Travailleur social sous pression : quand la résilience ne suffit plus…

Les travailleurs sociaux sont soumis à une énorme pression. C’est un fait. C’est un sujet qui n’est pas véritablement abordé dans les services sociaux. Quand ils « craquent », l’employeur considère fréquemment que cela est dû à leur manque de résilience ou même de professionnalisme. Certains commencent toutefois à se poser des questions. Un exemple  m’a été donné récemment par une collègue : Dans ce centre médico-social, c’est la 6ème personne qui quitte précipitamment son travail pour se retrouver en arrêt maladie. Elle est partie du jour au lendemain. En larme, elle n’en pouvait plus. « Ce qui m’inquiète » dit-elle, « c’est que je connais bien cette collègue. Très motivée, je n’aurais jamais imaginé qu’elle puisse en arriver là alors qu’elle paraissait si forte et pleine d’énergie… »

Le stress et l’épuisement professionnel ne sont pas surprenants compte tenu de la nature des problèmes auxquels les travailleurs sociaux sont quotidiennement confrontés : la maltraitance des enfants , la violence envers les adultes, l’itinérance, la dépression et la pauvreté pour n’en citer que quelques-uns.  les métiers  sont de moins en moins attractifs malgré des tentatives au niveau national de les revaloriser. Car ce sont les conditions d’exercices des professions qui sont en cause. Il existe une réelle distance entre  les demandes des personnes reçues et le dispositif bureaucratique mis en place pour y répondre. Les solutions ne sont pas que techniques.

Un article du Guardian constate des effets nocifs de la crise sur le travail social en Angleterre : « Compte tenu des problèmes persistants de recrutement et de maintien en poste , il est clair que des mesures sont nécessaires pour endiguer le flux de travailleurs qui, en Angleterre, quittent la profession. Ils partent  pour éviter un  épuisement professionnel.  La « durée de vie » pour un travailleur social est  estimé actuellement à sept ans  au Royaume-Uni. Cela sans compter l’augmentation notable des arrêts maladie de longue durée.

Le journal s’interroge sur le concept  de «résilience». Ce terme est de plus en plus utilisé dans le travail social pour désigner l’idée de la capacité d’un professionnel à faire face à des situations insolubles. Cette force  permettrait de se remettre de tout traumatisme et de tout stress que l’on peut éprouver lorsqu’on travaille avec les personnes pour lesquelles aucune réponse institutionnelle » écrit ce journal , « cela  les amène à élaborer une gamme de «stratégies d’adaptation» pour contrer les effets négatifs de leur travail. La résilience a fini par être considérée comme une panacée pour le travail social. Le régulateur anglais de la profession, le Conseil des professions de la santé et des soins (HCPC), stipule que la résilience est quelque chose que les praticiens doivent construire s’ils doivent être considérés comme «aptes à pratiquer».

A mon avis, c’est aussi une façon de ne pas regarder un problème réel qui concerne le manque de moyens alloués aux professionnels et à leurs services pour leur permettre d’apporter des réponses adaptées aux besoins. Ils sont comme en France en constante récession. Tous sont sous pression. 

L’université de Plymouth a décidé de lancer une recherche sur ce sujet : elle veut entendre les travailleurs sociaux enregistrés par le HCPC dans la première phase de sa recherche. Il est ainsi demandé aux participants de remplir un court sondage, qui porte sur leurs missions, leur compréhension du concept de résilience et leur expérience quant à son application sur leurs propres pratiques professionnelles.

Les résultat de ces travaux devraient permettre d’éclairer si finalement la résilience peut être évaluée en terme de capacité professionnelle pour les travailleurs sociaux. Si c’est le cas, il y a de quoi être inquiet car cela pourrait devenir à terme une norme qui s’évalue pour le recrutement. Cela voudrait dira aussi qu’il est normal que les travailleurs sociaux soient en permanence sous pression. Ce qui ne me parait pas du tout acceptable.

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Une réponse

  1. Le Travailleur sociale, c’est comme une belle datte mielleuse.
    «  » Mais au fond d’elle il se pourrait
    Qu’elle abrite un fastidieux vers qui la range de l’intérieur.

    Donc nuance nous devons afficher le bien être la joie et de l’assurance
    Pour boostez l’autre.
    Mais dans le fond c’est nous même qui devrait êtres aidés, car nôtres souffrance est invisible, parfois c’est elle qui nous accompagne jusqu’à la mort.

    Je était dans le domaine depuis plusieurs années, et j’ai été aspiré par les méandres du métier.

    Et mes propos ne sont pas ceux d’un boulanger.

    Tout mes hommages aux pratiquants.

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