Bonjour et bienvenue à cette revue de presse qui vous propose un tour d’horizon de l’actualité sociale qui fait réfléchir, réagir, et parfois inquiète sur les enjeux du moment. Il y a par exemple les déclarations du ministre de la Justice sur sa priorité politique du moment : la protection de l’enfance. Nous parlons ensuite de la progression d’une pauvreté de masse qui bouleverse notre cohésion sociale avec un article intéressant paru sur le site « The Conversation ». Enfin, retenez aussi cette alerte de la pédopsychiatre Marie Rose Moro sur la santé mentale trop souvent négligée des adolescents… Sans oublier les multiples liens susceptibles de vous intéresser. Bonne lecture ! Et bon courage à celles et ceux qui travaillent en ce mois d’août !
Délinquance, foyers, ordonnance de sûreté : la protection de l’enfance, priorité de Gérald Darmanin en 2026
Ce n’est pas forcément une bonne nouvelle. Les élus ont souvent la fâcheuse tendance à annoncer des intentions qui ne sont pas suivies d’effets. Dans les colonnes du Figaro, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin défend l’idée de faire de la protection de l’enfance sa priorité en 2026. Il considère que nous sommes face à une montée de la délinquance dans les foyers et que l’inquiétude face à certains jeunes mineurs placés s’accroit. Il propose la création d’une « ordonnance de sûreté ». Cette mesure viserait à empêcher que des mineurs signalés comme « potentiellement dangereux » ne ressortent trop rapidement du « dispositif de protection », tout en réaffirmant l’engagement du ministère à travailler étroitement avec la Justice et la Protection judiciaire de la jeunesse.
Gérald Darmanin veut également un plus grand contrôle des établissements. Il déplore le manque de solutions pour les enfants en grande détresse psychologique ou présentant des troubles lourds du comportement. Il est vrai que de nombreuses situations mettent à l’épreuve le quotidien des éducateurs et des équipes sur le terrain. Le ministre prône ainsi un renforcement des contrôles et la création de structures spécialisées, tout en soulignant la nécessité d’un meilleur partage de responsabilités entre l’État, les départements et les professionnels du secteur. Le langage
Le journaliste du Figaro Eliott Vaissié parle de la volonté de Gérald Darmanin d’accélérer les réformes à partir de 2026. avec l’objectif de garantir à la fois la sécurité des enfants placés et celle de la société. « Le dispositif de suivi des mineurs présente de « graves défaillances », selon le ministre. Les décisions de justice sont prises « tardivement », les places manquent en foyers d’accueil et beaucoup de jeunes finissent à la rue ou dans des réseaux de prostitution ». On apprend dans cet article que la ministre Catherine Vautrin présentera à l’automne un projet de loi visant à réformer la protection des mineurs confiés à l’ASE. Un des axes majeurs prévoit de permettre aux assistants familiaux de cumuler leur activité avec un autre emploi, afin de faciliter les recrutements. Bref rien sur la qualité de l’accueil ni les moyens à déployer. (lire l’article du Figaro.)
- (Éléments de langage) : Lire la lettre de Gerald Darmanin aux agents de la protection judiciaire de la jeunesse
- La réaction à cette lettre de Jean-Pierre Rosenczveig
La pauvreté de masse, symptôme d’une crise de la cohésion sociale
Cet article signé Hugo Spring-Ragain, doctorant en économie au Centre d’études diplomatiques et stratégiques (CEDS) analyse la hausse notable du taux de pauvreté qui a dépassé 15% en 2023, atteignant un niveau inédit depuis 1996. Cette augmentation ne s’explique pas uniquement par des facteurs conjoncturels comme l’inflation ou la crise énergétique. Il faut aussi tenir compte des transformations structurelles profondes : précarisation des emplois, stagnation des salaires réels, dualisation du marché du travail, creusement des inégalités territoriales, et diminution de l’efficacité des transferts sociaux.
Les classes moyennes sont touchées par un phénomène de déclassement, la promesse de mobilité sociale s’effrite. Notre structure sociale s’apparente de plus en plus à un sablier : précarité ancrée en bas, accumulation de richesses en haut, et effritement des classes intermédiaires au milieu. Bref c’est inquiétant pour la cohésion sociale d’autant plus que les mécanismes traditionnels d’ascension sociale — éducation, accès à la propriété — perdent de leur efficacité. Cela provoque un sentiment d’exclusion et de fragmentation sociale.
Cet article met en évidence le risque de polarisation. La montée de la pauvreté représente non seulement une menace pour la cohésion sociale, mais aussi pour la stabilité des institutions politiques : la solidarité collective est fragilisée, alors même que des réformes profondes du système fiscal et de la protection sociale seraient nécessaires. Mais il n’y a aucune volonté politique de le faire. Au contraire, les remèdes actuellement proposés sont pires que le mal (lire l’article de The Conversation)
Santé mentale : « Faire attendre un adolescent qui va mal, c’est l’exposer à des risques très importants »
Dans un entretien accordé à Mattea Battaglia pour le journal « Le Monde », la pédopsychiatre Marie Rose Moro tire la sonnette d’alarme sur la dégradation persistante de la santé mentale des jeunes. Elle rappelle que cette tendance dépasse la crise du Covid-19 et s’observe en France comme à l’international, mais que la France se distingue par la force du phénomène. Dès le milieu des années 2010, l’amélioration perçue dans les années 2000 a laissé place à une inquiétante recrudescence des hospitalisations pour crises suicidaires, notamment chez les adolescentes.
Cette cheffe de service à la maison des adolescents de l’hôpital Cochin, souligne la nécessité de remettre en question certains présupposés. Longtemps, la pédopsychiatrie a considéré que les jeunes filles étaient plus résistantes, recevant alors moins d’écoute que les garçons. Or, les chiffres récents montrent que les gestes auto-dommageables et les crises suicidaires touchent désormais davantage les filles. Elle cite une étude de l’Inserm : les adolescentes ayant tenté de se suicider avaient en moyenne exprimé leur détresse verbalement quatre fois avant leur geste. « Doivent-elles le dire plus, et plus fort, pour être entendues ? Je le crains », confie-t-elle, dénonçant ce biais d’écoute.
La spécialiste met également en avant l’importance des traumatismes sexuels, majoritairement subis par les filles. Elle pointe tout autant l’insuffisance du système de soins. Diagnostiquer n’a de sens que si la prise en charge suit. Pour elle, « faire attendre un adolescent qui va mal, c’est l’exposer à des risques très importants ». Les délais d’accès aux soins, les lacunes du parcours entre pédopsychiatrie et psychiatrie adulte, et la stigmatisation qui perdure compliquent encore l’accompagnement des familles.
Face à une société inquiète pour l’avenir de ses jeunes, Marie Rose Moro invite parents et proches à se tourner vers les structures existantes comme les Centres médico-psychologiques ou les maisons des adolescents. Elle rappelle la gratuité de ces services, véritable avancée démocratique, et détaille l’existence de lignes d’écoute accessibles jour et nuit pour les jeunes en détresse ou leurs familles. (Lire l’article du Monde – abonné(e)s)
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Photo de Jacques Paquier, sous licence CC BY 2.0.


