Prévention de la délinquance des jeunes : pourquoi les travailleurs sociaux sont concernés…

«Pour que la prévention de la délinquance juvénile porte ses fruits, il faut que la société tout entière assure le développement harmonieux des adolescents en respectant leur personnalité et en favorisant l’épanouissement des jeunes dès la plus tendre enfance.»  Cette disposition est l’article 2 des principes directeurs des Nations Unies sur la prévention de la délinquance juvénile 

Il peut paraître utile que nous rappelions aux professionnels du ministère de l’intérieur prompts à vouloir mobiliser les travailleurs sociaux quelques faits qui semblent avoir été oubliées, mêmes ces professionnels appréhendent bien les mécanismes liés à la délinquance. Cela explique pour une part leur souhait de travailler de façon constructive avec les travailleurs sociaux. 

Il existe un problème réel de perception de la délinquance. Aujourd’hui, il reste difficile d’affirmer qu’elle est plus importante qu’auparavant même si elle a pris des formes nouvelles. Ainsi par exemple, les menaces et incivilités à l’encontre des travailleurs sociaux ne semblent pas plus nombreuses qu’il y a 10 ou 15 ans. C’est plutôt leur degré de tolérance et la hauteur du stress provoqués, le traitement de actes délictueux et leur médiatisation qui auraient évolué.

De quelle délinquance parlons-nous ? selon les termes employés on ne peut considérer que  «criminalité », , « délits », « infractions », « violences » et «incivilités» relèvent tous de la délinquance. La comptabilisation de certains actes est difficile à établir. Par exemple il reste difficile de savoir si certains crimes tels les viols et abus sur mineurs ont augmenté ou si, grâce à des campagnes de prévention mises en place, ont permis de révéler cette réalité déjà existante et cachée et de rompre un tabou. Il en est de même pour les violence conjugales.

Il s’agit aussi de distinguer ce qui relève de la prévention de la délinquance, de la prévention de la récidive mais aussi du sentiment d’insécurité. A priori la prévention primaire ne devrait porter que sur un public large à l’image de ce qui est engagé dans la prévention de fléaux sociaux, tels que les accidents de la route, ou encore les maladies tels le cancer, les maladies contagieuses, les drogues, l’alcoolisme. Par exemple faut il considérer que les jeunes qui s’acoolisent le vendredi soir à Rennes lors de soirées « cartables » sont de potentiels délinquants  ? Une  définition de la délinquance semble  bien trop large pour être efficiente car on y retrouve des éléments très disparates

Les travailleurs sociaux sont particulièrement exposés et confrontés à la violence et aux risques y afférant parce qu’ils sont en contact direct avec la population et traite quotidiennement avec celle ci de sujets susceptibles d’exacerber les tensions : manque d‘argent, annonces de saisies, d’expulsions, toxicomanies diverses (état de manque), violences intrafamiliales (séparations, placements d’enfants, etc.)

Pour autant les actes de violences à l’encontre des travailleurs sociaux restent relativement limité au regard des sujets traités avec les personnes et les famille. Plusieurs éléments explique ce phénomène et dans ce domaine également il reste également difficile à quantifier

  • les travailleurs sociaux auraient une tolérance assez forte face aux provocations, incivilités et actes de violence directs. Ils se laisseraient assez peu impressionner et « banaliseraient » le phénomène

  • Il maîtrisent et développent des processus de communication qui préviennent et limitent le passage à l ‘acte violent de par leur positionnement professionnel : écoute, reformulation, positionnement « d’alliance » ou du moins de recherche de compréhension du comportement de la personne.

  • Enfin, dans leur grande majorité, ils savent distinguer ce qui relève de l’acte ponctuel, qui peut être canalisé, des actes répétés dans leur intensité conduisant à mettre en œuvre des procédures qui visent à protéger les victimes potentielles telles les populations fragiles ( enfants, personnes agées, personnes démunies…)

  • Ils ont développé des pratiques préventives qui leur permettent de se positionner dès le premier acte violent posé qu’il soit ou non posé en direction des personnes.

  • Pour autant,ils sont très peu en contact avec des personnes inscrites dans une délinquance organisée. Au contact des familles ils peuvent être confrontés aux actes d’incivilité. Ils peuvent parfois aussi être en contact avec des publics inscrits dans la primo délinquance (vols, petits trafics, violences intra et extra familiale…)

Ces quelques éléments nous démontrent que nous avons bien à nous positionner sur cette question. Mais si cela est le cas, notre porte d’entrée ne peut en aucun cas être celle de la gestion des risque, et du repérage tels qu’ils sont mis en avant dans  la stratégie nationale de prévention de la délinquance (2013-2017)

En conclusion, voici ce qui peut être important de défendre en tant que travailleur social dès que la question de la prévention de la délinquance est posée  

1- Le modèle de prévention de la délinquance que nous préconisons s’appuie sur les Principes directeurs des Nations Unies pour la prévention de la délinquance juvénile (Principes directeurs de Riyad) adoptés et proclamés par l’assemblée générale dans sa résolution 45/112 du 14 décembre 1990.

2- Nous ne nous reconnaissons pas dans le modèle anglo-saxon centrés sur des programmes et des logiques de détection-action. Ces méthodes n’ont pas véritablement fait leurs preuves. Nous lui préférons un autre modèle qui est développé aussi bien en France qu’au Canada (Québec). Il porte sur le champ de la bien-traitance et de la restauration de la parentalité. En effet nous savons que fort heureusement des milliers d’enfants avec des parcours chaotiques et des maltraitances avérées parviennent à vivre une vie d’adulte équilibrée. Nous savons aussi que parfois des enfants qui ont eu semble-t-il une enfance heureuse et sans problèmes peuvent devenir des adultes violents voire délinquants. La relation de cause à effet n’étant pas prouvée, il s’agit alors de permettre aux enfants et aux familles de développer leurs capacités de résilience et de leur permettre de prendre place dans la société. Cette place passe par l’accès à l’éducation, à la formation et plus tard par l’accès à l’emploi.

3- Pour développer plus largement cette approche, notamment dans le domaine de l’action sociale et médico-sociale, nous nous retrouvons pleinement dans les orientations et recommandations qui ont été portées par  l’ANESM qui en juin 2008 avait diffusé un rapport sur la bientraitance  «La bientraitance: définition et repères pour la mise en œuvre » Ces recommandation peuvent s’appliquer en direction de l’ensemble  des interventions des travailleurs sociaux quel que soit le public et notamment les jeunes définis  par les autorités comme pouvant relever de la prévention de la délinquance.

Crédit photo : spaceoutaucune restriction de copyright connue  « enfants sortant d’une usine de Dallas novembre 1910 » 

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2 réponses

  1. J’aimerais venir en aide « prévention de la delinquinces de mineurs »
    Je suis jeune retraitée en France je travailler dans le domaine3que je maîtrise parfaitement,
    Pour le pays Maroc,
    Si possible Skhirate,
    Merci par avance,
    Cordialement
    Mme Fatima TAOUJI

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