Les 7 éléments permettant de réussir et de développer une action collective en travail social ( mais aussi ailleurs.. )

Il est toujours difficile de constituer un collectif permettant à des personnes, qui ont les mêmes intérêts de se défendre ou de chercher ensemble des solutions. C’est pourtant ce que font de multiples travailleurs sociaux qui, parfois sans vraiment se poser trop de questions, utilisent des méthodes et ont une « façon d’agir » très adaptées. Ils ont l’art et la manière pour que cela « fonctionne bien ». Ces professionnels savent ce qu’il faut faire pour créer un groupe, pour qu’il se mobilise et s’inscrive dans une dynamique, qu’elle soit communautaire ou de développement local. Certain(e)s collègues m’ont permis d’identifier les 7 éléments essentiels qui contribuent à la réussite d’une action collective. Les voici, afin que vous aussi puissiez en avoir un bon usage au cas où l’idée vous prendrait de réunir plusieurs personnes que vous rencontrez individuellement pour leur proposer de réfléchir et d’agir collectivement.

Cela peut paraître évident mais cela va encore mieux en l’écrivant.  Pour qu’un groupe réussisse et se développe nous avons constaté à travers des exemples précis qu’il faut :

1. Des projets portées par les personnes elles-mêmes : Ce n’est pas toujours le cas. Le projet est trop souvent  d’abord celui du ou des travailleurs sociaux qui souhaitent animer une action collective. C’est une erreur. «Tout ce que vous faites pour moi sans moi, vous le faites contre moi». Cette phrase de Nelson Mandela prend ici toute sa signification. Construire un projet ne peut se faire qu’en associant des personnes concernées dès la première rencontre.  Il s’agit de construire ensemble « personnes aidées et professionnels ». Nous sommes tous centrés sur un un objectif à atteindre clairement identifié : la réalisation tout à fait concrète de ce sur quoi nous nous sommes mis d’accord.
 2. Un strict respect du rythme du groupe, de sa parole et de ses choix « on ne peut faire aller un collectif là où l’on veut, c’est lui qui décide » avait précisé une collègue lors d’un temps d’échange. Le temps de maturation d’un collectif n’est pas celui de l’individu. Il est nécessaire de laisser mûrir les choses. C’est ce que vous ferez par exemple en « filtrant » les sollicitations extérieures au groupe et en demandant systématiquement ce qu’en pensent ses membres et leurs souhaits. Il faut tenir bon dans ce sens même si cela peut parfois être incompris. Il est tout aussi essentiel que le pouvoir de décision ne soit pas celui des leaders ou des animateurs du groupe mais celui validé collectivement même si pour cela il faut parfois recourir au vote  bulletin secret, le seul moyen de permettre à chacun de se prononcer sans influence extérieure.
 3- La reconnaissance d’un sentiment d’appartenance à une même communauté qu’elle soit géographique, sociale (mêmes conditions de vie) ou culturelle. Il est possible de réunir des personnes très différentes mais qui ont les mêmes conditions -difficiles- de vie sur un même territoire comme par exemple des personnes qui perçoivent des minimas sociaux, ou d’autres  qui ont vécue un même traumatisme comme des violences au sein de leur famille. « Je ne suis pas seul(e) », « d’autres pensent comme moi ». Ce dépassement de l’individu vers le collectif et la reconnaissance d’un intérêt commun est un réel levier. Certes, faire et penser « collectif » est souvent difficile, mais ce qui fait lien est aussi et surtout ce qui nous ressemble, ce que nous avons en commun. La reconnaissance de ce qui nous rassemble comme par exemple un sentiment d’injustice ou un besoin de reconnaissance cimente un groupe et lui permet d’avancer.
4- la rigueur dans l’utilisation des outils au service de la mémoire de chacun. Les outils ne font pas la qualité du travail, c’est sûr, mais il est quand même bien pratique de disposer par exemple de relevés de conclusion de réunions, d’une charte de fonctionnement co-construite, de listings d’invitations, de système de relances par mail ou courrier, bref des outils qui nous aident à garder une trace des décisions prises ou des réponses qui ont été élaborée collectivement . Tout groupe ou collectif a aussi besoin d’une mémoire car il s’inscrit dans une histoire spécifique et un contexte particulier.
5- la prise en compte systématique du « ressenti » et des différentes opinions des participants : Il s’agit de pouvoir travailler sur ce qui n’est pas toujours visible mais qui pourtant existe bien. il est par exemple  très utile lorsqu’une difficulté survient et qu’elle est importante, que les animateurs du groupe puissent appeler un par un les autres membres du collectif afin qu’ils puissent faire part de leur perception de ces difficultés.  Avoir leur accord (ou pas ) pour que la position de chacun puisse s’exprimer à la rencontre suivante. Permettre de lever les ambiguïtés et de mettre des mots sur ce qui fait difficulté. C’est aussi une attention spécifique auprès  des nouveaux arrivants dans le groupe afin qu’ils puissent exprimer leur ressenti à titre individuel. Si vous constater que souvent des personnes passent et ne reviennent pas, il sera utile de les interroger pour comprendre ce qui fait obstacle à leur participation.
6. Une convivialité sans prétentions simple et spontanée. Quand on se sent bien dans un collectif, on y retourne. Les petites attentions sont importantes , le café, les gâteaux « maison », le rappel des anniversaires voilà qui met aussi du baume au cœur… L’attention à l’autre et aux autres. La valorisation des expériences de chacun. Nous avons tous besoin d’attention et de reconnaissance. Ces moments de convivialité permettent souvent de faire un pas de coté et de retrouver le plaisir  d’être et d’agir ensemble.
7. Une attitude ferme et rassurante si un éventuel « malévole » (le contraire du bénévole censé faire du « bien »)  tente de capter le groupe pour son seul profit.  Ce participant est vite repéré. Il capte à lui seul toute l’attention, il tente de  prendre du pouvoir au sein du groupe et certains de ses propos provoquent des malaises, divisent et créent des suspicions. Cela existe plus souvent qu’on le croit. Généralement tout collectif à un moment ou à un autre de son développement est confronté à l’arrivée de ce type de personne qui tente de « diviser pour mieux régner ». Que cela soit conscient ou non, seul un groupe équilibré pourra s’en protéger mais cela n’est pas facile. Certains « malévoles » peuvent être très destructeurs au point de mettre en échec les meilleures volontés. Ils peuvent provoquer des crises qui font partir les bénévoles les plus aidants. Il est donc nécessaire de s’en prémunir.

