Didier Dubasque
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Revue de presse | RSA : et si on parlait travail ? / Une régression sociale sans précédent / Rendre visible les invisibles

Bonjour et bienvenue à cette revue de presse de début de semaine. Nous vous proposons aujourd’hui deux analyses de sociologues du CNRS, l’une sur la loi dite de « plein emploi » et l’autre sur la réforme du RSA. Le décryptage de ce qui se passe reste nécessaire en ces temps où tout s’accélère dans une actualité nationale et internationale assez anxiogène. De leurs côtés, les associations d’aide et de solidarité n’en peuvent plus et les professionnels qui y travaillent ont envie de baisser les bras. Comment se remonter le moral ? Sans doute en suivant un futur webinaire proposé par Lien Social jeudi prochain ou en particiant au 5ème festival du film social à Tours. Et puis toujours en fin de résumés la liste des liens qui abordent des infos susceptibles de vous intéresser. Bonne lecture !

 


Réforme du RSA : et si on parlait travail ?

Voilà un excellent article écrit par Maud Simonet, sociologue et chercheuse au CNRS à l’IDHES-Nanterre.  Il est publié sur le site Alternatives Économiques et aborde la réforme du Revenu Social d’Activité (RSA). L’auteure évoque les propos du ministre du Travail, Olivier Dussopt, qui a été interrogé sur cette réforme. Selon les termes votés au Sénat en juillet, le RSA est désormais être assorti d’une durée hebdomadaire d’activité du demandeur d’emploi d’au moins 15 heures. Le ministre a réagi de manière assez véhémente aux critiques, insistant sur le fait que l’on ne devrait pas parler de « travail » dans ce contexte.

Eh bien si justement, dit-elle, il faut parler travail et ce qui se passe en France. Maud Simonet met en évidence le fait que la réforme du Revenu Social d’Activité (RSA) s’inscrit dans une tendance plus large, historiquement portée par des pays comme les États-Unis, l’Angleterre et l’Allemagne. Cette tendance est celle du « workfare », un modèle qui conditionne l’aide sociale à l’exécution d’un certain type d’activité ou de travail. Ce concept  a été popularisé aux États-Unis dans les années 1960 et 1970 par Ronald Reagan et s’est progressivement étendu à d’autres pays occidentaux. En France, la réforme du RSA suit cette même logique, même si cela n’est pas explicitement dit.

L’article souligne que le « workfare » n’est pas seulement une idéologie anti-pauvres, mais aussi une pratique de régulation du marché du travail. En d’autres termes, il ne s’agit pas uniquement de « remettre les assistés au travail », mais aussi de créer une nouvelle catégorie de travailleurs contraints d’accepter des emplois peu ou mal rémunérés. Ce modèle contribue à renforcer l’idée que les chômeurs sont responsables de leur situation, en insistant sur leurs devoirs et obligations sociales.

Si l’on devait résumer son propos, la France n’annonce pas explicitement qu’elle adopte un modèle de « workfare », mais les éléments de la réforme du RSA montrent qu’elle s’inscrit dans cette tendance internationale. Elle vise à exercer un contrôle accru sur les chômeurs, en les rendant responsables, voire coupables de leur situation. (lire l’article de Maud Simonet sur Alternatives économiques)

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Loi « plein-emploi » : « La régression sociale attendue est sans précédent depuis des décennies »

Cette tribune publiée par Le Monde, est signée Jean-Claude Barbier. Cet autre sociologue du CNRS revient sur la loi « plein-emploi » votée le 10 octobre dernier. Cette loi représente pour lui un tournant politique radical. Elle est lourde de conséquences dévastatrices pour les catégories les plus pauvres de la population. Il souligne que la loi porte en elle une double promesse de sévérité et d’austérité. D’une part, elle stigmatise les personnes pauvres en partant du principe qu’elles sont paresseuses. D’autre part, elle prévoit des coupes dans toutes les dépenses sociales.

L’auteur rappelle que les moyens pour l’insertion sociale et professionnelle ne sont pas déployés en contrepartie de l’augmentation des sanctions et des punitions. Il rappelle que la régression sociale attendue est sans précédent depuis des décennies, surtout au moment où les effets de la réforme de l’assurance-chômage commencent à se faire sentir. L’auteur compare cette situation à celle de 1988, comme étant à l’inverse de la mise en place du Revenu Minimum d’Insertion (RMI) qui représentait un tournant majeur en matière de protection sociale.

Pour Jean-Claude Barbier, cette loi a pour conséquence principale de faire des personnes pauvres des boucs émissaires, tout en poursuivant discrètement la réduction des dépenses sociales. Il rappelle que plus d’un tiers des personnes pauvres en France sont en emploi, ce qui souligne l’inefficacité de cette approche. Deux populations sont particulièrement visées : les jeunes et les titulaires des minima sociaux, qui sont transformés en « demandeurs d’emploi » sans que l’on sache où trouver les millions d' »heures d’activités hebdomadaires » nécessaires à leur insertion.

