Êtes vous prêt à devenir un travailleur social radical ?

Le « travail social radical » est une pratique professionnelle qui existe dans de nombreux pays. Avec les crises au sein des nations, il   se développe dans les pays latinos américains mais aussi dans les pays anglos-saxons. Plus près de nous il s’est développé en Grèce et en Espagne. En effet, les inégalités  et la pauvreté ont parfois des effets dévastateurs sur les utilisateurs de services sociaux. Le travail social radical reconnaît cela, et agit pour réaliser favoriser et permettre le changement dans la société.

Cet article fait aussi référence à un colloque qui s’est tenu en 2016 en Angleterre. Il traite de la fonction du travail social dans le contexte de conflits politiques (tels que ceux que nous connaissons aujourd’hui en France). L’ un des participants avait souligné la contradiction historique l’action sociale vis à vis de des mouvements sociaux. Cette personne, qui mène un projet militant soutenant les réfugiés au Royaume-Uni, avait précisé que : « Bien sûr, notre engagement est soutenu par les travailleurs sociaux. Nous avons beaucoup de bénévoles et de militants qui sont des travailleurs sociaux. Cependant, ils contribuent à notre travail principalement en soirée et durant les week-ends, en dehors de leur travail formel en journée où ils reprennent leur activité professionnelle « .

Cette séparation que connait  le travailleur social qui est agent de l’Etat entre 9h et 17h et devient militant entre 17 h et 21 h peut nous interroger. La question peut se résumer ainsi : existe-t-il un espace, une volonté et une action possible pour que le travail social permette de s’engager pleinement sur les  problèmes structurels qui affectent la vie des gens avec lesquels nous travaillons pendant la journée ?

Le travail social radical estime que les pratiques  des travailleurs sociaux devraient toujours intégrer des éléments liés à l’action politique. Les travailleurs sociaux doivent mesurer et comprendre les causes publiques  de la souffrance sociale et de la misère et ne pas les limiter à des sujets relevant de la vie privée. 

Malgré les écarts et les erreurs d’interprétation du terme « travail social radical », nous devons le concept de radicalité à Saul Alinsky, auteur d’un ouvrage culte intitulé en anglais « rules for radicals » (« règles pour les radicaux » traduit en français par « manuel de l’animateur social »). Il se réfère historiquement à une théorie politique et à une pratique qui vise à analyser les causes profondes des problèmes sociaux et à accompagner les mouvements de contestation en aidant à créer des rapports de force. Bien sûr, l‘appréciation des causes de la misère et l’atténuation de ses effets néfastes sur la vie des personnes accompagnées sont des dimensions importantes du travail social, mais ce qui différencie vraiment des approches traditionnelles du travail social classique du travail social radical est l’accent mis sur l’action qui vise à un changement social.

les travailleurs sociaux ne peuvent pas et ne doivent pas ignorer le corpus de preuves qui montre l’inégalité et la pauvreté comme des cause qui affectent la vie de la plupart des utilisateurs des services sociaux. Les chercheurs Pickett et Wilkinson ont confirmé que  ce sont les circonstances matérielles qui déterminent principalement la vie des gens, et non pas leur moralité. Si nous ignorons l’inégalité et la pauvreté alors notre pratique serait réduite à la fonction futile d’une « aspirine sociale ». L’appréciation de ce corpus de preuve sur les origines de l’exclusion façonne la base de connaissances du travail social radical.

Le travail social radical et critique existe depuis le début de la profession. Du mouvement de décolonisation , aux approches sociales féministes et anti-racistes des années 1970 et, plus récemment, avec certains réseaux d’ action de travail social, les travailleurs sociaux radicaux ont contribué au développement de pratiques inclusives et véritablement anti-oppressives. Ces influences se trouvent non seulement dans les actuels programmes, projets et déclarations éthiques, mais aussi dans la définition internationale du travail social qui indique que : « Le travail social favorise le changement social et l’autonomisation et la libération des personnes. »

Les exemples les plus influents du travail social radical proviennent d’Amérique latine où les travailleurs sociaux ont utilisé depuis fort longtemps la pratique de l’autonomisation des populations grâce au processus de conscientisation (Paulo Freire). Ces techniques donnent la primauté aux aspects matériels qui affectent la vie de la population, ainsi qu’aux effets psychologiques liés à différentes formes d’oppression.

La récente vague d’austérité a également contribué à donner lieu à  conceptualisation encore plus radicale du travail social en Europe du Sud. En Grèce, les travailleurs sociaux ont utilisé leurs compétences et expériences afin de dire la réalité de ce que subit la population au pouvoir en place ; ils ont apporté des documents démontrant l’impact catastrophique de l’austérité sur la vie des utilisateurs de services. Ils se sont engagés dans des actions de désobéissance civil.e Ils ont aussi refusé de mettre en œuvre des politiques punitives. L’exemple  le plus notable est aussi venu d’Espagne où les travailleurs sociaux ont contribué à développer la marée orange ; un mouvement diversifié qui met l’accent sur la défense des services sociaux et contestent les discours des néolibéraux. Ils ont noué des alliances de base avec les utilisateurs de services sociaux, en veillant à ce que personne ne soit isolé ni démoralisé. Leurs t-shirts oranges sont emblématiques . Ils incarnent le caractère radical de leurs actions: «Dites non aux suppressions des aides. Ne la fermez pas ! « 

Note : J’ai rédigé cet article en juin 2016 au moment où se vivait l’expérience de « nuit debout » en France. J’ai aussi adapté une traduction de « A guide to radical social work » article de  Vasilios Ioakimidis  senior lecturer in social work, Durham university 

photo : Francisco Osorio  « Chilean student protest » Prise le 16 avril 2015 Certains droits réservés

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