Les vacances sont terminées pour beaucoup d’entre vous. C’est l’occasion ici de vous proposer une rétrospective des articles que vous avez peut-être manqués car ils ont été publiés en juillet et en août. En effet, il y a des étés qui invitent à la pause, et d’autres qui rappellent brutalement que la machine sociale, elle, ne s’arrête jamais. Juillet et août 2024 auront été de ceux-là : un été de canicule et de tensions, d’algorithmes et de critiques politiques, mais également de fraternité, de professionnels et de bénévoles qui continuent, malgré tout, à tenir bon.
Pour celles et ceux qui avaient (à juste titre) décroché pendant les vacances, cette revue de presse revient sur les articles de ce blog publiés au cœur de l’été. Tout ne peut pas être dit et vous ne retrouverez pas de « revue de presse des revues de presse ». Mais voici une présentation de ma sélection dans l’ordre de leur diffusion, en les tissant ensemble. Non pour faire un inventaire, mais pour tenter d’en dégager un fil rouge : celui d’un travail social sommé d’être plus « efficace », plus collé à son époque tout en restant humain, attentif et ancré dans le réel. Un grand écart.
I. Juillet : tenir l’humain à hauteur d’œil
L’IA s’invite dans le social : promesse ou mirage ?
L’été s’ouvre avec une question qui traverse désormais tous les métiers : que fait l’intelligence artificielle au travail social ? Dans l’article consacré à l’IA et les travaux de LaborIA diffusés juste avant l’été, Stéphanie Hemairia Clerc, explore les zones de risque et les possibles d’un outil qui prétend optimiser les interventions sociales, mais qui peut aussi les déshumaniser s’il devient une nouvelle couche de contrôle.
À travers cette réflexion, le message est clairement énoncé : l’IA ne doit pas se substituer à la relation, ni devenir un prétexte pour réduire encore les moyens humains. L’enjeu n’est pas de refuser la technique, mais de la mettre au service de l’éthique professionnelle, des personnes accompagnées, de la confidentialité, du lien. Un rappel salutaire à l’heure où les logiciels de scoring et de tri automatique commencent à infuser les politiques sociales.
L’article est à lire ici :
Autonomie ou injonction impossible ?
Dans la foulée, un témoignage particulièrement intéressant, car vécu, nous parle de notre propre autonomie. Elle n’est plus un idéal émancipateur, mais une exigence institutionnelle posée à des personnes empêchées, cabossées, prises dans des contraintes structurelles qu’aucun accompagnement « responsabilisant » saurait effacer.
Adeline Kameni nous rappelle que le vocabulaire de l’autonomie sert parfois de paravent à la réduction des droits : il est demandé aux usagers de savoir « se débrouiller », de « se reprendre en main », alors qu’ils ne le peuvent pas. Le travail social se retrouve sommé d’être le bras armé de cette injonction paradoxale : rendre autonome sans moyens adéquats celles et ceux qui ne peuvent pas l’être.
L’article est à lire ici :
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L’écoute, dernier bastion
Face à ces pressions, il nous faut revenir aux fondamentaux. À contre-courant des discours sur la performance, l’écoute reste essentielle. Elle n’est pas une posture molle, mais un acte professionnel exigeant, un temps lent dans des dispositifs pressés, une résistance minimale à l’automatisation des relations.
Cet article fait écho, en creux, à la menace qui traverse tout l’été : le risuqe de perdre le temps de l’écoute. Si l’on perd le temps de la rencontre, alors le travail social risque de ne devenir qu’un guichet de plus, un simple outil de gestion des flux.
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II. Canicule : quand la météo devient une politique sociale
Chaleur extrême, violence sociale
Juillet a aussi été un mois de chaleur suffocante, il n’est pas besoin de vous le rappeler. La canicule n’est pas à comprendre comme un simple phénomène météorologique, mais aussi comme un révélateur de la violence des inégalités.
