Questions idiotes d’un travailleur social à la retraite… sur le futur système de retraite, les privilèges et le reste.

Vous ne trouverez pas ici dans cet article de réponses aux différentes questions que pose le futur régime des retraites actuellement mis en avant par le gouvernement. Tout ou son contraire est affirmé sur ce sujet notamment sur les réseaux sociaux. Sur certains sites d’informations établis, c’est plutôt le manque de précision et parfois des erreurs qui sont énoncées comme sur France 2 avant-hier soir où le commentateur (qui s’était trompé la veille) a présenté un sujet sur la durée de cotisation pour lui, son fils et son petit fils. Au final il nous a démontré que cette durées de cotisation obligatoire n’était pas un véritable problème tout en oubliant, – est-ce un hasard ? – de présenter les montants qu’il allait toucher, ceux de son fils et ceux de son petit fils (en pourcentage d’un salaire constant par exemple). S’il n’a pas développé ce point, c’est sans doute parce qu’ii ne  sait pas le calculer.

Tout cela conduit le travailleur social que je suis à se poser plusieurs questions. En effet l’exercice du travail social, nous a appris à être prudents quant aux affirmations qui nous sont apportées. La complexité de l’humain, de son comportement; de ses intentions, mais aussi  de son contexte de vie,  bref tout un ensemble d’éléments nous appellent à la prudence. Ce qui est aujourd’hui exact peut ne pas l’être demain tout simplement parce que la situation a changé.

Sur quoi alors s’appuyer face à nos incertitudes ?

Les travailleurs sociaux savent travailler avec ce qui est incertain. C’est même l’une de nos compétences à l’heure où les algorithmes sont censés nous apporter des réponses précises pour tous. L’incertitude fait partie même de la condition humaine. Serais-je en bonne santé dans dix ou vingt ans ? Ma situation familiale sera-t-elle la même ? Qu’en sera-t-il de mes revenus ? Aurais-je  un « accident de la vie » comme cela survient à des milliers de mes concitoyens ? Si c’est le cas pourrais-je m’en remettre facilement ?

Le futur de nos retraites entre dans cette catégorie de questionnement. Alors que nous avons besoin de certitudes, les changements annoncés ne sont-ils pas « anxiogènes » quand on entre dans les détails ?

  • Les durées de cotisations s’allongent au fil des années,
  • Le calcul du montant futur intègre des années supplémentaires justement celles où chacun était moins bien payé
  • Il est annoncé la disparition des régimes spéciaux (mais au final pas tous – police, armée, gendarmerie, personnels pénitentiaires, garderaient leurs régimes ce qui au passage confirmerait que le système à points était  pour ces fonctionnaires à leur désavantage (comme pour les autres). Mais pourquoi seulement eux ?
  • Le fameux « âge pivot » pour toucher la retraite à taux plein est une variable qui, avec les décotes, ne permettra pas de partir à l’âge légal de 62 ans pour de très nombreux salariés notamment ceux qui auront une faible retraite.

De quoi nous questionner

Tout cela me conduit à me poser plusieurs questions auxquelles vous avez peut-être la réponse.

  • la durée sans cesse augmentant de la cotisation est-elle inéluctable ? Nombreux sont ceux qui  vous répondront oui.  Cela est donc ‘est lié à l’espérance de vie ? Quid de la pyramide des âges  des actifs qui évolue sans cesse ?
  • Pourquoi le calcul du montant des retraites doit-il s’appuyer sur l’ensemble de la carrière ? Pourquoi pas les 5- 10 – 15 – 20 ou 25 meilleures années pour tous ? serait-ce une variable d’ajustement possible ?
  • La retraite à 1000 euros n’existe-t-elle pas déjà à 30 euros près ? j’avais cru comprendre que la réforme de 2003 avait imposé un minimum de 81 % du Smic pour celles et ceux qui ont cotisé suffisamment. (sauf pour les agriculteurs / artisans dont le minimum avait été fixé à 75% du SMIC) 81% du SMIC  ne met-il pas le minimum actuel à 970 euros ?
  • Que deviennent les exclus ceux qui n’auront jamais les années de cotisation requises avec des carrières remplies de trous ou pas de carrière du tout ? Pourquoi ne parle-t-on jamais d’eux ? Toutes ces personnes qu’accompagnent notamment les travailleurs sociaux. Quel sera le montant du minimum vieillesse ?
  • Comment se fait-il que les cheminots, les enseignants soient considérés comme des privilégiés alors que l’on peine à les recruter par manque de candidatures ? leurs métiers comme à l’hôpital et dans les services publics sont-ils vraiment si attractifs avec leurs régimes spéciaux ? Peut-on vraiment parler de privilège ?
  • Pourquoi ceux qui sont riches ou très riches (et qui en ce sens sont des privilégiés) ne contribuent pas à rééquilibrer cette injustice de niveau des retraites ? Ils sont des milliers qui disposent de quoi vivre très confortablement plusieurs dizaines voire centaines de vies entières en plus de la leur. Ne serait-ce pas faire oeuvre de solidarité ?