Il y a sans doute d’autres ingrédients qui permettent à un collectif de se développer de façon équilibrée. Sachez que ceux-ci ont été expérimentés et s’appuient tous sur des vécus d’expériences qui à mon sens valent autant que ceux prodigués dans les manuels théoriques sur ce sujet. Pour autant, il reste nécessaire pour celles et ceux qui souhaitent se lancer de bien articuler la pratique et la théorie, deux jambes qui au final nous permettent d’avancer. Si vous avez d’autres conseils permettant de compléter cette liste, n’hésitez pas à les citer via les commentaires. Ils seront ainsi à la disposition de celles et d ceux qui s’intéressent à ce sujet.

 photo : Pixabay

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2 réponses

  1. Bonjour Monsieur Dubasque ! C’est un excellent début ! J’invite tous les professionnels intéressés à consulter le site de l’ANTSG, (www.antsg.eu) ou a me contacter pour nous rejoindre ! Cela fait plus de 30 ans que nous développons cette expertise…et ça marche. Tout est question de la posture du professionnel.
    Pascale Lafosse,
    Présidente de l’ANTSG, Association Nationale pour le développement du Travail Social de Groupe
    courriel : contact@antsg.eu ou 06 35 20 69 76

    1. Bonjour Madame Lafosse. Merci pour votre encouragement. Effectivement j’aurais dû préciser que l’Association que vous présidez l’ANTSG intervient depuis de très nombreuses années pour promouvoir le travail social de groupe et propose des accompagnements de professionnel(le)s via des formations. Merci de l’avoir signalé. Bien cordialement vous. dd

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