Revue de presse | Stages : la galère des étudiants / Manif à Montpellier / Expulsions : un triste record / Bravo Adrien !

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Bonjour et bienvenue à cette revue de presse qui nous emmène des salles de cours aux trottoirs des villes, là où se joue très concrètement le quotidien du travail social : étudiants en quête désespérée de stages, travailleurs sociaux de Montpellier en grève pour pouvoir encore accompagner dignement, record d’expulsions locatives qui bousculent des milliers de vies et interrogent nos politiques du logement… Pendant qu’Adrien Guionie a les honneurs du journal Le Monde qui parle de son ouvrage sur l’intelligence artificielle et le travail social. Bravo Adrien ! La solidarité reste une réalité et n’est pas un slogan : stages, conditions de travail, protection de l’enfance, numérique, logement, lutte contre la précarité… tout s’y croise, avec en bonus quelques raisons de garder espoir dans la capacité des professionnels et des citoyens à faire bouger les lignes. Sans oublier les multiples liens susceptibles de vous intéresser… Bonne lecture !

 


« Si je ne trouve pas, je vais abandonner ma formation » : les difficultés des étudiants en milieu social pour trouver des stages

jeune femme desolee affligee Depositphotos 106014406 SCet article du magazine L’Étudiant raconte la détresse grandissante des étudiants en travail social qui peinent à trouver un stage, au point que certains envisagent d’abandonner leur formation. Faute de pouvoir accéder à ce temps d’apprentissage en situation réelle, qui conditionne souvent la validation de l’année, ces jeunes voient leur projet professionnel fragilisé et leur confiance en eux s’éroder. L’enjeu n’est pas seulement administratif ou académique : il touche à leur avenir, à leur dignité, et à leur sentiment d’utilité sociale.

La journaliste Malika Butzbacha recueilli le témoignage de plusieurs étudiants. Ils racontent les dizaines de candidatures envoyées sans réponse, des refus répétés et du sentiment d’être livrés à eux-mêmes dans une recherche qu’ils vivent comme un parcours semé d’obstacles. Certains expliquent avoir envisagé des stages éloignés de leur spécialité, dans des structures qui recrutent davantage, simplement pour ne pas perdre une année. D’autres confient leur fatigue morale, entre pressions financières, nécessité de travailler à côté et obligation de trouver une structure d’accueil dans des délais très contraints.

Cet article nous montre aussi les limites de l’accompagnement institutionnel : si les textes rappellent que les établissements ont vocation à soutenir la recherche de stage et à favoriser l’égalité d’accès, dans la pratique, beaucoup d’étudiants ont le sentiment d’être seuls face au manque d’offres et à la concurrence entre candidats. Les structures du secteur social, elles, se disent parfois débordées, pas toujours en capacité d’encadrer un stagiaire dans de bonnes conditions, ce qui renforce une forme d’inégalité. Dans ce contexte, Malika Butzbacha souligne le risque d’une sélection implicite entre ceux qui disposent d’un réseau et les autres, aux parcours plus précaires.

Enfin, cet article rappelle que ces difficultés ne sont pas propres au travail social. Elles s’inscrivent dans un phénomène plus large de raréfaction et de précarisation des stages, déjà documenté dans d’autres filières et depuis plusieurs années. Pour les étudiants en travail social, la situation est d’autant plus paradoxale que les besoins de terrain sont importants, tandis que l’accès aux lieux de pratique reste verrouillé.  (lire l’article de L’Etudiant)

 


Montpellier. Les travailleurs sociaux, excédés et en grève, interpellent l’État

À Montpellier, des travailleurs sociaux des caisses de Sécurité sociale (CAF, MSA, Carsat, etc…) se sont mis en grève pour interpeller directement l’État sur la dégradation de leurs conditions de travail et le manque de moyens accordés aux publics qu’ils accompagnent. Réunis à l’appel d’organisations syndicales et de collectifs, ils dénoncent une situation qui n’est plus tenable, tant pour les professionnels que pour les personnes en grande précarité, en situation de handicap ou en détresse sociale. Cet article d’Actu.fr signé Gil Martin rend compte de cette mobilisation locale, ancrée dans un mouvement plus large du secteur social et médico-social, qui se sent ignoré malgré l’augmentation des besoins sur le terrain.

Les manifestants décrivent des équipes épuisées, confrontées à des charges de travail qui s’alourdissent, à des postes non remplacés et à des dispositifs toujours plus complexes à gérer. Ils alertent sur les conséquences directes pour les usagers : délais d’attente qui s’allongent, accompagnements raccourcis, ruptures de suivi pour des personnes déjà fragilisées. Plusieurs travailleurs sociaux font part d’un profond sentiment de perte de sens, pris entre leurs valeurs professionnelles et des contraintes qui les empêchent d’exercer leur métier comme ils le souhaiteraient.