L’auteur rappelle que la Défenseure des droits, Claire Hédon, a mis en avant l’obligation légale des pouvoirs publics à fournir des ressources d’insertion aux personnes pauvres. Or c’est une obligation qui ne pourra pas être remplie si la logique de réduction des dépenses sociales est maintenue. Enfin, l’article évoque les diverses menaces qui pèsent sur les ménages pauvres et modestes, notamment la crise du logement, l’augmentation du chômage et les coupes budgétaires dans les dépenses de santé.

Le sociologues conclut en insistant sur le fait qu’il n’est pas digne de faire des personnes en situation de précarité des boucs émissaires, surtout lorsque la majorité d’entre elles souhaitent travailler et vivre décemment. (lire la tribune publiée par Le Monde)

 


Rendre visibles les invisibles : l’ITS de Tours ouvre ses portes pour un festival du film social à ne pas rater

Ce festival débute demain. L’Institut du Travail Social (ITS) de Tours et l’association La 25e Image se sont mobilisés pour que cette rencontre sur 3 jours soit une réussite. Cette initiative marque une étape importante pour l’ITS, qui avait déjà accueilli le festival l’année précédente, mais uniquement pour ses étudiants. En ouvrant ses portes au grand public cette année, l’institut fait preuve d’une volonté manifeste de sensibiliser un public plus large aux enjeux sociaux complexes. Patrick Ferret sur France 3 Val de Loire aporte des précisions et invite ses lecteurs à visionner les films sélectionnés.

Pauline Moulin, chargée de communication à l’ITS Tours, explique que l’association La 25e Image, qui organise le festival au niveau national, a sélectionné 21 films sur une liste de 300. Ce choix rigoureux pour des œuvres de qualité, capables de susciter une réflexion profonde sur des sujets sociaux variés.

L’ITS Tours ne se contente pas seulement de projeter des films ; il va plus loin en organisant des séances de débat et d’échange après chaque projection. Ces séances sont animées par des acteurs de terrain et des étudiants de l’institut, ce qui enrichit le dialogue et permet une meilleure compréhension des thématiques abordées. L’association tourangelle Passerelle Ciné, qui partage la vision de l’ITS Tours sur l’importance du cinéma comme outil de lien social, est également un partenaire du festival. (lire l’article de France 3 Val de Loire) (télécharger le programme du festival)

 


«Ça craque de partout» : le nouvel appel à l’aide des associations de lutte contre la pauvreté

L’article de l’AFP publié par Libération, se concentrant sur le cri d’alarme lancé par près de 800 associations. Un mois après une alerte initiale des Restos du cœur, ces associations, adhérentes à la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS), estiment que leur situation et celle des populations précaires n’ont pas été prises en compte par le gouvernement. Pascal Brice, président de la FAS, souligne que les situations de précarité s’étendent et s’aggravent. Les associations sont épuisées et manquent de moyens.

Dans un contexte d’inflation élevée, les structures ont noté une forte hausse des demandes d’aide et une augmentation de leurs dépenses de fonctionnement. Les Restos du cœur, qui fournissent 35 % de l’aide alimentaire en France, ont même prévenu qu’ils devraient restreindre le nombre de leurs bénéficiaires cet hiver. Face à cette situation, le gouvernement a certes dévoilé une nouvelle stratégie de lutte contre la pauvreté le 18 septembre dernier. Bien que les mesures soient jugées positives, elles sont considérées comme très insuffisantes par les acteurs de terrain. Pascal Brice appelle à deux mesures d’urgence : une revalorisation des minima sociaux et une indexation des financements des associations sur la hausse des prix.

Le président de la FAS rappelle que plus de 9 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté en France, soit avec moins de 1 120 euros par mois pour une personne seule, selon les données de 2020 de l’Insee. Une centaine de rencontres étaient prévues la semaine passée dans toute la France pour faire entendre la voix des personnes précaires, des travailleurs sociaux et des associations. Mais on en a peu parlé dans les médias. (Lire l’article de l’AFP)

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Un rendez-vous table ronde : Face à la souffrance, quelle combativité ?

Lien Social vous invite à une table ronde jeudi 19 octobre 2023 de 19 h à 20 h 15, sur le sujet de la combativité, en écho au numéro spécial « Le travail social est un sport de combat ». Voici le lien en Zoom pour vous connecter le jour J : https://us06web.zoom.us/j/83998552599 . Il est précisé que la table ronde sera ensuite disponible en replay sur le site du journal

Les intervenants :

Aurélie Ruby-Monteil, Commission de mobilisation du travail social Île-de-France
Laurent Ott, pédagogue social, auteur
Sarah Gueguen, ingénieure de la formation et autrice
Claude Schauder, psychologue et psychanalyste, Appel des appels
Ludwig Maquet, formateur, intervenant RPS, responsable de rubriques à Lien Social

 


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Vous êtes allé(e) au bout de cette revue de presse ? Bravo et merci ! Merci aussi à Michelle Flandre qui m’a aidé à la réaliser

photo créé par wayhomestudio – fr.freepik.com

 

 

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