Il ne fait pas « le même » 40 degrés selon qu’on vit dans un appartement surchauffé sans isolation, dans un hébergement saturé ou dans une maison ombragée avec climatisation. La canicule devient alors un prisme pour observer les publics suivis par le travail social : personnes âgées isolées, personnes sans domicile, familles en habitat précaire, enfants, personnes en situation de handicap… Autant de vies que la chaleur extrême met en danger, et que les institutions ne protègent qu’imparfaitement.
Article à lire :
Les oubliés de la canicule
Qui prend soin de celles et ceux qui ne sont dans aucun fichier, aucune liste de « personnes vulnérables » ? Qui repère les invisibles, les isolés, ceux qui n’ont même plus la force de demander la moindre aide ?
Force est de constater que la canicule exacerbe la dépendance à l’entourage, aux associations, aux travailleurs sociaux, à ces filets informels de solidarité. Ce sont ceux là mêmes qui comblent les trous béants du filet institutionnel. La météo, là encore, devient politique : ce sont les mêmes qui paient le prix fort de la crise climatique, de la précarité énergétique et des politiques sociales sous-dotées.
Article à lire :
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III. Activation, management et métamorphose du travail social
RSA « rénové » : théâtre de l’activation
Au cœur de l’été, il s’agit aussi de s’interroger sur les effets du « RSA rénové ». Derrière la communication gouvernementale sur la « solidarité à la source », les « activités obligatoires » et la lutte contre le non-recours, l’écart reste grand entre les annonces et les moyens engagés.
Le théâtre, ici, est double : le théâtre politique, qui met en scène la responsabilité individuelle des allocataires, et le théâtre administratif, qui demande aux professionnels de « suivre » plus de monde, plus finement, sans temps supplémentaire. L’activation est devenu un slogan, alors même que les dispositifs sont saturés et les publics toujours plus fragilisés.
Article à lire :
Des assistantes sociales aux « care managers » ?
La même logique de transformation silencieuse du travail social se retrouve dans certains changements de vocabulaire. Il faut par exemple regarder cette tentative de requalification du métier d’assistant de service social. Il est de plus en plus orientée vers le « pilotage de parcours » que vers la relation, l’accompagnement global, la défense des droits.
Le « care manager » n’est pas seulement un mot ; il porte un imaginaire : celui d’un professionnel chargé d’optimiser des trajectoires, de coordonner des prestations, de suivre des indicateurs. Loin du récit d’une présence aux côtés des personnes, on glisse vers une logique de gestion de flux, de performance, de catégorisation des parcours. Et cette glissade n’est pas neutre : elle redessine, sans débat, les contours de ce qu’est ou ce que devrait faire les professionnel(le)s du travail social.
Article à lire :
La Fraternité, malgré tout
Pourtant, dans ce paysage saturé de contraintes, Jacques Trémintin nous propose des respirations avec les « livres ouverts » du mercredi. Certains, comme celui consacré à la Fraternité, nous montrent que malgré les vents contraires, il est des valeurs qui sont le cœur battant du travail social. Ainsi il nous faut regarder de plus près ce que représente la fraternité concrète, les gestes modestes, les rencontres qui déjouent les catégories administratives.
Les analyses de Jacques fonctionnent comme autant de contrepoints à la froideur des réformes et des terminologies managériales. Il rappelle que, derrière les sigles et les protocoles, il y a des êtres humains qui se soutiennent, s’accompagnent, se relèvent parfois ensemble.
Article à lire :
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IV. Août : l’attention, l’écologie, les algorithmes et la récupération politique
L’attention en miettes
L’entrée dans le mois d’août se fait avec une interrogation existentielle pour les métiers de la relation : nous sommes désormais confrontés à un système qui fragmente le temps, multiplie les tâches, démultiplie les interfaces. Cela au point de rendre quasi impossible la présence pleine et entière aux personnes.
Entre reporting, applications numériques, injonctions à « aller plus vite » et gestion de crises qui se succèdent, l’attention professionnelle se trouve éparpillée. Or, sans attention, il n’y a plus de diagnostic social digne de ce nom, plus de compréhension fine des situations, plus de confiance. Là encore, c’est l’âme du métier qui est en jeu.