La question des salaires et de la reconnaissance occupe une place importante. Les professionnel(le)s dénoncent des rémunérations qu’ils jugent indécentes au regard de leurs responsabilités. Ils rappellent que certains ont été exclus des revalorisations décidées dans le cadre du Ségur de la santé, ce qu’ils vivent comme une injustice supplémentaire. Ils pointent aussi l’absence de perspectives d’évolution et la difficulté à recruter, dans un contexte où les vocations s’érodent alors même que les situations sociales se complexifient. (lire l’article Métropolitain sur actu.fr)

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Nouveau record d’expulsions locatives : C’est la pire des solutions

logofondation logementEn 2025, notre pays a atteint un nouveau record avec 30.500 expulsions locatives ! Pour autant la Fondation pour le Logement rappelle que cette statistique officielle ne dit pas tout. Deux à trois fois plus de personnes quittent leur logement d’elles-mêmes, sous la menace de l’expulsion par la force, ce qui porte à près de 200.000 le nombre de personnes ayant subi ce traumatisme en une seule année, soit une augmentation de 25%. Derrière ces chiffres, l’article insiste sur la violence de l’expulsion : un événement qui bouleverse la santé psychique et physique, fragilise la vie professionnelle, désorganise la scolarité des enfants et laisse, un à trois ans plus tard, un tiers des ménages sans solution durable de logement.

Angèle Roblot et Chloé Mola décrivent la manière dont ces expulsions alimentent directement la crise du logement. Faute de solution pérenne, de nombreuses familles s’ajoutent aux centaines de milliers de personnes déjà en attente d’un logement social ou d’un hébergement d’urgence. Beaucoup se retrouvent hébergées chez des proches comme les quelque 600 000 personnes déjà dans cette situation. Et puis il y a celles qui sont contraintes de vivre dans leur voiture, voire à la rue. Par l’intermédiaire de son réseau « Accompagnement aux droits liés à l’Habitat », la Fondation alerte les pouvoirs publics depuis 2020 sur la précarisation croissante des locataires modestes, dans un contexte de crise du logement qui ne cesse de s’aggraver.

paquets dans la rueLe texte pointe un tournant politique qui ne vous aura pas échappé : la logique de prévention des expulsions qui avait prévalu pendant la crise sanitaire a été abandonnée au profit d’une logique de sanction. La loi dite Kasbarian, adoptée en juillet 2023, a pour conséquence de faciliter et d’accélérer les expulsions locatives, y compris pour des ménages vulnérables.  La Fondation s’appuie sur les constats tirés de sa plateforme « Allô Prévention Expulsion » et de son Espace Solidarité Habitat pour documenter ces effets « dévastateurs » sur le terrain. Elle souligne aussi qu’un plan de prévention des expulsions avait été initié par l’ancienne ministre Valérie Létard, mais que l’actuel ministre du Logement, Vincent Jeanbrun, semble l’avoir abandonné, tout en annonçant un durcissement supplémentaire de la législation.

En conclusion, Christophe Robert, délégué général de la Fondation pour le Logement, appelle à un retour à une véritable logique de prévention des expulsions. Il plaide pour un encadrement des loyers, une revalorisation des APL, une production suffisante de logements sociaux et le respect de la loi, notamment pour les 100.000 ménages reconnus prioritaires au titre du DALO et toujours en attente de relogement. (lire l’article de la Fondation pour le logement des défavorisés)

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Bonus :

L’IA, un outil pour le travail social : ne pas confondre justesse statistique et pertinence sociale

couv ia un outil pour le travail socialVoilà qui fait plaisir ! Un article signé dans Le Monde fait état  de la réflexion que mène Adrien Guionie, assistant de service social en protection de l’enfance, autour de l’usage de l’intelligence artificielle dans le champ du travail social. Dans son ouvrage L’IA, un outil pour le travail social ? (Érès, 2026), que j’ai eu le plaisir de préfacer, Adrien interroge cette rencontre entre deux univers que tout semble opposer : celui de la donnée et du calcul d’un côté, celui de la relation humaine et de la subjectivité, au cœur du travail social, de l’autre.

Il est observé que les premières expérimentations sont déjà en cours dans plusieurs départements. Des travailleurs sociaux utilisent des IA génératives pour structurer des rapports, cartographier les ressources locales ou repérer des dispositifs adaptés aux usagers. Ces outils font gagner du temps et peuvent améliorer la clarté des écrits. Adrien Guionie reconnaît également à la machine une dimension réflexive : les textes produits invitent les professionnels à questionner leurs propres pratiques, leurs biais et leurs automatismes.

Mais attention ! Cet usage n’est pas sans risque. L’auteur nous met en garde contre les atteintes possibles au secret professionnel, à la protection des données et au droit d’auteur. Il alerte aussi sur la menace d’une standardisation du travail social, où les synthèses automatisées risquent d’effacer la dimension humaine. Les silences, les hésitations ou les émotions qui donnent sens à l’accompagnement sont-ils appelés à disparaitre ? L’IA, dit-il, ne doit ni remplacer l’analyse du terrain ni parler à la place du professionnel.

Pour conclure Adrien appelle à construire une véritable culture critique autour des outils numériques, afin que « l’humain garde la main sur le sens ». Pour lui, comme pour vous, la justesse statistique de la machine ne saurait se confondre avec la pertinence sociale d’un regard humain. (lire l’article du Monde)

 


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Dans la presse professionnelle…

 


Vous êtes allé(e) au bout de cette revue de presse ? Bravo et merci ! Merci aussi à Michelle Flandre qui m’a aidé  à la réaliser.

Photo en une : Perplexity. Le personnage représentant une étudiante est fictif

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