Bonjour et bienvenue à cette revue de presse ! Au menu aujourd’hui, une actualité sociale particulièrement dense et parfois éprouvante, mais essentielle à connaître. D’abord une enquête impitoyable du Monde sur des accusations de viols visant un éducateur spécialisé à Marseille. Vient ensuite, un rapport de l’IGAS qui pose la question, ô combien concrète, de l’accès aux droits sociaux à l’heure où les guichets disparaissent au profit du tout-numérique. On s’arrêtera aussi sur les annonces budgétaires de Sébastien Lecornu, décryptées par Mediapart, qui pointe des mesures inquiétantes pour les plus précaires et les personnes étrangères. Enfin, La Cimade nous invite à signer un manifeste pour une société plus juste et solidaire. Sans oublier les multiples liens susceptibles de vous intéresser… Bonne lecture !
« À Marseille, les jeunes filles placées, l’éducateur accusé d’être un prédateur, et ses anciens collègues désorientés »

Voilà une enquête du journal Le Monde qui risque de faire couler beaucoup d’encre et remettre une pièce dans le juke-box des détracteurs de l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE). Un éducateur spécialisé de l’aide sociale à l’enfance, Michel B., se trouve mis en examen depuis janvier pour des faits d’une extrême gravité : viols sur mineurs par personne ayant autorité, agression sexuelle et corruption de mineurs.
Ces actes auraient été commis sur quatre enfants placés au Mas joyeux, un foyer marseillais accueillant environ 90 jeunes de 3 à 21 ans, entre le milieu des années 2000 et 2017. L’homme, aujourd’hui placé sous contrôle judiciaire et interdit d’exercer auprès d’un public vulnérable, nie fermement les faits. Son avocate affirme que « cet homme a dédié toute sa vie à la protection de l’enfance » et qu’il ne comprend pas les accusations portées contre lui.
Pourtant, les témoignages recueillis par les journalistes du Monde, Solène Cordier et Lorraine de Foucher, dressent le portrait très inquiétant d’un homme qui aurait exploité méthodiquement sa position de confiance. Comme le résume Célia, l’une des plaignantes : « C’est un chasseur, il utilise les mêmes techniques d’approche, les mêmes cadeaux, les mêmes phrases. Et quel meilleur terrain de chasse qu’un centre pour enfants brisés et sans famille ? »
Cette enquête décrit avec précision l’emprise se serait construite sur plusieurs années. Il est question de gestes qui semblaient anodins aux yeux de l’entourage, mais qui selon les victimes dissimulaient une stratégie de prédation. Marine, aujourd’hui étudiante de 25 ans, raconte comment ce professionnel est devenu son parrain lors de son baptême, à 11 ans
Les visites au domicile de l’éducateur faisaient aussi partie de ce système, sans qu’aucune alarme ne soit véritablement déclenchée par les institutions censées protéger ces enfants. Il faut noter que les violences sexuelles présumées s’inscrivaient dans un contexte plus large de maltraitances physiques au sein de l’établissement : coups, humiliations, courses nocturnes pieds nus dans le froid… Julie, une autre victime placée dès l’âge de trois ans, résume cela : « On nous a placées parce qu’on était censées être en danger dans notre famille, alors qu’on était plus en danger au foyer. C’était un sauvetage empoisonné. »
Cette enquête révèle également le désarroi de plusieurs collègues de l’éducateur concerné qui travaillaient avec lui. Ils comprennent et analysent certains faits et attitudes à postériori. Ils culpabilisent aussi de ne pas les avoir vus à l’époque. Ainsi Thomas, qui était le meilleur ami de l’accusé, a immédiatement cru les jeunes femmes, malgré le choc de découvrir la vraie nature de son collègue. « Maintenant, ça me réveille la nuit de culpabilité », confie-t-il. (lire l’article du Monde)
L’accès aux droits sociaux : la fin du guichet ?
L’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) vient de publier un rapport qui mérite qu’on s’y attarde, tant il touche à une question qui concerne des millions de nos concitoyens : comment accéder à ses droits sociaux quand les guichets traditionnels se raréfient et que le numérique s’impose partout ? Fadéla Amara, Bérénice Delpal et Valérie Saintoyant on rédigé ce rapport à trois mains.
