L’Institut national du travail social, l’EHESP et le CHETSS : une ambition pour redonner du souffle au travail social

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On parle beaucoup de la crise d’attractivité du travail social, mais que faisons-nous concrètement pour faire connaître nos métiers à celles et ceux qui ne les connaissent pas ? L’Institut National du Travail Social (INTS) et l’École des hautes études en santé publique (EHESP) apportent une réponse concrète avec le lancement, en octobre 2026, de la première session du Cycle des Hautes Études – Travail Social et Société (CHETSS). Vingt-cinq auditeurs, quinze journées de formation réparties sur un an, une session européenne aux Pays-Bas : voici ce qu’il faut retenir de ce nouveau dispositif et de la manière d’y candidater.

Un institut pensé pour redonner du souffle au travail social

Rappelons brièvement le contexte. L’Institut National du Travail Social a été inauguré en 2025, en réponse à l’une des recommandations du Livre blanc du travail social remis en décembre 2023. Porté par les ministères sociaux, et plus précisément par la Direction générale de la cohésion sociale (DGCS), il a été conçu sur le modèle d’instituts comparables existant dans d’autres domaines, comme l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN), l’Institut des hautes études du développement et de l’aménagement des territoires en Europe (IHEDATE) ou encore l’Institut des hautes études de l’entreprise (IHEE).

L’INTS repose sur trois missions complémentaires que j’avais déjà présentées en détail ici :

  • un cycle annuel des hautes études pour sensibiliser et former cadres publics et privés aux questions sociales ;
  • le soutien à la recherche sur le travail social et les politiques sociales ;
  • un lieu ressource destiné aux professionnels, étudiants, formateurs et employeurs.

 

Le CHETSS incarne aujourd’hui la première de ces trois missions à voir le jour. Et c’est un signal fort.

Cyprien Avenel : « dépasser la crise et envisager un horizon positif »

Cyprien Avenel 400x400Cyprien Avenel, sociologue et conseiller-expert pour le travail social à la DGCS, est l’un des principaux rédacteurs du Livre blanc du travail social. Il assure aujourd’hui la direction scientifique de l’INTS depuis sa préfiguration. Dans un podcast diffusé par l’EHESP à l’occasion du lancement du cycle, il rappelle quelques chiffres et quelques convictions qui méritent d’être repris.

Près de 1,3 million de travailleurs sociaux exercent en France dans des champs d’intervention très variés : insertion socio-professionnelle, logement, éducation, médiation, autonomie… Leur mission, dit-il en substance, consiste à accompagner les individus à chaque étape de la vie, de leur premier à leur dernier souffle.

Le sociologue dela DGCS ne cache rien de la situation. Le CHETSS est lancé dans un contexte que tout le secteur connaît, et il pose les choses clairement :  « Le travail social subit une crise protéiforme » nous dit-il. Cette crise se traduit en particulier par un sentiment de manque de reconnaissance, voire de dévalorisation des métiers et plus généralement de perte de sens. Ce qui ressort du terrain, c’est qu’on a un écart entre, d’un côté, les principes très ambitieux que tout le monde partage des politiques publiques et de l’autre côté, la réalité de ce que peuvent faire concrètement les travailleurs sociaux au quotidien. Cet écart finit parfois par confronter à une désillusion ».

À qui s’adresse cette formation ?

C’est sans doute là que réside l’originalité du CHETSS. Le cycle ne s’adresse pas uniquement aux professionnels du travail social. Il vise au contraire un public délibérément hétérogène. Les vingt-cinq auditeurs de la première promotion seront donc choisis pour la diversité de leurs profils et parcours :

  • cadres du public et du privé non familiers des thématiques sociales ;
  • élus nationaux ou locaux, parlementaires ;
  • journalistes ;
  • entrepreneurs et salariés ;
  • organisations syndicales ;
  • professionnels et experts du social ;
  • personnes accompagnées.

 

La place offerte aux personnes accompagnées mérite d’être soulignée. Inviter à la même table des décideurs, des journalistes, des cadres et des personnes concernées par les politiques sociales, c’est mettre concrètement en œuvre l’un des principes que défend depuis longtemps le travail social : la participation des premiers concernés. La prise en charge de leurs frais de mission est d’ailleurs prévue, ce qui n’est pas un détail.

Quinze jours, six modules, une session européenne

Le CHETSS ne se résume pas à une succession de conférences. Il s’agit d’un parcours immersif de quinze journées réparties entre octobre 2026 et septembre 2027, soit environ 100 heures en présentiel, complétées par deux demi-journées à distance et une journée d’observation « Vis ma vie ».

