bonjour et bienvenue à cette revue de presse qui je l’espère, vous emmènera au cœur des réalités des services sociaux aujourd’hui : entre une lutte contre la fraude sociale qui interroge ses véritables effets sur les plus précaires, des politiques de gestion du RSA qui soulèvent des questions de fond sur l’accès aux droits, et le quotidien souvent invisible mais essentiel des assistants sociaux en milieu ordinaire ou aux urgences, ces articles nous montrent des pratiques, des parcours et des choix qui façonnent l’accompagnement des publics les plus vulnérables. Sans oublier les multiples liens susceptibles de vous intéresser installez vous confortablement et… Bonne lecture
La « lutte contre la fraude » a bon dos
le collectif Changer de cap s’attaque à un mot d’ordre qui revient en boucle dans le débat public : la « lutte contre la fraude sociale ». Derrière la formule, très efficace politiquement, les auteurs décrivent une mécanique bien rodée : on brandit le fléau des tricheurs aux prestations sociales pour justifier un durcissement des contrôles, des sanctions, des suspensions de droits, qui touchent d’abord les plus pauvres. Pendant ce temps, la fraude fiscale, elle, reste largement à l’arrière-plan, alors même qu’elle pèse bien davantage sur les finances publiques.
Dans ce texte, le collectif invite à changer de lunettes : et si la « fraude » servait surtout de paravent à une politique de suspicion généralisée envers les allocataires, plutôt qu’à une véritable quête de justice sociale ? Les auteurs rappellent que, pour nombre de personnes, les ruptures de droits tiennent autant à la complexité administrative, aux retards, aux bugs, qu’à une quelconque volonté de tricher. Leur proposition est claire : plutôt que de partir à la chasse aux « assistés », il faudrait sécuriser l’accès aux droits, lutter contre le non-recours, et s’attaquer en priorité aux fraudes les plus coûteuses et les mieux organisées. (lire l’article de Changer de Cap – accès libre)
De son coté le Dauphiné libéré pose une question très concrète : “où compte-t-on le plus d’allocataires du RSA dans votre département ?” Le journaliste Batiste Kolenc rappelle d’abord les ordres de grandeur : pour une personne seule, le RSA va passer d’un peu plus de 646 euros à 651,69 euros cet été, mais surtout, le nombre d’allocataires a baissé de 6,7% entre décembre 2021 et août 2025, pour s’établir à 3,65 millions de personnes. Une baisse qui ne suit pourtant pas la courbe du chômage : après une petite embellie en 2022, le nombre de chômeurs est reparti à la hausse en 2023 puis en 2025, alors que la courbe des allocataires du RSA, elle, ne remonte pas.
En regardant dans le détail département par département, l’article met en lumière un cas spectaculaire, celui du Vaucluse : c’est là que la baisse est la plus forte de France, avec 33,5% d’allocataires en moins sur la période, depuis que le département a appliqué en avance la conditionnalité du RSA. La présidente du Vaucluse, Dominique Santoni, s’en félicite, en affirmant que près de 60% des allocataires auraient retrouvé un emploi pérenne en un an, là où on parlait de 3% auparavant. De son côté la CGT dénonce une “fausse baisse”, qui est le résultat de radiations en chaîne qui laissent des personnes sans ressources pendant plusieurs mois, avant de leur rendre le RSA… puis de le leur retirer à nouveau. Cette baisse des allocataires est-elle vraiment le signe d’une amélioration des situations, ou le produit d’une nouvelle manière de gérer le RSA par la conditionnalité et les radiations ? La réponse me parait évidente. (lire l’article du Dauphiné – accès libre)
Mais ce n’est pas tout ! Ouest France aussi pose la question en publiant une carte de France assez révélatrice. L’enquête de Paul Dumort Trujillo, qui s’intitule « Vaucluse, Finistère… Comment ces départements réduisent drastiquement le nombre d’allocataires du RSA« , s’ouvre sur une série de constats : depuis 2021, les départements du Vaucluse, des Alpes-Maritimes et du Finistère sont ceux qui ont le plus fait baisser le nombre d’allocataires du RSA, avec des chutes respectives de 32,26%, 32,17% et 17,5%, quand la baisse n’est que de 4,4% au niveau national.
Mais derrière ces « records » se cachent des mécanismes très concrets : radiations, suspensions de droits, non-recours, complexité administrative, qui permettent aux départements d’économiser plusieurs millions d’euros sur leur enveloppe RSA. Le papier montre d’emblée que percevoir et surtout conserver le RSA ressemble pour beaucoup à un véritable parcours du combattant.