Leur travail s’appuie sur une méthode qui sort des sentiers battus habituels de l’inspection administrative. Plutôt que de se contenter d’analyser des données à distance, les auteures sont allées observer directement le terrain, en s’immergeant dans les lieux d’accueil eux-mêmes. Elles ont ainsi étudié trois types de structures bien différentes les unes des autres : les caisses de sécurité sociale, les collectivités locales que sont les départements et les communes, ainsi que les Maisons France services,
Cette approche de proximité leur a permis de saisir, dans toute sa complexité, l’ampleur des transformations survenues durant la dernière décennie. C’est un période marquée à la fois par une volonté de rationaliser les organisations avec la montée en puissance des outils numériques
Ce rapport, va bien au delà une simple lecture simpliste des difficultés d’accès aux services publics. Trop souvent, on réduit le problème à une simple question de fracture numérique, comme si suffisait d’apprendre aux gens à se servir d’un ordinateur pour que tout rentre dans l’ordre. Or les auteures démontrent que l’enjeu véritable dépasse largement cette dimension technique.
Le raport pointe également la complexité d’un paysage institutionnel où se côtoient de multiples acteurs, chacun avec ses propres règles, ses propres horaires, ses propres modalités de prise de rendez-vous. Cette fragmentation, si elle répond parfois à une logique de spécialisation, peut aussi devenir un obstacle supplémentaire pour des personnes déjà fragilisées par leur situation sociale, économique ou personnelle.
Ce document arrive à un moment où les débats sur la dématérialisation des démarches administratives occupent une place importante dans l’actualité. De nombreuses associations et collectifs citoyens alertent régulièrement sur les difficultés rencontrées par une partie de la population, qu’il s’agisse de personnes âgées, de personnes en situation de précarité ou de personnes peu familières avec les outils numériques.
Les recommandations formulées par l’IGAS ne se limitent pas à des constats : elles se veulent opérationnelles et visent à nourrir directement les réflexions en cours sur l’avenir des services publics. On pense notamment l’évolution attendue du programme France services et la préparation de la prochaine génération des conventions d’objectifs et de gestion qui encadrent le fonctionnement de la Sécurité sociale pour les années qui viennent. (lire l’article de l’IGAS) (lire le rapport de l’IGAS) (Lire sa synthèse)
Lire aussi
Prestations sociales : derrière les annonces de Lecornu, des « coupes sur les pauvres » et le « sacrifice des étrangers »

Cet article publié par Amélie Poinssot pour Mediapart détaille les conséquences des annonces du Premier ministre Sébastien Lecornu en matière de budget 2027. Deux mesures suscitent l’inquiétude des associations de défense des droits sociaux : l’instauration d’un délai de carence pour les prestations sociales non contributives versées aux personnes étrangères et le gel possible des allocations logement (APL) pour l’ensemble des bénéficiaires.
Cette dernière mesure, selon Manuel Domergue, directeur des études à la Fondation pour le logement, représenterait « une coupe sur les pauvres, et pour plusieurs années ». En effet « il n’y a généralement pas de rattrapage d’une telle mesure ». Concrètement, le gel des APL équivaut à une perte réelle estimée à plus de 300 millions d’euros pour les foyers les plus modestes, puisque ces allocations ne suivraient plus l’inflation, actuellement autour de 2 %.
La mesure visant les personnes étrangères s’inscrit dans un contexte politique tendu, où le gouvernement semble chercher à s’assurer le soutien du Rassemblement national pour l’adoption du budget. Manuel Domergue dénonce ainsi « un pied dans la porte de la préférence nationale » et « un appel du pied pour que le Rassemblement national ne censure pas le budget du gouvernement ».
Cette annonce reste toutefois floue sur sa mise en œuvre concrète : aucune précision n’a été donnée sur la durée de ce délai de carence, alors que l’écart entre trois mois et cinq ans aurait des conséquences radicalement différentes pour les personnes concernées. Il faut rappeler que ce délai existe déjà pour le RSA, avec cinq ans de présence régulière sur le territoire exigée, ce que se gardent bien les promoteurs de la préférence nationale de dire. Pour les allocations logement des étudiants non européens, rappelons qu’il a été fixé à deux ans depuis le début de l’année.
