12 conseils pour mieux prévenir la maltraitance des enfants victimes de graves négligences

Un groupe de 10 « experts » anglais a travaillé sur la façon dont les services sociaux peuvent intervenir pour prévenir et gérer les risques en matière de protection de l’enfance. Il est intéressant de voir ce qu’en disent nos collègues anglo-saxons point par point. Leurs préconisations portent sur le système de protection de l’enfance en Angleterre. La législation est assez différente, mais vous pourrez remarquer des points de convergence avec les questions qui traversent la protection de l’enfance en France. Vous pouvez trouver cet article signé Katherine Purvis ici. Il est intitulé « 10 talking points on preventing child abuse and neglect ».  Pour ma part, j’ai trouvé 12  points de réflexion dans ce texte que j’ai tenté de traduire au mieux. Chaque conseil est mis en avant par un travailleur social ou un universitaire, chercheur en sciences sociales

1. La définition de la négligence n’est jamais absolue.  

Dans sa forme la plus simple, la négligence est considérée comme le fait que le parent (s) ne fournit pas les bases de soins essentiels dont un enfant ou un jeune a besoin pour grandir et prendre place dans la société.  La nourriture, le logement et « l’attention émotionnelle » et le respect des besoins de l’enfant paraissent évidents. Pour autant, cette définition ne peut jamais être absolue. Elle est différente selon les contextes. David N Jones,  Children and Families Across Borders

2. La pauvreté n’induit pas nécessairement à la négligence. 

C’est une évidence. Beaucoup d’enfants peuvent être élevés dans des familles sûres et aimantes, avoir leurs besoins fondamentaux satisfaits et être sous le seuil de la pauvreté.  Il y a des parents riches – parfois extrêmement riches – qui négligent leurs enfants de manière significative. L’abus et la négligence se produisent dans toutes les strates socio-économiques. Yvalia Febrer, maître de conférences en travail social, Université de Kingston

3. les services sociaux doivent être impliqués lorsque la relation parent-enfant est rompue à tel point que l’enfant est exposé à un préjudice émotionnel et physique important.

Dans l’East Sussex, il a été développé la matrice de la négligence à l’intention des travailleurs sociaux. Elle définit différents niveaux des capacités des parents, mais s’intéresse tout autant aux différents contextes de vie. Nicola McGeown fait aussi état d’expériences réelles et vécues qui aident les professionnels et les autres à comprendre quand une intervention est requise. Nicola McGeown, travailleuse sociale principale, conseil du comté d’East Sussex

4. La pratique professionnelle est essentielle : c’est la clé pour les étudiants en travail social.  

Apprendre la théorie, est une chose, travailler avec des familles en est une autre.  Il est nécessaire de comprendre à quoi ressemble la négligence dans différents contextes. Par exemple, face aux l’abus et l’exploitation sexuelle, il est vital que les personnes en formation apprennent  et prennent conscience de ce qui émerge. Les mésusages des médias sociaux et Internet, par exemple, ont ajouté de nouvelles dimensions qui doivent être prises en considération. Yvalia Febrer

5.  Il nous faut apprendre à identifier les situations et les comportements abusifs. 

Trop souvent, les formations portent  sur les signes et les indicateurs chez l’enfant et nous n’enseignons pas aux travailleurs sociaux comment identifier les comportements et les situations abusifs des adultes. Enseigner aux travailleurs sociaux à identifier le comportement d’adultes dans le réseau de l’enfant, ou les besoins des familles susceptibles d’être manipulées par ceux qui veulent abuser ou exploiter les enfants, puis travailler avec eux pour identifier et gérer ces risques peuvent fournir un soutien plus significatif. Anna Glinski, conseillère en amélioration de la pratiqueCentre d’expertise sur l’exploitation sexuelle des enfants

6. Évitez les reproches et la honte

C’est un conseil. Les critiques et les reproches imprègnent systématiquement le travail de protection de l’enfance, de sorte que les professionnels ont fréquemment l’impression de travailler davantage pour gérer le risque d’être critiqués ou de mal agir pour ce qui est fait ou n’est pas fait pour un enfant ou une famille, plutôt que de s’attaquer et se centrer sur le danger lui-même. Les critiques et la honte générée sont toxiques pour l’apprentissage et la confiance dans les relations, qui, nous le savons, sont cruciales pour les bonnes pratiques de protection. Nicola Boyce, formatrice en pédagogie sociale, St Christopher’s

7. la (bonne) collaboration entre services peut avoir plus d’impact encore que la formation. 

