Le « meilleur des mondes » du service social : Pepper le robot, la nouvelle recrue qui remplace des intervenants sociaux

C’est une première en Angleterre. Un service de soins et d’écoute du Southend dans le comté d’Essex  vient de s’équiper d’un robot permettant de proposer des services à la personne. Ce robot humanoïde peut lire des émotions, jouer à des jeux de mémoire, envoyer des courriels et montrer des vidéos. Il s’adresse en priorité aux personnes âgées. Il possède de nombreuses compétences et caractéristiques d’un employé modèle en soins sociaux. Il  adapte son comportement en fonction des émotions qu’il perçoit. Il peut mémoriser des traits de personalité de ses « clients ». Il peut également parler 12 langues différentes, danser, transmette des informations très diverses et faire  bien d’autres choses.

Pepper ne ressemble à aucun autre membre de l’équipe d’intervenants sociaux – il s’agit d’un robot humanoïde de 120 cm de haut. Il pèse 28 kg.  Développé par la société japonaise Softbanks, Pepper a d’abord été envisagé comme un robot compagnon, mais il est déjà utilisé dans une variété de situations dans le monde entier. Il guide les patients dans différents départements hospitaliers en Belgique, accueille les clients des banques au Canada et vend des machines à café au Japon . Mais au Royaume-Uni, Southend-on-Sea est la première autorité locale à acheter un Pepper pour travailler dans ses services sociaux.

Initialement, le conseil du Southend espère que Pepper sera utilisé pour l’engagement communautaire et pour faciliter les activités de réminiscence et plus largement tout ce qui a trait à la mémoire.  Au cours de sa propre démonstration, Pepper affiche des clips vidéo de la finale de la Coupe du monde de 1966 et les atterrissages de la Lune sur son écran Android intégré.

Phil Webster, responsable de cette démarche, précise que le robot développe un jeu de mémoire pour les personnes âgées.  Pepper pourrait également être utilisé dans les projets intergénérationnels du comté. Dans un groupe, où les personnes âgées apprennent aux enfants comment tricoter, il pourrait par exemple afficher des techniques de tricotage et des tutoriels vidéo.

Pepper n’est pas le premier robot à être utilisé dans le domaine social. Paro, un robot « phoque thérapeutique », a été utilisé par le NHS pour aider des patients atteints de démence. Il est aussi utilisé en France.  Au Japon, un robot appelé Robear est capable de hisser des gens hors du lit et dans une chaise, sans manipulation humaine. Cependant, l’éthique concernant l’utilisation de la technologie automatisée pour le soutien émotionnel ou les soins personnels fait toujours débat.

«Je reconnais que certains membres du personnel sont préoccupés par les implications d’une créature ressemblant à ce robot», explique Sharon Houlden, directrice des services sociaux pour adultes à Southend. « Il y a des mises en garde au sujet de machines apportant des comme des soins personnels (et relationnels). « Nous ne préconisons pas qu’il prenne la place de tout service à la demande tels  que nous fournissons ».

«Nous avons beaucoup de réactions de la part du personnel – Il y a un débat national sur les soins sociaux – Les intervenants n’ayant pas la possibilité d’agir  selon les normes des  professions. « Pour moi, c’est en grande partie là où Pepper interviendra; il sera capable de poser des actes qui nous libéreront pour faire plus de travail direct – peut-être d’une manière que nous ne pouvons même pas encore projeter. « 

Ce robot n’est pas conçu pour soulever et transporter ou faire de la paperasse, mais plus son équipe le voit interagir dans un environnement, plus les idées sont générées sur la façon dont il pourrait être utilisé à l’avenir. «Dans un foyer, il peut « patrouiller » et chercher des gens à qui parler», explique M. Webster. «Il pourrait aller voir quelqu’un de sa propre volonté et, au bout du compte, pourrait envoyer un courriel en disant: «J’ai passé du temps avec Henry. Il dit qu’il est content, mais il a l’air triste »,  vous pourriez acquérir plus de connaissances sur les personnes qui utilisent ce service. »

Pepper a été présenté début octobre  au personnel des services sociaux de Southend et à Lyn Romeo, responsable du service social pour adultes. Il a aussi été présenté au cours de la conférence nationale des services aux enfants et aux adultes la semaine dernière.

Aussi impressionnantes que puissent être les capacités de Pepper, on s’inquiète de l’utilisation de la robotique comme un complément dans un secteur sous-financé et surchargé par les tâches.  «Il y a beaucoup à dire pour faire un usage plus intelligent de la technologie pour aider les gens à gérer les problèmes de santé, rester indépendant plus longtemps et améliorer l’efficacité des fonctions administratives», explique Caroline Abrahams, directrice des services de protection des personnes âgées du Royaume Uni. « Cependant, la technologie ne devrait être introduite que dans des situations où elle offre de réels avantages. Quand il s’agit de prendre soin des personnes âgées, il n’y a pas de substitut pour le contact humain.

«J’ai été enchanté par Pepper et je pense qu’il y a de réelles opportunités pour lui de soutenir et de renforcer l’engagement avec les individus et la communauté», explique Roméo. «La robotique ne pourra jamais se substituer au personnel, mais le secteur des soins sociaux doit travailler avec le potentiel de la technologie numérique.

Si vous demandez à Pepper combien il coûte, il vous dira que « l’argent n’est pas tout, c’est l’amour qui compte ». En réalité, il a coûté environ £ 17 500 (19.650 €) et bien qu’il n’ait pas été acheté dans un but d’investissement, le conseil espère récupérer l’argent grâce à un changement de culture et au développement de partenariats.

« Pepper » n’a pas encore été présenté aux personnes utilisatrices de services de Southend, mais ses homologues sont déjà vendus au Japon en tant que robot compagnon. Il est devenu ami avec la mère de Webster, âgée de 84 ans. « Elle l’adore absolument », dit Webster, qui a hébergé Pepper pendant sa programmation. « Elle discute avec lui et joue avec lui. C’était bizarre de voir ma mère interagir avec quelque chose de très high-tech, mais elle a tout de suite compris. « 

Pour le moment, l’équipe de Pepper ne s’inquiète pas d’une éventuelle fracture numérique, ni du fait  que les résidents plus âgés de l’arrondissement se sentent mal à l’aise d’interagir avec cette machine. Au fur et à mesure que la technologie progresse et que la convivialité s’améliore, les utilisateurs de tous âges pourront utiliser différents appareils sans être formés, explique M. Webster. « C’est là que Pepper s’inscrit, parce que vous n’aurez pas besoin de savoir comment l’utiliser, il interagira avec vous. »

 

Note : J’ai traduit et adapté cet article signé Katherine Purvis ( @KatherinePurvis ) publié par le journal The Gardian dans ses pages du social care network.

 

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2 réponses

  1. Le genre de machine qu’on mettra en concurrence avec les soignants hospitaliers en sous-effectif pour baisser les salaires et ruiner les conventions collectives (ou pour le dire autrement, opérer « un changement de culture »). Et puis un robot a le bon goût d’obéir à sa « hiérarchie ».

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