ne sont pas le lot commun de tous. Chacun a sa vision, il est nécessaire de les éclairer pour éviter tout malentendu. Comme le précise l’ouvrage, ce guide est donc « destiné à tous les porteurs et porteuses de projets qui souhaitent mettre en œuvre la participation des citoyens et notamment celle des plus défavorisés ».

L’ouvrage nous rappelle d’abord quelques principes essentiels : « Les personnes auront envie de participer à notre projet ou à notre action collective si nous leur apportons la sincère garantie que l’objectif est bien d’améliorer leurs conditions de vie, celles de leurs enfants, de leurs proches ou de leurs semblables ». Cette évidence est une ligne de conduite à tenir. En quoi la proposition de participer améliorera la situation de la personne concernée ou de ses pairs ? Il nous faut savoir répondre à cette question. Le guide regroupe ensuite une série de réflexions issues de plusieurs co-formations entre des personnes en situation de pauvreté et des travailleurs sociaux. Cette démarche permet d’aborder des questions de fond qui donnent sens à l’action. 5 chapitres sont présentés

1. Définir ce que nous attendons de la participation des personnes concernées

Il faut pouvoir éviter toute ambiguïté. Tout participant à une action à sa propre compréhension de ce que son engagement peut lui apporter. Il faut sortir de la pensée magique qui nous fait croire que ce que les motivations de la personne accompagnée serait celle imaginée par le travailleur social. Il existe mille attentes différentes. Il est important que chacun puisse exprimer la sienne en son nom propre. L’expression du besoin de chacun permettra de vérifier si on peut faire un bout de chemin ensemble dans une vision partagée.

Cela conduit à s’interroger sur la place que nous voulons donner aux personnes concernées. À ce sujet, on rappellera les différents niveaux de participation qui existent. Cela va de la manipulation au contrôle citoyen. Le guide propose quant à lui une batterie de questions à se poser et de réponses à apporter. Par ex. Souhaitons-nous consulter les personnes concernées par rapport à des propositions que nous avons construites avec notre équipe ? Ou de manière plus ambitieuse, souhaitons-nous qu’elles nous aident à mieux définir la problématique à laquelle s’attaque notre projet ? Souhaitons-nous, qu’au sein de la problématique définie, les personnes concernées nous aident à analyser la situation, poser le diagnostic ? Définir avec nous un questionnaire ? Y répondre ? Analyser les données recueillies ? Ce temps de définition des attentes et des besoins est une condition d’un engagement clair sans présupposés

 

2. Définir les partenaires à associer au projet

« Parler d’usagers, bénéficiaires, habitants d’un quartier, parents d’élèves… c’est parler de « catégories » bien hétérogènes. Tous les parents d’élèves n’ont pas les mêmes difficultés, ni les mêmes moyens pour permettre la réussite scolaire de leurs enfants. Le guide donne quelques exemples permettant de bien comprendre la nécessité de faire appel aux personnes réellement concernées.

« Prenons l’exemple d’un assistant social travaillant sur l’amélioration de l’accès au RSA et dont le besoin est de mieux comprendre la problématique du non-recours. Quels seraient les partenaires à inviter dont l’expérience, la connaissance ou les compétences pourraient être utiles ? interroge le guide. Qui est bien placé pour parler du non recours parmi les allocataires du RSA ? Si le non-recours n’est pas leur réalité, ni leur vécu, on risque de passer à côté du sujet. La réflexion sur le sujet risque de n’être qu’une suite de représentations sur les personnes « qui ne font pas ce qu’il faut », mais sans vraiment connaître les réalités cachées derrière ces situations. C’est pourquoi il faudra inviter celles et ceux qui sont le plus en marge de ce dispositif pour pouvoir bien comprendre où se situe une partie de la problématique ».

3. Prévoir l’animation des réunions (avec un partenaire « inhabituel »)

Cela est certes une évidence, mais elle mérite d’être rappelée. « Introduire comme partenaire les personnes concernées, notamment si elles vivent la pauvreté, c’est introduire un partenaire inhabituel. Associer des personnes différentes au projet va très vite nous mener devant des différences de langages, de vécu, de temporalité, de codes sociaux, de représentations, de points de vue, de logiques d’actions, de manière de penser ou de s’exprimer… » explique le guide. Il faut en avoir conscience pour prévoir d’associer un tiers facilitateur de l’expression de celles et ceux qui « ne sont pas du même monde » ou du moins ne vivent pas les mêmes réalités. Un animateur déjà formé à ce type de démarches participatives ne peut être que très utile. Cela peut aussi inviter certains à se former sur ce sujet.

4. Se donner des garanties au niveau hiérarchique et chercher des soutiens

« Il convient de s’assurer auprès de notre hiérarchie (élus y compris, s’ils sont concernés) qu’il y a une vraie volonté, avec les moyens associés, qui garantissent que la participation des personnes concernées ». L’objectif reste de pouvoir déboucher sur de vrais changements pour tous, et en particulier pour ceux qui ont la vie la plus dure, indique le guide.  Autrement dit, la prise en compte de la participation des personnes accompagnées doit être garantie par une reconnaissance institutionnelle aussi bien sur le contenu de l’action à engager que sur de moyens à mettre en œuvre. Par exemple en indemnisant les frais de déplacements et le temps passé des personnes concernées qui contribuent à la réussite de l’action.

5. Associer ce partenaire inhabituel : les personnes concernées

Ce cinquième point aurait pu être le premier. Ce chapitre aborde les singularités souvent rencontrées chez les personnes concernées et notamment quand elles sont en situation de pauvreté ou d’exclusion sociale. La barrière de la langue, avec les mots utilsés, le manque d’habitude de prendre la parole, voilà autant de freins qu’il faut aider à pouvoir dépasser.

Ce livret reprend des expressions de personnes accompagnées, ce qui donne à voir -dans le concret- ce qui est important pour elles. Enfin, l’ouvrage propose une série de pistes pour réussir. Je vous invite à le télécharger et à en prendre connaissance. Ces outils de la réussite mériteraient, eux aussi, un article complet sur ce sujet.

Bref, pour conclure, comme le dit Michel Lansard, allié responsable du Département numérique d’ATD Quart Monde  : « Voilà un super petit livret. Petit en taille, mais profond en contenus, tant en réflexions qu’en apports pratiques. Un grand bravo et un grand merci à l’équipe qui l’a conçu et réalisé… » On ne saurait mieux dire !

 

 

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