Bonjour et bienvenue à cette revue de presse qui, cette semaine, nous plonge au cœur de réalités sociales qui ne peuvent laisser personne indifférent. On commence fort avec une enquête qui révèle que les violences sexuelles au collège sont deux à trois fois plus répandues que ce que disent les chiffres officiels. Retenez aussi cette tribune de Manuel Pélissié qui s’interroge sur ce que le travail social a encore à dire à l’heure de sa jounée internationale qui n’a pas mobilisé les services de l’Etat. Vous découvrirez aussi une décision européenne qui remet à leur place les maires qui chassent les pauvres de leurs trottoirs. Sans oublier les multiples liens susceptibles de vous intéresser… Bonne lecture !
Violences sexuelles au collège : ce que ne disent pas les chiffres officiels
Margot Déage, maîtresse de conférences en sociologie à l’Université Grenoble Alpes, part d’un constat saisissant : les données officielles du ministère de l’Éducation nationale ne sont pas satisfaisantes. Elles sont issues d’une enquête de 2022, indiquent que 15% des filles et 12% des garçons auraient été exposés à au moins une forme de violence sexuelle au collège. Mais ces chiffres, selon l’auteure, restent très en deçà de la réalité, car ils se limitent essentiellement aux violences physiques en présentiel – voyeurisme, attouchements, baisers forcés – sans intégrer l’ensemble du continuum des violences sexuelles.
Son enquête conduite au printemps 2023 pour le Centre Hubertine-Auclert, a interrogé 1.669 collégiens et collégiennes d’Île-de-France. Elle brosse un tableau bien plus préoccupant : 43% des élèves déclarent avoir subi au moins une forme de violence sexuelle au cours de l’année écoulée. Ce chiffre s’explique par un périmètre d’investigation plus large, incluant les outrages sexuels (mimes, propos imposés, sollicitations insistantes), les atteintes à l’image intime (sextorsion, divulgation, montages) et potentiellement des viols pour 2% des répondants. L’auteure souligne par ailleurs que, contrairement aux idées reçues, 43% de ces violences se produisent dans l’espace scolaire lui-même, contre 24% dans l’espace numérique.
Face au discours gouvernemental qui désigne les réseaux sociaux comme principal facteur d’amplification et préconise leur interdiction avant 15 ans, Margot Déage appelle à une tout autre lecture. Les plateformes numériques, écrit-elle, ne créent pas les normes de genre mais en accélèrent la circulation : elles sont davantage révélatrices que causes premières des violences. L’auteure plaide pour une prévention décloisonnée, articulant lutte contre le harcèlement, éducation aux médias et éducation à la vie affective et sexuelle, en associant les élèves eux-mêmes à cette démarche. (Lire l’article paru dans the Conversation)

Sur ce même sujet il est intéressant aussi de souligner l’action récente de l’Observatoire des violences faites aux femmes de Seine-Saint-Denis. Il tenait sa 24ᵉ rencontre à Bobigny devant près de 500 personnes, consacrée pour la première fois entièrement aux cyberviolences.
Il a été fait état d’une autre étude plus récente du Centre Hubertine-Auclert. Elle a été réalisée en 2025 auprès de 4 000 élèves franciliens. Elle révèle que 85% des jeunes déclarent avoir subi des cyberviolences, avec une surreprésentation des filles et des élèves LGBT, et que seulement 26% des victimes osent en parler. La comédienne Typhaine D., qui a reçu plus d’un million de messages haineux après une participation à une émission en ligne en 2022, a témoigné de la brutalité des « cyber-meutes » masculinistes, ayant conduit à l’identification de 11 suspects et au jugement de 9 d’entre eux pour cyberharcèlement aggravé. (lire l’article sur le site du Département de Seine-Saint-Denis)
Journée mondiale du travail social : les professionnels au cœur de la guerre
Manuel Pélissié, membre du Haut Conseil du travail social et animateur de la cellule internationale, dresse un constat préoccupant dans une tribune publiée par les ASH à l’occasion de la Journée mondiale du travail social du 17 mars. Pour la première fois depuis l’adoption de la définition du travail social en 2017, la France ne célèbre pas vraiment cette journée. Il interroge les raisons de ce repli – désintérêt politique, recentrage franco-français, élections locales à venir – Plusieurs raisons sont évoquées. Il faut revenir à l’essentiel écrit-il. « Le travail social est partout, mais pour autant il est entravé dans de très nombreux pays ».
Manuel Pélissié ancre sa réflexion dans une réalité humaine concrète en évoquant le Liban, et notamment la professeure Maryse Tannous Jomaa, directrice de l’École libanaise du travail social de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth. Elle vit avec ses collègues et ses étudiants sous les bombardements tout en continuant à les former. Il nous rappelle que dans de nombreux pays – dictatures, zones de guerre, régimes autoritaires – le travail social est quasi clandestin, voire inexistant, et que sans travailleurs sociaux, une société dévastée ne peut pas se reconstruire ni réparer ses membres les plus fragiles.
En conclusion de cette réflexion, l’auteur met en garde contre l’individualisme croissant de nos sociétés. Il se reflète dans le désintérêt porté aux conflits lointains, et invite à retrouver le sens de l’altérité — cet amedjro en langue éwé, « celui que je désire connaître ». Rappelant la devise Ubuntu de la journée mondiale 2021 « Je suis parce que nous sommes », il conclut que les travailleurs sociaux sont, assurément, des citoyens du monde. (lire la tribune publiée par les ASH)
Note : il faut dire qu’hormis quelques posts sur les réseaux sociaux et de rares initiatives de centres de formation ou fédérations, la journée mondiale du travail social n’a pas véritablement mobilisé les professionnels et leurs institutions.
Arrêtés anti-mendicité : le Conseil de l’Europe confirme leur caractère discriminatoire
Le Comité européen des droits sociaux (CEDS) vient de rendre une décision de portée majeure : la multiplication des arrêtés municipaux interdisant la mendicité en France est contraire à la Charte sociale européenne. Cette décision fait suite à une réclamation collective portée notamment par la FEANTSA, la Fédération internationale pour les droits humains, la Fondation pour le Logement des Défavorisés (FAS) et la Ligue des droits de l’Homme (LDH).
Le CEDS identifie trois violations graves : ces arrêtés enfreignent le droit à la protection contre la pauvreté et l’exclusion sociale ; ils sont discriminatoires en ciblant des comportements directement liés à la précarité comme la station assise prolongée ou la demande d’aumône ; et ils laissent un pouvoir d’interprétation arbitraire trop large aux autorités locales, permettant des sanctions sans preuve de menace réelle à l’ordre public. Sur le terrain, la FAS souligne que ces mesures aggravent la marginalisation des personnes sans abri en les éloignant des dispositifs d’accompagnement, de soin et de distribution alimentaire.
Malgré des victoires juridiques récentes, dont la suspension de l’arrêté de Nevers en 2025, la FAS alerte sur l’épuisement que représente ce combat judiciaire répété pour les associations. Cela les détourne des ressources indispensables à l’accès au logement et à l’hébergement. Elle appelle désormais les municipalités à se conformer sans attendre à leurs obligations, en réorientant leurs politiques vers l’aide sociale et le respect des droits fondamentaux. (Lire le communiqué de la FAS)
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Vous êtes allé(e) au bout de cette revue de presse ? Bravo et merci ! Merci aussi à Michelle Flandre qui m’a aidé à la réaliser.


