Connaissez-vous les 3 formes de pauvreté et les 2 modèles d’exclusion qui mobilisent tant les travailleurs sociaux ?

Les travailleurs sociaux connaissent bien les différentes formes de pauvreté qui existent en France. Les sociologues et les économistes spécialistes des inégalités et des ruptures sociales (1) confirment aux-aussi que la pauvreté en France se répartit en plusieurs catégories avec la pauvreté intégrée, la pauvreté marginale, et la pauvreté de disqualification ou plutôt de déclassement. Nous sommes aussi confrontés à des processus d’exclusions de territoires pour des personnes dont personne ne veut. Elles sont de fait « condamnées » à errer d’un endroit à un autre. Ce sont elles aujourd’hui qui sont en quelque sorte  les nouveaux  « damnés de la terre » . Allons voir de plus près de quoi il s’agit..

La pauvreté intégrée correspond à une situation où celles et ceux que l’on appelle les «pauvres» sont nombreux sur un même territoire. Ils se distinguent peu des autres couches de la population. Leur situation est courante et renvoie au problème plus général d’une région ou d’une localité donnée qui a toujours été pauvre. Certaines villes du Nord ou de l’Est de la France connaissent cette réalité. Les personnes «pauvres» forment un groupe social étendu, elles ne sont pas fortement stigmatisées. Elles sont acceptées dans leur environnement et les collectivités territoriales se doivent de leur apporter soutiens et aides spécifiques.

La pauvreté de marginalité renvoie à une autre représentation sociale : Ces « pauvres » sont souvent jugés inadaptés au monde actuel et il est courant qu’elles soient désignées par le grand public comme des «cas sociaux», ce qui entretient inévitablement leur stigmatisation. Ce groupe social est relativement peu nombreux mais reste très visible. Il fait néanmoins encore l’objet d’une forte attention de la part des institutions d’action sociale. Mais malgré des moyens déployés, le processus d’insertion et de réussite reste très incertain. En effet ces personnes sont souvent considérées comme marquées par une forme de fatalité qui peut remonter jusqu’à plusieurs générations. Ces personnes ne font souvent pas ce que l’on attend d’elles. Ce sont les « mauvais pauvres », ceux qui ne respectent pas les règles édictées pour eux..

La pauvreté issue d’un processus de disqualification est une autre  forme élémentaire de pauvreté. Elle s’inscrit dans un processus qui touche des franges de la population qui étaient jusqu’alors parfaitement intégrées au marché de l’emploi. Ce processus concerne des personnes confrontées à des situations de précarité de plus en plus lourdes tant dans le domaine du revenu, des conditions de logement et de santé, que dans celui de la participation à la vie sociale. Les personnes qui vivent ces processus de déclassement souffrent énormément car elles ont souvent une conscience aiguë de leur situation. Elles ont vécu par le passé dans un relatif confort alors qu’elles doivent se priver de façon importante et drastique si elles veulent éviter la grande exclusion.

Aujourd’hui, l’image dominante du pauvre est celle de la victime d’une forme de disqualification sociale à la suite d’une ou de plusieurs sévères ruptures.  Les femmes seules avec enfants sont de plus en plus touchées. (Les hommes seuls sans emploi également). Le sentiment d’insécurité sociale s’est solidement ancré dans la conscience collective à tel point que plus de la moitié de la population française craint désormais d’être touchée par la pauvreté et vivre l’exclusion.

Être pauvre ne veut pas forcément dire être exclu même si la quasi totalité des exclus sont pauvres économiquement. L’exclusion est à mon avis un terme polymorphe qui est utilisés pour définir tout ce qui  prive une personne  ou un groupe d’une reconnaissance par le corps social, et nie son identité. Lorsque l’individu est identifié à un statut ou à une catégorie de population, il  se crée alors un processus de stigmatisation. Les logiques d’exclusion peuvent concerner tout le monde (nous sommes tous exclus au regard de telle ou telle personne ou groupe social constitué). Jean Maisondieu précise : “le groupe des exclus est une sorte de fourre-tout de plus en plus vaste dans lequel se retrouvent pêle-mêle tous les individus en délicatesse avec la vie ’’normale’’. Effectivement, vu comme de cette façon, cela fait du monde.

En matière de travail social, l’exclusion peut se décliner en d’autres domaines avec notamment:

• Les exclus économiques : Les personnes sans travail qui vivent avec les minimas sociaux. Parmi ces exclus, certains sont stabilisés dans la pauvreté. Ils survivent en alliant contrats précaires et systèmes d’entraides avec parfois le soutien d’une économie souterraine mal évaluée. Mais cette population dispose de revenus tellement bas que le moindre «accident de parcours» provoque un endettement difficilement surmontable et l’entrée dans un engrenage de dépendances à l’égard des services sociaux qui distribuent des aides extralégales selon les différentes déclinaisons des politiques départementales.

• Les exclus du territoire : Ces exclus sont les victimes de tentatives d’éloignement du regard des «inclus». Les dispositifs d’aide sont peu où mal adaptés. On retrouve dans cette réalité  les familles et personnes sans papiers, entrées illégalement ou devenus des « illégaux » suite à une évolution de la législation française. Les « sans papiers » font appel aux services sociaux des départements ainsi qu’aux associations caritatives et pour lesquels peu de solutions existent, ni ne sont mises en œuvre. On peut ajouter dans cette catégorie les « gens du voyage » mais aussi les SDF « clochardisés ». Les exclus des territoires sont aussi des exclus économiques : c’est principalement la catégorie de population la plus stigmatisée et pour laquelle il n’y a peu ou pas de réponse institutionnelle sinon la volonté de les voir déplacées  (être ailleurs).

Les personnes issues de ces 2 grandes familles d’exclusion peuvent avoir des parcours fort différents. Elles sont confrontées à des difficultés assez insurmontables en matière d’accès au logement et à l’emploi.

Selon les formes de pauvreté et la forme d’exclusion le travailleur social pourra plus ou moins agir ; En effet certaines politiques publiques leur donnent des moyens pour lutter contre certaines formes d’exclusion ( par exemple celles liées aux  handicaps) alors qu’elles ne leur en donnent aucun ou très peu  pour lutter contre d’autres formes (par exemple avec les sans papiers…)

Bref selon que vous soyez pauvre ou selon la forme d’exclusion que vous subissez, selon votre territoire, votre lieu de vie, vous pourrez être plus ou moins aidé de façon efficace. C’est aussi pourquoi le travailleur social ne peut ni ne doit limiter son action en faisant appel uniquement aux dispositifs existants. Il doit aussi pouvoir inventer et chercher avec les personnes des réponses, des solutions en s’appuyant sur les ressources locales et les compétences propres des personnes qu’ils soutiennent et cela, ce n’est pas toujours facile à faire comprendre ni à expliquer !

(1) ERIS Equipe de recherche sur les inégalités sociales sous la direction de Serge PAUGAM, directeur de recherche au CNRS, directeur d’études à l’EHESS.

 

Note : c’est un texte que j’avais rédigé initialement en 2014. Je suis bien conscient qu’il faudrait un peu plus creuser ce que l’on peut nommer les différentes formes de pauvreté et d’exclusion. Mais vous avez là une base qui peut tout à fait être retravaillée et complétée à partir de vos connaissances sur ce sujet.

 

photo : Pixabay

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