Que pensent les Français des causes de la pauvreté ?

La pauvreté reste un sujet important qui préoccupe les Français. Pour preuve la récente étude publiée cet été par le Centre d’Observation de la Société. Elle nous rappelle d’abord que La pauvreté préoccupe neuf Français sur dix, selon le baromètre annuel du ministère des Solidarités (données 2019). Seuls 2% de nos concitoyens ne s’en soucient pas du tout, 13% «peu».

On apprend aussi que 88 % des Français estiment que la pauvreté et l’exclusion ont augmenté au cours des cinq dernières années (période 2014-2019). Ce chiffre a progressé dans les années 2000, alors qu’il était inférieur à 70% . Crise de Covid-19 oblige mais pas seulement, l’inquiétude quant à l’avenir est forte : le même pourcentage de la population (88%)  estime que la pauvreté va augmenter dans les cinq prochaines années.

Par contre et c’est peut-être un paradoxe, la part de personnes qui pensent qu’elles risquent de devenir pauvres à l’avenir, a diminué passant en quelques années de 32 % à 22 %. Mais attention ceux qui se considèrent comme pauvres sont 2 fois plus nombreux que ceux qui le sont réellement si l’on s’appuie sur le critère de la pauvreté économique. Ce calcul est une simple opération qui considère que l’on est pauvre dès lors que l’on perçoit moins que les 60% du revenu médian des Français. Ce calcul est problématique car il nous indique qu’il y aura toujours des personnes pauvres quoi que l’on fasse.  Toujours est-il que  18% de la population s’estime déjà pauvre.

Dans un article publié hier par Le Monde, il est précisé que la France comptait en 2018 quelque 9,3 millions de personnes considérées comme pauvres, soit 14,8 % de la population, selon des chiffres définitifs publiés par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Cela représente une hausse de 0,7 point par rapport à l’année précédente.

Dans le même temps les inégalités ont augmenté entre les ménages les plus riches et les ménages les plus pauvres. Les plus aisés ont notamment bénéficié de la progression des revenus du patrimoine, tandis que les moins aisés ont été affectés, par la réforme de certaines prestations familiales comme les allocations logement. Là aussi c’est l’INSEE qui le dit.

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Être pauvre  c’est aussi « la faute à pas de chance » ?

Contrairement à l’idée de Diogène vivant tranquillement dans son tonneau, la pauvreté est souvent associée au malheur. En fait là aussi c’est paradoxal « Les Français soutiennent massivement les plus pauvres » nous explique le Centre d’Observation de la Société. C’est une bonne chose évidemment.

À la question « quelles sont les raisons qui, selon vous, peuvent expliquer que des personnes se trouvent en situation de pauvreté ? », la réponse (plusieurs sont possibles) qui arrive en tête est «parce qu’ils manquent de qualifications» pour 70 % des personnes (en 2018), niveau qui a peu varié depuis 2000. Arrive ensuite  « parce qu’il n’y a plus assez de travail pour tout le monde » pour 59% de la population, (en baisse très nette depuis 2016), mais cela va sans doute remonter avec l’impact de la crise liée au coronavirus.  Pour 56%, c’est « la faute à pas de chance », là c’est permanent quasiment au même niveau depuis 20 ans. ( Vous noterez qu’il n’est pas fait état des causes sociales…. )

Paradoxalement,  50 % des personnes interrogées  pensent que les pauvres « ne veulent pas travailler ». Le débat récurrent  des mauvais pauvres de surcroit « feignants », ceux qui ne veulent pas faire le moindre effort pour s’en sortir a de beaux jours devant lui. Il est réactivé de toute force avec la question de la fraude aux aides sociales où l’on entend tout et son contraire.

Mais le Credoc voulant sortir de ce paradoxe a posé la question en demandant aux personnes interrogées de choisir : seules deux réponses sont possibles, ce qui impose donc de choisir son camp : pensez-vous que les personnes sont en situation de pauvreté « parce qu’elles n’ont pas fait assez d’efforts » ou « parce qu’elles n’ont pas eu de chance ». Et là « surprise », c’est la faute à pas de chance qui domine avec 59 % des opinions, contre 37 % pour le manque d’efforts (données 2018). Là aussi les réponses demeurent, au fond, relativement stables. La part de ceux qui pensent que les pauvres ne font pas assez d’efforts a baissé de 36 % à 28 % entre 2005 et 2011 pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, elle est ensuite remontée à 37 % en 2014 sous la présidence de François Hollande. Curieux non ?

Cela n’empêche pas les analystes du Centre d’étude de la Société de conclure en écrivant que « Ces données rejoignent ce que l’on peut observer au sujet de l’immigration ou l’homosexualité notamment : la France reste profondément solidaire et tolérante. Sur une courte période, de trois ou quatre ans, les réponses fluctuent en fonction de la médiatisation de tel ou tel phénomène ou de la conjoncture économique. Ainsi, il est probable que l’impact de la crise économique liée au coronavirus aura pour effet de relever encore les aspirations à davantage de soutien des plus démunis. »

« Les enseignements des enquêtes sur les valeurs vont dans le bon sens pour les plus défavorisés, dont le sort est bien mieux compris que ce qui semble en ressortir du débat médiatique ».

Le Centre d’Observation de la Société « tacle » au passage nos élus et même le président de la République : « C’est sans doute pour cela que le président de la République a fait un « plat médiatique » à propos du « pognon de dingue », qui serait selon lui dépensé pour les pauvres. S’il faut s’inquiéter des dérives des discours de certains élus, laisser penser que l’opinion suit massivement ceux qui pointent du doigt les pauvres constituent une erreur. Ceux qui ciblent les « assistés » n’en retirent pas un avantage aussi important qu’on ne le dit ». Et ça c’est plutôt rassurant

 

photo : Pixabay lannyboy89

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