Le quotidien des sans-abri : où trouver un endroit pour dormir ?

Le sommeil et le repos sont des préoccupations importantes pour les personnes sans logement qui vivent dans les centres-villes. Pour mieux comprendre comment elles gèrent ces besoins, il est nécessaire de prendre en compte leur point de vue et leurs expériences, nous explique Thibaut Besozzi, docteur en sociologie, LIR3S, à l’Université de Bourgogne Franche-Comté. Dans un article publié par le site The Conversation, il nous relate les différentes stratégies que mettent en œuvre les sans domicile fixes (SDF) pour dormir la nuit le moins mal possible. Ses observations sont éclairantes et justifient que vous en preniez connaissance.

Comment trouver un endroit où passer la nuit et quelles stratégies de survie utiliser ? Rappelons aussi au passage combien il est important de considérer que les sans-abri sont des personnes avec des besoins et des préoccupations similaires à ceux de tout le monde et qu’ils méritent notre respect. C’est une évidence, direz-vous, pas pour tous malheureusement.

Plusieurs solutions, mais aucune n’est satisfaisante

Les personnes sans domicile fixe (SDF) sont souvent contraintes de faire des choix difficiles pour trouver un endroit où se reposer. Elles doivent évaluer les lieux qui pourraient leur convenir en fonction de critères tels que le confort matériel (abri, chauffage, propreté, mobilier, etc.). Plusieurs dimensions essentielles entrent en ligne de compte :

  • La sécurité (visibilité ou discrétion de l’endroit, possibilité de contrôler l’accès, protection contre les agressions, possibilité de dormir en groupe pour se protéger mutuellement, etc.)
  • L’intimité (solitude, calme ou promiscuité et bruit).
  • La liberté accordée par les lieux. Elle varie en fonction des règles (horaires d’ouverture et de fermeture, règlement intérieur ou non, contrôle plus ou moins strict des comportements illégaux).

 

Les personnes sans-abri optent pour une variété de solutions pour passer la nuit et se reposer. Cela va de la demande de places dans les centres d’hébergement d’urgence (via le numéro 115) à l’installation de tentes dans l’espace public, en passant par l’utilisation de parkings souterrains. Il y a aussi l’ouverture de squats, l’invitation chez des tiers ou l’occupation de petits espaces urbains tels que les parvis, les porches abrités ou les sous-sols de ponts.

Marcher dans la rue toute la nuit est l’une des options

En tout cas, les personnes « SDF » doivent souvent faire des choix difficiles pour trouver un endroit où dormir. Elles doivent tenir compte de nombreux facteurs, tels que le confort matériel, la sécurité, l’intimité et la liberté de mouvement. En conséquence, elles vont généralement trouver des solutions temporaires, telles que les centres d’hébergement d’urgence, les squats, les parcelles de parkings souterrains, les dessous de pont et les tentes dans l’espace public.

Chacune de ces options a ses avantages et ses inconvénients. Certains sans-abri préfèrent même passer la nuit à marcher dans les rues pour se protéger des agressions potentielles pendant la nuit. Dormir chez un ami ou un membre de la famille semble être la solution la plus appréciée. Cela offre des conditions de confort, de sécurité, d’intimité et de liberté optimales, sans imposer de contraintes institutionnelles. Cependant, la cohabitation peut parfois causer des problèmes qui mettent fin à l’hospitalité.

Le squatting, c’est-à-dire l’occupation illégale d’un local vide, est une autre possibilité. Cela permet de vivre en groupe et sans contraintes comportementales tout en bénéficiant d’un certain confort matériel, comme des pièces fermées et abritées, de l’ameublement et éventuellement de l’accès à l’eau et à l’électricité. Cela favorise également l’appropriation des lieux.

Dormir dans des tentes ou des parkings souterrains leur permettent de créer un « chez-soi » rudimentaire, individuel ou collectif. Ces options sont limitées en termes de confort matériel. Elles leur assurent toutefois des espaces d’intimité et de liberté où ils peuvent inviter des amis. Cela peut aussi pour certains leur permettre de consommer de l’alcool ou des drogues sans restriction. Néanmoins, ces possibilités sont souvent situées dans des endroits isolés et cachés des regards, ce qui peut susciter l’insécurité et exposer les sans-abri à des agressions. Pour se protéger, ils peuvent compter sur leurs chiens, se protéger mutuellement en groupes, avoir un couteau à portée de main, etc.

Le monde de la rue est très dur, il reste très violent.

Il faut voir dans les pratiques des personnes sans-abris de réelles compétences de survie que nombre d’entre nous n’ont pas.  En fin de compte, si l’on regarde bien, les endroits occupés par les sans-abri sont en permanence sujets à la précarité et à la concurrence. Généralement, au fil de leur expérience de survie, elles sont amenées à utiliser successivement différentes options pour dormir, plutôt qu’à en privilégier une seule. Par conséquent, leurs nuits sont toujours avec le risque d’être perturbées. C’est ce qui les épuise.

Comment leur apporter sécurité, intimité et liberté et stabilité ? C’est à ces quatre questions que nous devons tenter de répondre en tant que travailleur social. La réponse est difficile sans le soutien d’institutions soucieuses de rechercher des solutions durables et adaptées.

 

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Photo : capture d’écran présentation du film « Un jour ça ira » de Stan et Edouard Zambeaux

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