Article à lire :
Vers un travail social « vert » : à vous de donner de la voix
En contrechamp, un article appelle à votre participation : c’est une initiative qui propose aux professionnels de s’exprimer sur l’articulation entre écologie et travail social. C’est tout l’enjeu de l’enquête nationale « Vers un travail social vert » qu’a lancé cet été la Fédération des Acteurs de la Solidarité (FAS) et ses partenaires. Une enquête qui ne se contente pas de poser des questions, mais qui cherche à cartographier les pratiques existantes, à identifier les freins, et surtout, à donner la parole à celles et ceux qui, chaque jour, inventent des réponses sur le terrain.
On y retrouve un fil déjà présent ailleurs : la crise climatique n’est pas une abstraction pour les publics accompagnés. Les réponses à apporter dans des domaines aussi divers que le logement, les déplacements, l’alimentation pour ne citer qu’eux relèvent autant du social que de l’environnement. Cette enquête à laquelle je vous invite à répondre ouvre un espace : à vous qui, au quotidien, voyez les effets concrets des crises en cours. C’est une occasion de prendre la parole. Alors n’hésitez pars
Article à lire :
Justice instrumentalisée, victimes invisibilisées
Changement de tonalité avec le « Point de vue » de Vince éducspe. Dans celui-ci, il dénonce la récupération politique des crimes sexuels pour justifier des surenchères pénales, sans moyens supplémentaires pour la prévention, la protection, ni pour l’accompagnement.
Ce texte s’inscrit en miroir d’un autre article publié quelques jours plus tard : des dizaines de milliers de dossiers de signalements et d’informations préoccupantes sont restés en souffrance. Pourquoi et comment en est-on arrivé là. Pourquoi notre système judiciaire et administratif débordé, voire défaillant.
La juxtaposition des deux articles dit quelque chose de profond : on brandit les victimes pour faire campagne, mais on les abandonne dans les couloirs des institutions. Là encore, le travail social, la protection de l’enfance, les associations se retrouvent sont sur le front, avec des moyens toujours aussi insuffisants. Ils sont bien loin des surenchères médiatiques et de la démagogie ambiante. Personne ou presque n’écoute leur expertise.
Articles à lire :
- Point de vue – Vince éducspe : viols, perpétuité et mensonges, quand la droite instrumentalise les victimes au lieu de défendre
- 85.047 dossiers oubliés : l’aveu accablant de l’État sur les violences sexuelles faites aux enfants
Algorithmes et droits sociaux : reprendre la main

Partons ici sur un autre terrain, mais profondément lié : celui des algorithmes qui filtrent, contrôlent, trient les allocataires. On ne peut que saluer le travail des créateurs du nouveau site droitsnumeriques.fr, à l’initiative du collectif « changer de cap ». Les droits sociaux se jouent désormais aussi sur le terrain du codage des algorithmes.
Les calculs opaques, les scores de risque, les contrôles automatisés ne sont pas des détails techniques : ils structurent l’accès effectif aux prestations, ils peuvent accentuer les discriminations, renforcer le non-recours ou la peur des contrôles. Face à cela, des collectifs de juristes, développeurs, militants s’organisent pour rendre ces mécanismes intelligibles et contestables. Là encore, la question est la même : qui tient la main sur les outils qui décident de la vie des plus vulnérables ?
Article à lire :
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V. Sur le terrain : bénévoles, chaleur, précarité
Derrière les grilles du parc des expositions
Août, c’est aussi ce témoignage important d’Adrien Guionie, assistant social et bénévole. On y suit ce professionnel qui, en plus de son travail, s’engage bénévolement dans le dispositif d’accueil d’urgence des personnes victimes des graves incendies en Gironde. Ce qu’il nous raconte est assez poignant et dérangeant.