Pour le raconter, le journaliste s’appuie en tout début d’article sur le cas de Loïc. Cet habitant du Vaucluse vit seul. Il est malade et a mis neuf mois à constituer son dossier RSA, faute d’informations claires et de réponse coordonnée entre la Caf et le Département. Après quatre mois sans revenu, son dossier finit par être accepté fin 2024, avant une nouvelle radiation en février 2025 au motif d’un dossier incomplet, alors même qu’il n’a jamais été informé de la pièce manquante. Son assistante sociale n’a pas accès à l’intégralité de son dossier, Benoît, l’entrepreneur qui l’aide, doit solliciter un député et obtenir un rendez-vous au Département pour débloquer la situation : au final, sur dix mois, Loïc n’a touché le RSA que trois fois…. (lire l’article de Ouest France)
Assistants sociaux en milieu ordinaire : un rôle déterminant auprès des salariés
Cette enquête signée Margot Hemmerich pour ASH Magazine nous emmène au cœur des écoles, des hôpitaux et des prisons, là où les assistants sociaux travaillent au plus près des élèves, des patients et des personnes détenues… mais souvent dans l’ombre. Ils sont peu nombreux, noyés dans des institutions dominées par d’autres logiques ( éducative, médicale, sécuritaire ) alors même qu’ils portent une mission d’écoute, de protection et d’accompagnement global des personnes. Dans l’Éducation nationale, à l’hôpital ou en milieu pénitentiaire, tous décrivent ce même sentiment d’être la « dernière roue du carrosse », quand se prennent les décisions politiques ou budgétaires.
La journaliste donne la parole à des assistants sociaux qui racontent la pénurie de postes, les tâches administratives qui grignotent le cœur du métier, et la difficulté à travailler dans la durée, à construire la confiance, à faire de la prévention. À l’école, certains suivent plusieurs établissements à la fois, avec près de 2.000 élèves chacun, ce qui oblige à renoncer aux actions collectives de prévention, pourtant si importantes pour le climat scolaire, la protection de l’enfance ou encore la lutte contre le décrochage. À l’hôpital et en prison, la méconnaissance de leur formation et de leurs obligations déontologiques les contraint à réexpliquer sans cesse qui ils sont, ce qu’ils font, et pourquoi leur regard social est indispensable aux côtés des médecins, des soignants ou des personnels pénitentiaires.
L’article nous parle aussi de la colère autour de la reconnaissance et des salaires, notamment pour les assistants sociaux des organismes de Sécurité sociale, exclus des revalorisations Ségur-Laforcade. Il nous montre ce malaise d’une profession à la fois passionnée par son métier et inquiète pour l’avenir de ses missions. En creux, Margot Hemmerich pose une question qui dépasse le seul champ professionnel : que dit l’invisibilité de ces travailleurs sociaux de l’attention réellement portée, par les pouvoirs publics, aux jeunes, aux familles et aux personnes vulnérables qu’ils accompagnent au quotidien ? (lire l’article d’ASH Magazine)
Pas de panique ! Assistante sociale aux Urgences
Il est tellement rare de voir un ouvrage grand public parler des assistantes sociales qu’il serait dommage de ne pas en parler ! Pas de panique ! est présenté comme une plongée vive et incarnée dans le quotidien d’une assistante sociale aux urgences d’un grand hôpital parisien. On y suit Caroline, fraîchement diplômée, qui débarque au service des urgences et découvre, dès son premier jour, que sa vie professionnelle sera faite de situations plus rocambolesques les unes que les autres. Loin d’être découragée, elle reste fidèle à son poste pendant vingt ans, et devient le fil rouge de ce récit documentaire.
Au fil des pages, on la voit se démener pour aider des femmes victimes de violences, des personnes sans domicile, des patients désorientés, en donnant sans compter ses heures et son énergie. Ce livre met en scène une galerie de portraits lumineux, ceux des patients bien sûr, mais aussi ceux des collègues, décrits comme une véritable deuxième famille. Le ton se veut drôle, enlevé, parfois cocasse, tout en assumant la part effrénée, épuisante et bouleversante de ce travail aux urgences.
L’ouvrage est présenté comme un récit addictif, porté par la verve désarmante de Caroline, qui fait de chaque situation un moment à la fois humain et profondément social. Derrière le rythme frénétique de l’hôpital, se dessine un plaidoyer pour le travail social, pour le lien et l’entraide, et plus largement pour une vision de l’hôpital où l’humain ne se réduit pas au soin médical mais passe aussi par l’accompagnement social et la solidarité. (lire la présentation de cet ouvrage)
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Vous êtes allé(e) au bout de cette revue de presse ? Bravo et merci ! Merci aussi à Michelle Flandre qui m’a aidé à la réaliser.
Photo d’illustration générée par intelligence artificielle. Duck.ai Le personnage est fictif


