Bonjour et bienvenue à cette revue de presse. Au programme cette semaine : un rapport sans concession de trois associations qui accusent la loi « plein emploi » de « fabriquer la misère ». Je vous propose ensuite de découvrir la rencontre à Paris entre la Fédération internationale du travail social et l’ANAS pour préparer la grande conférence mondiale de 2028. Enfin nous termineront par une étude intéressante basée sur les données de plus de cinq millions de personnes aidées par les Restos du Cœur. Vous y découvrirez aussi des chiffres qui interpellent sur la pauvreté des enfants, des témoignages du terrain et des pistes concrètes pour agir. Sans oublier les multiples liens susceptibles de vous intéresser… Bonne lecture !
Moins d’un an après la généralisation de la loi « pour le plein emploi », un rapport dénonce une « fabrique de la misère »
Trois associations, ATD Quart Monde, le Secours Catholique et AequitaZ, viennent de publier un rapport assez accablant. Il s’appuie sur 126 témoignages d’allocataires du RSA. Des témoignages recueillis dans 36 départements différents. Si l’échantillon peut paraitre réduit, il montre toutefois des effets délétères de l’application de la loi dite de « plein emploi ». L’enquête montre que l’accompagnement promis se transforme souvent en contrôle.
Franceinfo rapporte qu’au moins 31 départements peuvent suspendre jusqu’à la totalité du RSA dès un premier manquement comme par exemple une absence à un rendez-vous. Une personne interrogée dit avoir découvert un contrat « déjà signé numériquement par moi-même » sans l’avoir lu.
Très logiquement, les associations alertent sur les conséquences concrètes de ces mesures pour des personnes et familles déjà fragilisées : la suspension de quelques centaines d’euros peut compromettre des besoins essentiels tels se nourrir, payer les factures, se soigner… Les démarches de recours sont longues et complexes.
« La fausse promesse de l’accompagnement ». Les obligations d’activité peuvent aussi ignorer les réalités des parents seuls, des proches aidants ou des personnes ayant des problèmes de santé. Le rapport souligne notamment que le travail domestique et parental, généralement assuré par des femmes, n’est pas reconnu en tant que tel. Avec ce constat accablant : « Les conditions de vie des personnes sanctionnées se dégradent rapidement, pour elles comme pour leurs proches, avec des effets à long terme, sur leur santé, leur logement, leur insertion à moyen terme »
Le rapport décrit aussi des professionnels de l’accompagnement sous pression. Ils manquent de temps et de marge de manœuvre. Il leur est souvent demandé d’exercer des missions de contrôle. Enfin, les témoignages évoquent des formations répétitives peu efficaces, des orientations vers des emplois précaires qui ne tiennent pas compte des projets et des capacités des personnes. Ces emplois sont dans leur grande majorité pas sans garantie ni perspective d’un contrat de travail durable.
« Les équipes sont épuisées, en perte de sens : arrêts maladie en augmentation, ruptures conventionnelles ou démissions, attente d’un prochain licenciement économique, perte de motivation, fatigue, appréhension de rencontrer les publics pour lesquels nous savons que nous ne pourrons pas agir en leur faveur. » explique dans le document un agent de France Travail.
Conséquence : les trois organisations demandent un moratoire sur la loi et son régime de sanctions. Elles demandent aussi qu’un revenu minimum garanti ne puisse pas être saisi afin de ne pas aggraver la situation des allocataires et leurs ayant-droits. Elles réclament la possibilité de mettre en place des accompagnements sociaux choisis et dotés de moyens suffisants pour les personnes qui en ont besoin. Enfin, elles défendent aussi un droit effectif à un emploi stable permettant de vivre dignement. (lire l’article de France Info). Je reviendrai prochainement sur certains aspects de ce rapport.
Lire aussi :
- La loi « pour le plein-emploi » fragiliserait davantage des personnes déjà précaires | France Culture
- Loi « pour le plein-emploi » : des associations dressent un bilan très critique trois ans après sa mise en œuvre et demandent un moratoire | Le Monde
- RSA : des associations enquêtent sur les violations aux principes de la loi pour le plein emploi | Banque des Territoires
- Au rapport : La réforme du RSA «fabrique la misère», estiment trois organisations de lutte contre la pauvreté | Libération
- Rapport sur les effets de la loi « plein emploi » : la fausse promesse de l’accompagnement | Alternatives Économiques
- RSA : des associations enquêtent sur les violations aux principes de la loi « pour le plein emploi » | La Banque des Territoires
- Loi dite « pour le plein emploi » : une fabrique de la pauvreté | ATD Quart Monde
La FITS et l’ANAS discutent de l’avenir du travail social en France et se tournent vers Paris 2028

Voilà une rencontre qui aura des effets. Les représentants de la Fédération Internationale du Travail Social (FITS en français, IFSW en anglais) dont sa présidente se sont retrouvés dans les locaux de l’ANAS à Paris.
Cette visite s’inscrivait dans la préparation de Paris 2028, date à laquelle se tiendra la conférence mondiale conjointe sur le travail social, la formation et le développement social. Organisée par l’UNAFORIS avec l’IFSW et deux autres organisations internationales, elle marquera le centenaire de la profession et réunira travailleurs sociaux, chercheurs, formateurs, responsables publics et personnes accompagnées de tous les pays.