Plusieurs voix politiques se sont élevées contre ces orientations : l’élu écologiste bordelais Stéphane Pfeiffer parle d’une mesure « cynique », rappelant qu' »il s’agit pour l’État de faire des économies de bouts de chandelle sur le dos des familles monoparentales, des étudiant·es et des foyers modestes pour qui une différence de 5 ou 10 euros à la fin du mois, ça compte ».
Le sénateur communiste Ian Brossat rappelle également que « depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir, les APL ont constamment servi de variable d’ajustement budgétaire ». Pour lui, « s’attaquer à ces allocations, c’est fragiliser les locataires les plus modestes, c’est une injustice sociale absolue ». Il souligne enfin qu' »il y a une stratégie de sidération de la part du gouvernement, qui multiplie des annonces particulièrement inquiétantes pour que l’on ne soit plus en capacité de réagir ». (lire l’article de Médiapart)
et aussi
La Cimade lance un manifeste pour une société fondée sur l’égalité et la solidarité
Les discours dominants, souvent porteurs de peur et de préjugés, étouffent les valeurs humanistes et stigmatisent les personnes migrantes. Face à cette situation, La Cimade explique qu’il est temps de reprendre le contrôle du récit et de porter une vision juste, solidaire et humaine des migrations. « Les personnes migrantes sont aujourd’hui stigmatisées, leur dignité bafouée, et leur histoire effacée ».
Vous êtes invité à signer un manifeste « pour une société juste et solidaire. » Il se veut une réponse claire à la montée des discours de haine et à la résignation. En le signant, vous afficherez votre refus des discours de division et de rejet et choisirez l’engagement contre l’indifférence et la résignation.
Pour signer, il faut ensuite cliquer sur le menu à droite (le design n’est pas très clair…)
Lire aussi
- Sanctions des chômeurs et des allocataires du RSA : le Conseil d’État rejette les demandes en annulation d’un décret portées par plusieurs syndicats et associations | BFMTV
- Être famille d’accueil, c’est ouvrir sa maison, son cœur : ils offrent une seconde chance aux jeunes délinquants placés par la justice | France Info
- À Vénissieux, un jardin à vocation sociale : de vrais liens s’y tissent | La Vie
- Prestations sociales : derrière les annonces de Lecornu, des coupes sur les pauvres et le sacrifice | Mediapart
- La présélection faite par l’IA n’a même pas été revue par un humain : ‘Filtrées par l’intelligence artificielle, elle affirme que la plupart de ses candidatures ne sont pas lues’ | France 3 Régions
- Le gel annoncé des APL : un énième coup de rabot qui fragilisera les locataires les plus modestes | Le Monde
- Être borderline est un vrai trouble de la personnalité et il touche jusqu’à 1,4 million de Français | Actu.fr
- RSA, APL, prestations familiales… À quelles aides les étrangers ont-ils réellement droit ? | Les Surligneurs
Dans la presse professionnelle…
- Céline Lembert, du terrain à la présidence de l’ANAS | Le Media Social
- Prix du carburant : quoi de neuf pour l’aide à domicile ? | Le Media Social
- Diplômes du travail social : le gouvernement défend sa réforme face à la crainte d’un travailleur social unique | Enfance Jeunesse Infos
- Protection de l’enfance : ‘Sept mois plus tard, nous agissons’, plaide le gouvernement face à un secteur excédé | Enfance Jeunesse Infos
- Du débat budgétaire à la campagne présidentielle : l’UNCCAS en ordre de bataille | La Gazette des Communes
- En Eure-et-Loir, un service de médiation qui permet d’apaiser les conflits | La Gazette des Communes
- Le secret professionnel à l’épreuve des crimes sexuels sur mineur | ASH
- Les personnes qui vivent en squat ne sont pas celles qu’on imagine | ASH
Vous êtes allé(e) au bout de cette revue de presse ? Bravo et merci ! Merci aussi surtout à Michelle Flandre qui m’a aidé à la réaliser en me fournissant tous ces liens !
Photo en une :
@cookie_studio sur Freepik