Le programme est articulé autour de six modules :

  • Module 1 – Connaître : pourquoi les métiers du travail social nous concernent tous (du 13 au 15 octobre 2026, Paris) ;
  • Module 2 – Impliquer : placer les premiers concernés au cœur du projet social (du 24 au 26 novembre 2026, Rennes) ;
  • Module 3 – Transformer : dépasser la crise et construire les conditions du changement (2 et 3 février 2027, Paris) ;
  • Module 4 – S’inspirer : le travail social ailleurs, pour se décentrer, repenser et proposer (du 29 mars au 1ᵉʳ avril 2027, Pays-Bas) ;
  • Module 5 – Agir : la qualité du travail au cœur des pratiques (du 8 au 10 juin 2027, ville à définir) ;
  • Module 6 – Partager : restituer, diffuser et rendre visibles les contributions (21 et 22 septembre 2027, Paris).

 

Un webinaire d’ouverture et un webinaire de bilan intermédiaire à six mois viennent encadrer ce parcours.

La pédagogie repose sur l’aller-retour entre immersion de terrain, recherche et apports académiques : conférences, débats, partages d’expériences, témoignages, visites, lectures, projets individuels et collectifs, et cette fameuse journée « Vis ma vie » qui invite chaque auditeur à passer une journée d’observation auprès d’un professionnel ou d’une structure du secteur. Une session européenne aux Pays-Bas viendra, quant à elle, élargir les perspectives : comparer les modèles d’intervention pour nourrir des propositions transposables en France.

Ce que la formation cherche à produire

Au-delà des contenus, le CHETSS poursuit cinq objectifs explicites :

  • comprendre les grands enjeux sociaux actuels et les mutations des politiques publiques ;
  • valoriser des initiatives territoriales innovantes qui transforment le secteur ;
  • articuler théorie et pratique dans une pédagogie fondée sur le terrain ;
  • développer une culture commune entre acteurs du social et d’autres secteurs ;
  • co-concevoir des outils de valorisation concrets, à partir d’expériences, de témoignages et de travaux de recherche.

 

À la sortie, les auditeurs sont attendus comme « ambassadeurs » du travail social dans leurs propres milieux professionnels : leadership d’influence, capacité à mobiliser un réseau intersectoriel national, posture réflexive sur les politiques sociales. Le réseau des anciens auditeurs, qui se constituera promotion après promotion, est d’ailleurs explicitement pensé comme un levier durable de visibilité.

L’évaluation prévoit des rendus de travaux collectifs. Avec une note de restitution de la journée « Vis ma vie », un rapport d’étonnement et un auto-positionnement final. Un certificat de réalisation est remis à l’issue du cycle.

Une formation financée par l’État

Cycle CHETSSBonne nouvelle pour les candidats : la formation est financée par les ministères sociaux. Les frais pédagogiques sont donc pris en charge.

Restent à la charge des employeurs des auditeurs les frais de mission : déplacements, restauration et hébergement. Les personnes accompagnées bénéficient quant à elles d’une prise en charge spécifique de ces frais, ce qui rend leur participation effectivement possible.

La formation est par ailleurs accessible aux personnes en situation de handicap, avec possibilité d’aménagement.

Comment candidater ?

Le calendrier est désormais connu :

  • dépôt des candidatures jusqu’au 30 juin 2026 ;
  • entretiens éventuels du 6 au 10 juillet 2026 (30 minutes en visio, si le jury de sélection le juge nécessaire) ;
  • réponses communiquées le 31 juillet 2026 ;
  • rentrée le 13 octobre 2026 à Paris.

 

Vingt-cinq places sont à pourvoir pour cette première promotion. Le dossier de candidature comprend un CV et une lettre de motivation précisant le parcours du candidat, son intérêt pour les politiques sociales et sa volonté d’engagement pendant et à l’issue du cycle. Cette dimension d’engagement n’est pas anecdotique : on n’attend pas seulement des auditeurs qu’ils suivent une formation, mais qu’ils contribuent ensuite à faire rayonner le travail social dans leur environnement professionnel et au sein du réseau des anciens.

Le formulaire de candidature et les renseignements détaillés sont à retrouver sur la page dédiée du site Formation continue de l’EHESP.

Les contacts utiles :

 

Mais au fait pourquoi en parler sur ce blog ?

Parce que ce dispositif est précisément le type d’initiative qu’attendent celles et ceux qui défendent le travail social depuis des années. Faire connaître nos métiers au-delà du cercle restreint des initiés. Croiser les regards. Il s’agit aussi de donner aux décideurs une compréhension fine des réalités d’un secteur qu’ils pilotent souvent sans le connaître de l’intérieur. Et offrir aux professionnels eux-mêmes un espace de recul et de dialogue avec d’autres mondes.

Reste maintenant à transformer l’essai. Le CHETSS ne réglera pas, à lui seul, la crise profonde du travail social. Mais il pose une pierre utile à l’édifice ouvert par la création de l’INTS. À condition, comme je l’écrivais déjà au sujet de l’institut, que les moyens suivent durablement et que la promesse d’ouverture aux personnes accompagnées soit réellement tenue, année après année. Si vous correspondez à l’un des profils visés  ( la liste est large ) il y a là une vraie occasion à saisir jusqu’au 30 juin 2026.

 

Sources et liens utiles

 


Photo : Freepik

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