Bienvenue dans cette revue de presse où les demandeurs d’emplois sont traqués par IA, les SDF priés de bien vouloir attendre leur tour sous 40°C et que l’on découvre des enfants entassés comme des sardines dans une voiture au fond d’un garage d’une assistante maternelle… Pendant ce temps, les travailleurs sociaux, tentent de colmater les brèches d’un système qui a troqué la solidarité contre des scores de suspicion… Entre modernisation administrative et déshumanisation assumée, le social est particulièrement secoué cet été…
France Travail déploie un outil de profilage algorithmique à des fins de contrôle

Si vous pensiez que France Travail était déjà un cauchemar bureaucratique, attendez de voir sa version 2026 : La Quadrature du net qui nous apprend l’existence d’un document interne montrant comment France Travail utilise une IA pour repérer les chômeurs « suspects » de ne pas chercher assez fort, ou assez bien. Avec 26 variables mystérieuses (dont l’ancienneté d’inscription, le niveau de formation, et le fait que votre CV soit « visible » en ligne), l’algorithme classe les demandeurs d’emploi en deux catégories : les « non-suspects » (qui peuvent continuer à espérer) et les « suspects » (qui vont se prendre une radiation dans la figure). Depuis janvier 2026, avec l’obligation d’inscription au RSA pour toucher les allocations, 6 millions de personnes sont potentiellement dans le collimateur.
France Info, dans sa chronique « C’est toi qui sais », rappelle que cette logique de suspicion systématique n’est pas nouvelle : dès 2014, France Travail (ex-Pôle Emploi) expérimentait déjà le datamining pour traquer la fraude. Mais aujourd’hui, le dispositif est passé à la vitesse supérieure. Comme le souligne La Quadrature du Net, l’opacité est totale : le code source ? Secret défense. Les biais ? « Impossible à auditer. » Les sanctions ? Automatiques pour les profils mal notés. France Travail se défend en disant que ces robots servent seulement à « synthétiser » les situations… Mais que dire quand 50% des personnes ciblées dans la phase test ont été sanctionnées ou contraintes à un accompagnement renforcé ? Ces accompagnements pourraient ne pas être une mauvaise pratique si les agents de France travail disposaient de moyens. Mais là il sont conduits à marche forcée au désespoir des conseillers.
De son côté, France 3 Régions s’alarme : cette IA de contrôle s’inscrit dans une politique plus large de violence administrative, où le numérique devient l’outil privilégié pour « gérer » les plus précaires. Entre scores de suspicion et déclarations d’heures de recherche obligatoires pour les allocataires du RSA, l’État a trouvé la martingale : faire croire que la technologie est neutre, alors qu’elle n’est que le paravent d’une forme de répression ciblée. La preuve ? France Travail a aussi déployé ChatFT, une IA conversationnelle pour « aider » les conseillers à rédiger des offres d’emploi… ou à justifier des refus. Dans les faits « accompagnement personnalisé » va se traduire par la diatribe d’un robot qui vous expliquera pourquoi votre profil ne correspond pas à l’offre. (lire l’article de la quadrature du net)
Sources
- France Travail déploie un outil de profilage algorithmique à des fins de contrôle | La Quadrature du Net
- Chômage Business : Pour qui travaille France Travail ? | Radio France
- Chasse aux pauvres : France Travail développe une IA pour fliquer les chômeurs, selon un document interne | L’Humanité
Au moins 17 personnes sans abri ont perdu la vie à cause de la canicule en seulement dix jours

Pendant que les algorithmes traquent les chômeurs, la nature, elle, s’en donne à cœur joie ou du moins, elle nous fait payer le prix de ce que nombreux ne veulent pas voir. Des températures qui explosent avec une inaction climatique qui dure depuis des années. Et dire que certains pensent qu’il faut régler le problème en achetant des voitures électriques et en relançant le leasing social. Les subventions pour l’achat de climatiseurs ne règleront rien sur le fond, mais soulageront sans doute les plus fragiles. Heureusement que les CCAS sont là pour s’inquiéter du sort des anciens qui sont chez eux et agir comme il se doit. Les CCAS vous vous souvenez, ce truc que le Sénat voulait ne plus rendre obligatoire dans les communes. Chapeau les artistes !