J’ai bien d’autres questions sans doute idiotes en tête auxquelles je suis bien incapable de répondre me méfiant -par expérience – des réponses sous forme de promesses qui, rappelons le, n’engagent très souvent que ceux qui les croient.

Pourtant notre pays est regardé avec envie quand de l’étranger on découvre nos congés payés et nos RTT, notre système de santé (bien que abimé lui aussi), nos retraites… Faut-il pour autant s’aligner sur le moins disant ou le moins offrant ?

Une crise de confiance et d’autres questions

J’ai entendu le premier ministre. Il parle bien, Il a fait un discours bien construit, Ce sont des paroles que l’on a envie d’entendre avec son lot de promesses, de bonnes intentions et de références fortes. Certains aspects ont été précisés d’autres restent évasifs d’où mon questionnement qui demeure. Ainsi par exemple le fait de reporter de 12 ans la mise en œuvre de la réforme  pour ceux qui sont en activité (pour les nés en 1975 et non plus 1963) n’est-ce pas un aveu qui  reconnait que, finalement, le nouveau système par points a surtout une grande majorité de perdants ?

J’ai aussi entendu avant hier Laurent Berger, représentant de la CFDT. Il est pour la retraite par points et la fin des régimes spéciaux sous certaines conditions. Or celles-ci ne sont pas acquises. Au contraire, dit-il, ce sont les salariés qui subissent les conditions de travail les plus pénibles  qui vont être désavantagés. J’ai envie de lui faire confiance comme je le fais souvent pour l’ensemble des organisations syndicales qui connaissent -quoi que l’on dise de leurs subjectivités- les réalités du terrain et du monde du travail.

Or le terrain et notamment une part non négligeable du monde du travail est en  colère et  exprime défiance et dépit. Tous les  excès sont possibles. Je ne m’étends pas non plus sur la violence de ceux qui dévoient un mouvement social en cassant tout ce qui est à leur portée de main. Je n’aborde pas non plus la doctrine actuelle du maintien de l’ordre qui là aussi apporte son lot d’interrogations et d’inquiétudes pour nos libertés. Je ne pose pas non plus la question du conflit d’intérêt qui entache la crédibilité d’un membre du gouvernement en charge du dossier des retraites. Tout cela prépare-t-il une future « privatisation » par la gestion des fonds de pension en vue de réorienter l’épargne des français ?

Non il faut que j’arrête de me poser des questions. Il y en a trop…

 

Photo :  gratisography

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2 réponses

  1. Cette réforme creuse encore plus les inégalités. La baisse des pensions devra être compensée par la capitalisation (fonds de pension) mais comment les personnes à faible revenus pourront elles capitaliser ??? Juste « les riches » pourront le faire mais ils n’en auront pas besoin sauf pur avoir encore plus ! En 2008, il a été reconnu que grâce à son système social et de retraite l’impact de 2008 avait été moindre. Une autre crise bancaire et la retraite par points sera fatalement touchée par une dévalorisation du point ! Il y a d’autres solutions que cette réforme pour assurer l’équilibre de la retraite actuelle par exemple l’égalité des salaires hommes femmes pour ne citer que cette mesure !
    L’âge pivot était un leurre pour faire entrer la CFDT dans les négos et entériner un accord entre ce syndicat et le gouvernement., pour démobiliser les grévistes. Il faut lutter contre ces mesures inégalitaires et discriminantes. Pauvre tu vis encore plus pauvre tu seras à ta retraite !

  2. Bonjour
    La reforme des retraites ne peut certes être déconnectée de son environnement médiatique et aussi de nombreuses questions sur le champ d’application et du par paramétrage de l’âge de départ en retraite, Mais si la défiance est immense c’est bien que tout le monde sait que le niveau des pension est voué à diminuer et que les départs en retraites seront retardés.
    Pour autant nous pouvons constater que les inégalités sont là. Et cette reforme ne vient pas y mettre fin. les plus riches vont payer moins ,la pénibilité du travail (forte dans le secteur social) laissera aussi des pans entiers de salariés avec une différence de traitement car ciblé que sur certains métiers..Bref , cette réforme ne va pas modifier radicalement les composantes injustes actuelles et nous n’en sommes pas dupes.

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