Ce quotidien derrière les grilles du parc des expositions de Bordeaux, nous montre l’impréparation des autorités qui même si elles ont agi aux mieux, ont montré leurs limites. Cela nous rappelle que la solidarité se joue souvent là : dans les interstices, dans les temps « hors cadre », grâce à celles et ceux qui refusent de détourner le regard.
Article à lire et à ne pas manquer :
Il fait chaud, surtout pour celles et ceux qui n’ont rien
Dans la continuité des textes de juillet sur la canicule, qui revient en force, en août, se pose le sort et la réalité matérielle des personnes les plus précaires. C’est une sorte de feuilleton climatique et social : chaque vague de chaleur révèle, encore, la même chose : des personnes qui dorment dehors, des familles en hébergement saturé, des salariés obligés de continuer, malgré tout.
Là encore, ce sont les acteurs de terrain, les collectivités locales les plus impliquées, les associations, qui inventent, bricolent, tentent de protéger. Pendant que les grandes déclarations sur l’« adaptation » restent souvent sans traduction concrète pour ceux qui n’ont « rien ou trop peu ».
Article à lire :
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VI. Politiques sociales et récit national : quelles solidarités pour demain ?
Le programme social du RN : inclusion conditionnelle, exclusion assumée
Vers la fin du mois d’août, voici venu le temps de décortiquer la logique d’un projet politique qui hiérarchise les publics. Il conditionne les droits, oppose « bons » et « mauvais » pauvres, les « nationaux » et les « étrangers ».
Ce texte s’inscrit directement dans la trame de l’été : alors que les dispositifs sociaux sont accusés de coûter trop cher, voilà la solution du Rassemblement national : un programme qui prône la solidarité sélective. Il a pour projet d’aider les uns en supprimant les droits des autres. Le travail social se résumant à devenir un instrument de tri plutôt qu’un levier d’égalité.
Article à lire :
Riche en France : la promesse d’ascension en panne
Enfin, quittons le champ de la pauvreté pour nous intéresser aux « riches » (comme le fait d’ailleurs le RN). Il s’agit de déplacer légèrement le projecteur pour voir la manière dont la société française gère (ou non) ses inégalités. Cet article nous montre que l’ascenseur social ne fonctionne plus. La mobilité sociale accessible à tous est devenue une illusion. Les jeunes générations, notamment, sont confrontées à la réalité d’un système qui verrouille autant qu’il prétend ouvrir.
Cet article fait office de miroir avec un grand angle : ce que vivent les publics accompagnés par le travail social n’est plus une « exception » dans un système juste, mais le symptôme aigu d’une société globalement fracturée.
Article à lire :
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Pour la suite : tenir la ligne humaine
De juillet à août, un motif persistant s’impose : la tension entre un appareil institutionnel qui se technocratise, s’automatise, se durcit, et un travail social qui, lui, continue de se penser comme un métier de lien, de droits, de fraternité concrète. IA, algorithmes, RSA « rénové », « care managers », attention fragmentée, canicule, violences sexuelles, programme du RN, illusions méritocratiques : les articles de cet été ne racontent pas des histoires séparées. Ils dessinent le même paysage, vu depuis le terrain. Celui d’un pays où l’on parle beaucoup de « responsabilité », de « mérite », de « modernisation », mais où l’on peine à garantir, pour toutes et tous, des droits effectifs, un minimum de sécurité matérielle, une véritable protection.
Reste alors la question, ouverte, que ces articles laissent en suspens : comment continuer à faire travail social dans ce contexte sans en perdre l’âme ? La réponse, si réponse il y a, se trouve sans doute dans cet entêtement à écouter encore, à dénoncer les angles morts, à documenter les violences invisibles, à valoriser les gestes de fraternité. Et à ne pas laisser la narration de la solidarité aux seuls gestionnaires de dispositifs ou aux stratèges politiques et autres apotres des solutions de facilité.
L’été est passé, mais le chantier, lui, est intact. Bonne rentrée !
Photo : Depositphotos


