Livre ouvert : Émancipation

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EmancipationL’Émancipation combat les dominations qu’exercent les tutelles politiques, religieuses, familiales et patriarcales. Elle affranchit de son état d’asservissement un individu qui n’est qu’un objet sans droit, pour le faire advenir à une condition de liberté où il devient un sujet de droit.

C’est un processus social réel, observable et objectivable. Il s’agit bien là d’une démarche collective, articulée autour de la mobilisation d’un groupe, d’une solidarité collective et d’une entraide mutuelle visant à se libérer du joug de normes oppressantes.

Bien différente est l’interprétation qu’en fait le néo-libéralisme qui a instrumentalisé cette notion. Il l’a réduite à un processus de réussite personnelle et de responsabilisation individuelle. Il s’agirait pour chacun(e) de se prendre en main, de devenir l’entrepreneur (se) de sa vie, et d’assumer les réussites et les échecs de ses choix.

Pour Frederico Tarragoni, trois évènements, intervenus entre 1750 et 1800, sont fondateurs de l’avènement de l’émancipation. C’est d’abord à Emmanuel Kant que l’on doit le premier pivot. Le philosophe promeut la capacité à se servir de son propre entendement pour décider et faire ses choix, sans que ceux-ci soient dirigés par autrui, quel qu’il soit.

Puis, vient le décret révolutionnaire adopté 27 septembre 1791. Celui-ci reconnaît les juifs comme citoyens à part entière, détenteurs des mêmes droits civils et politiques que tout autre. Le troisième pilier est le décret du 4 février 1794 proclamant l’abolition de l’esclavage. Supprimé en 1802 par Napoléon, ce n’est qu’en 1848 que sera définitivement abolie la traite de tout être humain.

Pour ce qui est de la notion même d’émancipation, elle est utilisée pour la première fois en 1813 par Simon Bolivar, l’un des libérateurs des colonies espagnoles en Amérique du sud. Le mot traversera l’atlantique, permettant de désigner ensuite le combat des ouvriers contre l’exploitation capitaliste. Il va pourtant très vite être utilisé pour d’autres luttes.

A l’émancipation fondatrice des esclaves et des juifs s’en sont rajoutées bien d’autres. Celles des peuples colonisés, des femmes, des migrants, de la mouvance LGPT ou antiraciste … Autant de luttes catégorielles ou inter sectionnelles qui mobilisent un groupe social contre une oppression qui le place en infériorité et le stigmatise.

Les luttes d’émancipation ne sont pas éternelles. Elles naissent, se transforment et meurent. Il faut entretenir et stimuler celles qui existent déjà, tout en rendant visibles, audibles et pensables toutes celles qui émergent. Les structures associatives et militantes, les dispositifs participatifs et délibérants, les pratiques d’éducation populaires sont autant d’accélérateur de leur développement.

 

 


 

Cet article fait partie de la rubrique « Livre ouvert »

Il est signé Jacques Trémintin

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Photo : Frederico Tarragoni © ANAMOSA

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