Au-delà de la célébration, l’événement entend ouvrir une réflexion collective sur l’avenir du travail social, autour de la justice sociale, des droits humains, de la solidarité et du développement durable. L’échange a aussi porté sur l’avenir du travail social en France. Au cœur des discussions : la reconnaissance des métiers, la formation et les conditions nécessaires à un accompagnement de qualité.
En France, ce sont les assistants de service social sont les adhérents en titre de la Fédération Internationale. C’est une longue histoire, car les assistantes sociales de l’époque avaient participé du 2 au 13 juillet 1928 à la toute première conférence internationale du travail social à Paris. Cette année-là, il avait été décidé de fonder une fédération internationale. L’ANASDE ancètre del’ANAS avait ensuite joué un rôle actif dans cette démarche : sa présidente de l’époque, Ruth Libermann, avait été élue secrétaire de la nouvelle organisation.
Présente à Paris pour cet échange, Eva Ponce de Leon, la présidente mondiale de la Fédération internationale des travailleurs sociaux (IFSW), apporte une longue expérience du secteur : travailleuse sociale, elle dirige l’Association philippine des travailleurs sociaux depuis 2022, après en avoir été présidente pendant dix ans. Sous sa direction, l’association a notamment élargi son réseau et développé ses actions de soutien aux communautés, y compris lors de catastrophes.
Elle a également défendu la protection des travailleurs sociaux et des populations vulnérables. « Les travailleurs sociaux ont besoin de ressources adéquates, d’une formation de qualité et d’un soutien professionnel », a-t-elle rappelé. Les échanges ont aussi abordé la diversité culturelle, les parcours migratoires et l’héritage colonial, en insistant sur un travail social attentif aux expériences des personnes et aux mécanismes d’exclusion. (lire l’article de l’IFSW)
Lire aussi :
- Paris accueillera en 2028 la Conférence mondiale sur le travail social : 100 ans de métiers au service de la justice sociale
- 1928 ! l’acte de naissance de la première association internationale de travail social
Une personne sur 10 risque de tomber dans la précarité alimentaire en France
Voilà une étude intéressante qui a été menée par cinq économistes. Elle s’appuie sur les données anonymisées de plus de cinq millions de personnes qui ont reçu une aide des Restos du cœur entre 2018 et 2025. Elle permet de mieux voir des situations que les enquêtes classiques saisissent mal, notamment celles des personnes sans logement.
Sur la période indiquée, le nombre de personnes accueillies a augmenté de 37 %, et celui des personnes sans abri, hébergées ou mal logées de 62 %. Au total, 8 % de la population française a eu recours au moins une fois à l’association. Les difficultés ne durent pas toujours : l’aide alimentaire est reçue en moyenne pendant dix-huit mois. Autre donnée : 14 % des personnes restent accompagnées plus de trois ans. Mais il y a un hic : selon l’étude, une personne sur dix pourrait connaître la précarité alimentaire au cours de la prochaine décennie.
On apprend aussi dans ce travail que les enfants de moins de 10 ans représentent près d’un quart des personnes concernées par cette pauvreté. C’est dire combien la lutte contre la pauvreté des enfants mis en avant il y a quelques années est un échec. Les auteurs soulignent que cette exposition précoce peut peser sur les parcours futurs lorsqu.
L’étude montre aussi que le contexte influe fortement sur les entrées dans la précarité. Une hausse de 10 % du chômage est associée à une augmentation d’environ 10 % de la précarité de logement et de 13 % de la précarité alimentaire.
À l’inverse, davantage d’entreprises et de logements sociaux limitent les basculements : une hausse de 10 % du nombre d’entreprises réduit de 20 % les entrées dans la précarité au logement tandis que 10 % de loyers sociaux supplémentaires par habitant font reculer le sans-abrisme de plus de 8 %.
Sortir de la pauvreté obéit à une autre logique : un reprise économique ne compense pas aussi vite les effets d’un récession. Ce sont les facteurs individuels qui comptent le plus. Pour Alexandre Gaillard l’un des co-auteurs de l’étude, l’enjeu est donc d’agir à la fois en prévention sur tous les domaines (emploi, loyers et offre de logements sociaux ) Il faut aussi pouvoir agir rapidement auprès des personnes déjà touchées, avec un accompagnement adapté. Un accompagnement social digne de ce nom ? (lire l’article du HuffingtonPost) (lire l’article du Monde)
Sources :
- L’extrême pauvreté et les moyens de la réduire analysés dans une étude grâce aux données des Restos du Cœur
- L’étude : Extreme Poverty in Wealthy Nations : Evidence from France par Christophe Bruneel-Zupanc, Alexandre Gaillard, Christian Hellwig, Philipp Wangner, Nicolas Werquin.
Lire aussi
- Sortir de la grande précarité : les politiques publiques sont-elles efficaces ? | France Inter
- Jean-Luc Mélenchon promet l’état d’urgence sociale s’il gagne la présidentielle 2027, voici en quoi cela consiste vraiment | Huffington Post
- PrestaSocial : quand le service social devient un outil de prévention pour l’entreprise | Le Figaro
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Dans la presse professionnelle…
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Vous êtes allé(e) au bout de cette revue de presse ? Bravo et merci ! Merci aussi surtout à Michelle Flandre qui m’a aidé à la réaliser en me fournissant tous ces liens !
Photo en une : Depositphotos