Mediapart dresse un bilan glaçant : au moins 17 personnes sans abri ont perdu la vie à cause de la canicule en seulement dix jours. Dix-sept vies balayées par des températures mortelles, dans un pays où le thermomètre a dépassé allègrement les 40°C. Pendant ce temps, Banque des Territoires alerte : les expulsions sans relogement, déjà légion en temps normal, s’intensifient sous couvert de « sécurité ». Résultat ? Des personnes à la rue, exposées à des températures insupportables, tandis que les associations appellent à un « état d’urgence social ».
La canicule vient de se terminer que déjà les services météo nous en annoncent une nouvelle à venir. Pendant ce temps, les pouvoirs publics sortent le grand jeu : des messages d’alerte qui appellent les particuliers à se protéger et des discours sur la « résilience » des Français. Comme si on pouvait demander à un sans-abri de « bien s’hydrater » alors qu’il n’a même pas accès à un point d’eau potable. La canicule, ce n’est pas qu’une question de thermomètre : c’est le révélateur d’un système qui oublie les plus fragiles sur l’autel de l’inaction climatique. À chacun ses priorités. (lire l’article de médiapart)
Sources :
- Expulsions, sans-abrisme, canicules… les associations pour le logement en alerte maximale | Banque des Territoires
- « C’est une aberration » : en Sarthe, la possible suppression des CCAS fait craindre un recul de l’action sociale | Ouest-France (ça c’était le mois dernier mais c’est pour appuyer mon propos)
- Nouvelle canicule début août ? Les scénarios restent ouverts
En Essonne, 12 enfants découverts entassés dans une voiture
Dans ce dossier de crèche illégale à Yerres, le scandale ne tient pas à l’inaction des pouvoirs publics, mais précisément à leur intervention. Deux assistantes maternelles ont choisi de contourner toutes les règles au mépris de la sécurité des enfants et c’est un peu glauque : Franceinfo nous apprend que ce sont les travailleuses médico-sociales de la Protection maternelle et infantile (PMI) qui, lors d’un contrôle inopiné dans une maison reconvertie en crèche, ont découvert dans le sous-sol une voiture où douze enfants, dont des nourrissons, étaient enfermés dans le noir, les vitres embuées témoignant qu’ils y étaient depuis un certain temps. Franceinfo décrit clairement comment une structure autorisée pour quatre enfants seulement, gérée par deux assistantes maternelles ont mis en danger délibérément des nourrissons pour tenter de dissimuler une activité illégale au moment du contrôle.
La réaction des autorités a été rapide : ouverture d’enquête pour mise en danger de la vie d’autrui, travail dissimulé et exercice illégal d’une activité réglementée. Les deux assistantes maternelles ont été placées sous contrôle judiciaire, et le Département a fort justement porté plainte. Dans ce cadre, il est non seulement “normal” mais juridiquement et politiquement indispensable que le département se constitue partie civile : son rôle est de délivrer les agréments, de contrôler les conditions d’accueil, et de protéger les enfants quand ces conditions sont manifestement bafouées. La responsabilité pénale comme morale repose ici sur les assistantes maternelles. Alors, suite à cette affaire, on donne des moyens aux PMI pour qu’elles puissent exercer leurs missions de contrôle d’accompagnement et de prévention des risques sur tout le territoire ? Non…. Je blague, il parait que cela coute bien trop cher (lire l’article de franceinfo)
Et aussi
Par-delà le rempart du téléphone, des familles sans abri aux côtés des salariés du Samusocial parisien en grève
Le Samu social de Paris est censé être le numéro qu’on compose quand tout le reste a lâché : l’État, le marché de l’immobilier, les solidarités familiales. Ces dernières semaines, ce numéro a pris corps sur le trottoir : des dizaines, puis des centaines de familles sans abri et de femmes seules avec enfants ont installé leurs tentes devant le siège du Samu social, dans le 13ᵉ arrondissement, en soutien aux salariés en grève et parce qu’il n’y a littéralement plus nulle part où aller. C’est ce que montre Mediapart dans son article : les deux bouts de la ligne 115 se sont rejoints, physiquement, sur le parvis.
