Didier Dubasque
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Associer les « Sans Domicile Fixe » aux décisions qui les concernent

« Associer les personnes aux décisions les concernant, même les SDF ». Je dirais même surtout ! De nombreux SDF ont des parcours de vies incroyables. Certains sont montés très haut pour ensuite toucher le fond. Il y a une richesse, un savoir et une sensibilité chez beaucoup d’entre eux. Ils savent bien si vous leur racontez des histoires ou si vous êtes authentique. Ils savent aussi aller à l’essentiel. On ne peut leur reprocher d’être méfiants à l’égard des travailleurs sociaux. Ils en ont trop vu et parfois ils ne se sont pas sentis respectés en tant que sujets dignes d’intérêts.

Mais il y a SDF et SDF : il y a ceux qui sont sans logement et qui travaillent. Ils sont inscrit dans une catégorie sociale stigmatisante et pourtant contribuent à marche de la société. Leur itinérance est fait d’hébergements multiples car ils disposent de resources. Mais paradoxalement, elles ne leur permettent pas d’être solvables pour un éventuel bailleur. Et puis il y a le SDF « classique », celui dont la présence dérange. Ils ont souvent des chiens, ils sont assis par terre et interpellent le passant en faisant la manche. Ils portent sur eux les stigmates de leurs vies de galères. On les évite, ils sont parfois transparents. On évite parfois d’avoir à leur répondre pressés que nous sommes et on détourne le regard. Ce « on », c’est vous, c’est moi qui suis intégré et qui sait que la charité, c’est à dire le don et la compassion ne résoud rien même si cela peut apporter un peu de réconfort. Ecouter un SDF vous raconter ce qu’il sait de la vie est toujours une expérience positive… sauf lorsqu’il va mal.

Car il y a aussi des SDF « insupportables », impossibles à vivre et à côtoyer. Ceux-là rendent la vie impossible à leurs compagnons de misère. Ils  raquettent volontiers et ne connaissent que la violence et le rapport de force pour obtenir ce qu’ils souhaitent. Ils sont souvent de grand malades qui relèvent de la psychiatrie. On ne peut parfois pas du tout accéder à leur raisonnement tellement ils sont atteints. Fort heureusement ils sont moins nombreux que les « pacifiques ».

Alors oui, il y a les addictions. L’alcool qui réchauffe le corps et permet d’oublier ou du moins d’être ailleurs et de s’extraire de ses pensées. Mais celles-ci ressortent alors sous une autre forme, pas pour le meilleur. Quand arrive le temps de la dépendance, le SDF, plus que tout autre, s’y installe durablement. Il va souvent loin dans l’addiction car il n’a plus rien à perdre si ce n’est la vie. Nombreux me diront « ma vie, je l’ai ratée ». Mais non, il y a toujours une possibilité de repartir mais il faut bien le reconnaitre : c’est un effort titanesque qu’il leur faut déployer pour sortir de la rue. Vivre ou plutôt survivre dans la rue vous marque à vie. C’est quelque chose que l’on peut cacher quand on s’en est sorti, mais c’est quelque chose aussi que l’on ne peut pas oublier.

Parfois il y a le déclic, La rencontre.  C »‘est au moment où il a le sentiment d’avoir touché le fond. Vous êtes en train de vous noyer dans la piscine puis en touchant le fond du bassin une réaction de survie vous fait pousser sur vos jambes de toutes vos forces pour remonter à la surface. S’il y a des bouées autour de lui, il s’en saisira. Quelque chose se sera passé.

Le SDF ce mal aimé, ce rejeté de la société car n’ayant pas su s’adapter au monde a pourtant des choses à nous dire si nous prenons le temps de l’écouter. Certains vous parleront de leur vision de la société, de leur parcours e de ce que leur dure expérience leur apprend de la vie et des relations entre les hommes et les femmes de toutes conditions.

C’est pourquoi j’apprécie cet article de l’excellent site « The Conversation » qui nous dit qu’il faut « associer les personnes aux décisions les concernant, même les SDF« . Surtout les SDF a-t-on envie de rajouter.

Cette expérience de prise de parole est essentielle. Nous allons ainsi dans le quartier des Halles à Paris où se trouve la bagagerie Mains Libres, destinée aux SDF du quartier. Là bas « on ne transige pas, et les résultats sont étonnants ». Cette bagarie est née de la volonté de membres d’ATD Quart Monde : « Non seulement Mains Libres associe les usagers à la gestion de l’équipement, mais elle organise des animations destinées, à la fois, à recueillir des fonds et à faciliter l’inclusion des SDF dans la vie du quartier. Chaque année, SDF et ADF assurent ensemble l’organisation d’un vide-greniers de 320 stands sur deux jours et tiennent le vestiaire d’un bal au palais Brongniart qui accueille entre 3 000 et 4 000 danseurs. De nombreux SDF retrouvent ainsi la confiance en eux-mêmes et le courage qui leur permettent d’entreprendre des projets personnels.

Si vous souhaitez en savoir plus vous pouvez accéder au compte rendu du séminaire « une bagagerie biquotidienne pour les SDF » sur le site de l’École de Paris du Management et consulter le site de l’association Mains libres. 

Merci aux bénévoles et et membres de la Bagagerie pour ce témoignage et notamment Élisabeth Bourguignat etRichard Fleury. Ils sont la preuve de l’efficacité de la solidarité mise en oeuvre au quotidien.

 

Photo : capture écran de la vidéo qui présente le fonctoinnement de la bagagerie

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