Choisir d’être travailleur social, c’est aussi choisir de travailler avec des valeurs…

Le sociologue Pierre Bourdieu nous a dit il y a fort longtemps que les travailleurs sociaux font partie de la « main gauche » de l’État. La main gauche c’est « l’État providence » qui sans être dépensier, protège, soigne et éduque.

Mais il y a aussi une main droite. La main droite, c’est, si l’on prend un raccourci, « Bercy » la Haute Administration, les gestionnaires des comptes publics qui n’ont qu’un objectif en tête, réduire « les déficits »  et revenir à un certain « équilibre des comptes de la nation ». C’est aussi celle de l’ordre et de la sécurité : La Défense, l’Intérieur…

Ces 2 mondes cohabitent mal. La main droite exerce une contrainte forte sur l’autre et bien évidemment ce n’est pas la main gauche de l’État qui est gagnante à ce  jeu. Cela ne veut pas dire, si bataille il y a, qu’elle est perdue et qu’il faut se résigner. Bien au contraire. Mais il faut en avoir conscience.

Il y a donc un conflit de valeur et un conflit d’intérêts divergents dans les plus hautes instances de l’État. Il en est de même pour les métiers et les professions. Assurément le policier (qui n’est pas toujours d’extrême droite) mettra en avant les valeurs de l’ordre et du respect de la loi. Le travailleur social (qui n’est pas toujours d’extrême gauche) mettra en avant la lutte contre les inégalités, le care ou encore la nécessité de protéger.

Nous avons tous des valeurs que nous souhaitons universelles.

Nos valeurs conditionnent nos pratiques. Vous savez que la construction d’une pensée professionnelle ne s’élabore pas qu’à partir de savoirs issus l’expérience et des faits ainsi qu’à partir les disciplines universitaires. Il y a aussi ces valeurs (implicites ou explicites) qui sous-tendent nos actes, qui orientent nos façons d’agir.

Vous avez des valeurs, mais quelles sont-elles vous qui êtes ou qui souhaitez devenir travailleur social ? Les principales sont le respect, l’acceptation, la reconnaissance, la considération, l’écoute, l’ouverture, la coopération, le civisme, l’honnêteté, l’action juste, le partage, la fraternité, l’empathie envers d’autres humains et le non-jugement. Il y en a d’autre, cette liste est loin d’être exhaustive. Mais si déjà vous ne vous sentez pas du tout concerné(e) par ce rappel, peut-être sera-t-il préférable pour vous que vous alliez vers d’autres métiers que ceux de l’aide, de l’assistance et du soin.

Nos valeurs s’opposent de front à d’autres mais parfois elles cohabitent selon le sens que nous leur donnons : la performance et l’excellence, l’autonomie et l’individualisme, le chiffre d’affaires, le rapport de force, l’âpreté aux gains,  l’ambition, la compétition, Être le meilleur… ne sont  pas de « mauvaises » valeurs au sens moral du terme mais reconnaissons que lorsqu’elles ne sont associées qu’à des objectifs exclusifs et personnel nous mettent en concurrence et nous épuisent quand on est face à ceux qui les portent.

Les valeurs humanistes sont souvent « bousculées » et ne pèsent pas lourd. Elles seront peu mises en avant dans une prise de décision.

Bien évidemment nous n’avons pas le monopole des valeurs que nous choisissons. Mais elles influencent nos actes, alors que nous sommes en  relation quotidienne avec d’autres humains qui font face eux à des difficultés parfois considérés comme insurmontables car construites sur des souffrances, de la violence, des tensions, des dépendances, des idéologies et j’en passe.

Parfois il arrive que le travailleur social soit lui-même prisonnier de valeurs qui lui ont été inculquées dès sa plus jeune enfance. Il deviendra jugeant, sera irritable ou provocateur. Il sera alors en difficulté pour aider la personne qu’il reçoit. Pourra-t-il alors prendre du recul et ne pas interpréter ce qui lui est dit à l’aune de sa propre vision du monde ?

La formation peut nous permettre d’y voir plus clair dans nos valeurs

Ainsi en me promenant sur le web je suis tombé sur un article sympathique sur ce sujet. Il défini les 6 principales valeurs humaines avec :

  • Les valeurs individualistes
  • Les valeurs familiales
  • Les valeurs professionnelles
  • Les valeurs nationales
  • Les valeurs morales
  • Les valeurs spirituelles

Ça fait beaucoup direz-vous, certes et en plus elles peuvent entrer en conflit et nous mettre dans l’embarras… Mais quand on a choisi pour profession d’aider les autres, il apparait nécessaire de bien comprendre les valeurs qui guident notre action. En avoir conscience et faire avec, c’est le début de la sagesse !

Sur ce je vous souhaite un joyeux Noël et bonnes fêtes de fin d’année !

 

 

Note : j’ai retravaillé un article que j’avais publié en septembre 2017 loin de me satisfaire d’où cette cette tentative de nouvelle rédaction sur ce sujet…

 

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2 réponses

  1. Salut Didier. Peut-être pourrais-tu compléter cet intéressant article par une réflexion sur l’utilité de saisir ce que que sont les idéologies, comment elles sont produites et comment elles évoluent au gré des rapports de force qui structurent les sociétés pour comprendre quelque chose à la question de l’affrontement et/ou de la co-existence des valeurs.. Je pense pour cela aux travaux de Marx, à la conceptualisation de l’Idéologie esquissée par Louis Althusser et à l’utilisation qu’en fait en particulier Saul Karsz pour penser ces questions de valeurs dans l’intervention sociale. Même le « joyeux Noêl » à tous que je vous souhaite en est pétri d’idéologie.

    1. Bonjour Patrick ! c’est un plaisir de te lire… Depuis si longtemps ! Au sujet de ta remarque, si tu as rédigé un texte sur ce thème, n’hésite pas à me le transmettre pour que je puisse le publier (même si c’est un ancien texte d’éducation et société. Car c’est dans les vieux pots que l’on trouve souvent le meilleur) ! Ce qui était écrit à cette époque était un peu prémonitoire, non ? En tout cas je suis preneur de tes anciens écrits…
      Amitiés

      Didier

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