Pendant la canicule, on a ouvert des gymnases et des hébergements temporaires, puis, une fois les températures redescendues, on a refermé les portes et renvoyé des centaines de personnes à la rue. « C’est trop dur, on va mourir si on reste dehors » le journal l’Humanité raconte cette séquence avec des familles, des nourrissons, des personnes isolées qui passent en quelques jours du statut de “à protéger” à “à gérer”. C’est au moment où les travailleurs du Samu social, eux, dénoncent la suppression de centaines de places d’hébergement et le fait que leurs missions se transforment en tri désespéré des détresses, sans solutions à proposer.
Sur le trottoir, les chiffres ont des visages. Actu.fr le dit très bien : “C’est inhumain ». France 3 Île-de-France nous parle aussi de ces 170 familles, avec enfants en bas âge, nourrissons, femmes seules, mineurs non accompagnés qui dorment au pied du bâtiment censé organiser leur mise à l’abri. L’expression “c’est inhumain” n’est pas un slogan : c’est une description littérale d’un dispositif où l’on accepte que des familles dorment à la porte du service chargé de les mettre à l’abri, sous l’œil de salariés en grève qui demandent juste des moyens pour ne pas avoir à choisir entre un bébé et un adolescent quand il ne reste qu’une place.
Sources :
- Par-delà le rempart du téléphone, des familles sans abri aux côtés des salariés du Samusocial parisien en grève | Mediapart
- « C’est trop dur, on va mourir si on reste dehors » : à Paris, des centaines de personnes remises à la rue après la canicule | L’Humanité
- « C’est inhumain » : à Paris, plus de 200 mères et enfants à la rue réclament un hébergement d’urgence | Actu.fr
- « Un toit pour ces personnes, cela serait le minimum », 170 familles campent devant le Samu Social | France 3 Régions
Lire aussi :
- L’inclusion : une ambition haut-garonnaise | Département de la Haute-Garonne
- L’invitation des Petits Frères des Pauvres : pourquoi ne pas envoyer une carte postale cet été à des personnes isolées | ICI Lorraine, Meurthe-et-Moselle et Vosges
- « C’est toi qui sais, je ne mets aucun mot à ta place » : au cœur du protocole NICHD utilisé par les enquêteurs pour auditionner les enfants victimes | franceinfo
- « Un nouvel appareil vient d’accéder à votre espace personnel » : des messages d’alerte se font passer pour votre banque | ICI (France Télévisions)
- Expulsions, sans-abrisme, canicules… les associations pour le logement en alerte maximale | Banque des Territoires
- Ceux qui ont commencé à travailler très jeunes vivent un peu moins longtemps… | Cadremploi
- Pourquoi la souffrance psychique des jeunes n’est pas une affaire individuelle | The Conversation
- Plus d’un adulte sur cinq est touché par le handicap dans sa famille | The Conversation
- Claire Hédon quitte ses fonctions de Défenseure des droits : six ans de combat pour les droits des Ultramarins | franceinfo Guyane / Outre-mer La 1ère
- Une nouvelle génération de travailleurs sociaux diplômée à Mayotte | Mayotte La 1ère
- Nuit de la Solidarité Métropolitaine – 22 janvier 2026 | Apur
Dans la presse professionnelle (Sélection)
- Menaces sur le Ceremh, centre expert en conduite automobile des personnes handicapées | Le Média Social
- Protection de l’enfance : les lieux de vie et d’accueil redoutent une mainmise des départements Le Média Social
- Violences sur enfants : la Maine-et-Loire conditionne ses subventions au suivi de formations | La Gazette Santé Social
- Dans le bassin minier, une mairie RN veut déloger une association de prévention spécialisée | La Gazette des communes
- Catherine Delorme : « Le contre-pouvoir devient politiquement incorrect et le militantisme un gros mot » | ASH
- Le droit à un avocat pour chaque mineur protégé bientôt inscrit dans la loi | ASH
- Pupilles de l’État : effectifs record, coup d’arrêt à l’adoption | Enfance Jeunesse Infos
- Violences sexistes et sexuelles : le Conseil d’État taille dans la proposition de loi intégrale | Enfance Jeunesse Infos