La formation est importante, bien évidemment, mais la manière dont les services travaillent ensemble l’est encore plus. Les services sociaux sont soumis à des politiques d’austérité qui ont un impact très important sur les pratiques, mais il existe encore des marges pour s’améliorer et travailler de manière plus préventive. Si nous écoutons les personnes concernées, elles peuvent nous dire comment nous pouvons mieux faire les choses pour elles et leur environnement. John Brownlow, chef de projet, Together for Childhood , NSPCC

8. L’approche territoriale permet de connecter les ressources. 

Aucun d’entre nous n’a de réponse à lui seul. Le système de protection est beaucoup plus efficace lorsque nous travaillons en réseau sur un territoire en reconnaissant que la prévention et la lutte contre les abus sont l’affaire de tous. Travailler et reconnaître les problèmes systématiquement est beaucoup plus utile que les méthodes traditionnelles centrées sur le service ou sur l’organisation. Steve Kay, directeur des services à l’enfance, conseil du North East Lincolnshire

9. « Il faut pouvoir développer des relations professionnelles positives ».

C’est une évidence qui n’est pas toujours prise en considération : Là où il y a de bonnes relations entre les praticiens individuels à travers différents services, il y a une meilleure prise en compte de la situation. Faire appel à des procédures  est une chose, mais cela ne suffit pas, loin de là. Pour leur donner du sens à la pratique, les intervenants doivent connaître les enjeux de leurs actions, les cadres juridiques, les capacités et les limites des rôles et mission de chacun. Anna Glinski

10. « Une excellente pratique professionnelle peut aider à surmonter les défis posés par l’austérité 

( Préset comme cela, cet aspect me parait très discutable ) : « Les réductions de budget ont eu un impact réel sur les services de prévention – tels que les accueils, périscolaires, les centres d’accueil pour les vacances – qui ont diminué leurs offres par manque de moyens. La difficulté est que le paysage change tout le temps, ce qui explique l’importance de l’excellence dans les pratiques des travailleurs sociaux et le recours au secteur bénévole. Lorsque vous pratiquez sous un gouvernement qui finance beaucoup de dispositifs, vous n’êtes pas parfois pas inventif ni créatif – alors que vous devez être excellent dans ce que vous faites. Il vous faut alors savoir comment vous adapter et être créatif dans tous les climats ». C’est pourtant ce que nous dit Yvalia Febrer.

11. « Renforcer nos relations avec les familles »

Les directives nationales peuvent facilement se déformer dans la pratique. Nous sommes face à un défi constant. Toutes les lois visent à travailler avec les parents, mais soyez prêts à intervenir lorsque cela s’avère impossible et que l’enfant est protégé. Si les responsables des services sociaux ne renforcent pas constamment cette approche « relationnelle », ils deviennent de fait plus préoccupés par l’évaluation et la gestion des risques. C’est alors qu’émerge une approche plus « punitive » partagée par tous les intervenants . David N Jones

12. Il faut créer un espace sécurisé pour signaler les abus et la négligence.  

L’introduction en Angleterre de sanctions légales pour non-signalement [la maltraitance et la négligence des enfants] est susceptible de conduire à de l’anxiété et à des pratiques défensives pour de nombreux professionnels. Cela contribue à perpétuer un cycle disqualification et critique / honte. Il serait plus constructif de changer la culture du signalement : il est plus facile pour les gens de signaler de façon confidentielle et de créer des moyens de discuter si une information préoccupante doit être signalée. Cela revient à construire du dialogue et des relations de confiance. La confidentialité a un rôle à jouer, mais les jeunes, les familles, plus largement le public et les professionnels sont plus susceptibles de discuter d’une information préoccupante avec quelqu’un qu’ils connaissent et en qui ils ont confiance. Dans tous les contextes où les enfants et les familles sont présents, il est essentiel d’avoir quelqu’un qui soit clairement responsable de la sauvegarde de cette confiance. Nicola Boyce

 

Certains aspects développés ici peuvent paraitre des évidences, il reste intéressant de se les rappeler. D’autres points concernent plus spécifiquement la pratique de la protection de l’enfance au Royaume Uni. Attention à ne pas copier-coller nos savoirs. Mais il reste utile de s’en inspirer et de les partager pour aussi ouvrir la discussion et chercher à répondre à cette question : « Sur quoi sommes-nous d’accord ? »

 

 

Note : j’ai retravaillé cet article que j’avais initialement publié en mai 2018 et réactualisé les liens afin de vous permettre, si vous le souhaitez, d’aller plus loin avec chaque auteur de conseils 

 

photo : pexel.com

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