Gilets jaunes : la violence peut-elle être contenue ? si oui comment ?

On ne le dira jamais assez, la violence est une pratique destructrice qui  attaque le lien social. Elle est en ce sens condamnable sans détour. Elle n’est pas à confondre avec l’expression de la colère qui peut s’exprimer avec des mots, des actes ou des paroles agressives, certes difficiles à entendre, mais qui relèvent du lien. Après avoir défini ce qu’est la violence, allons voir ce qu’elle  représente dans les conflits sociaux et sur la façon d’y répondre :

« la violence se distingue de l’agressivité en ce que « l’agressivité appelle l’attention de l’autre alors que la violence attaque la relation à l’autre, le lien ». nous avait expliqué le Conseil Supérieur du Travail Social ancêtre du Haut Conseil du Travail Social.

« La violence peut être active (injures, blessures, destruction de biens, exclusion de droits…) mais elle peut être aussi froide, voire masquée (indifférence formalisée, irrespect, disqualification humiliante, incivilité, harcèlement moral, attaque aux rituels), cette dernière forme de violence engendre le malaise». Elle se développe dans plusieurs lieux avec principalement l’espace privé, familial ou conjugal et l’espaces collectif que ce soit dans la rue, à l’école, au travail, lors de manifestations.

Certaines paroles sont aussi des violences. On pense aux menaces de mort, aux paroles qui portent atteinte à la personne dans ce qu’elle est (racisme, homophobie, sexisme, le négationnisme…). Notre degré de tolérance face à ces violences verbales est très différent selon la législation, le contexte, l’histoire et la compréhension de chacun.

Mathieu Ricard dans son plaidoyer pour l’altruisme explique que la violence est « l’ensemble des actes et des attitudes hostiles et agressifs entre individus, y compris l’usage de la contrainte et de la force pour obtenir quelque chose contre le gré d’autrui ou pour porter atteinte à son intégrité physique ou mentale. La violence est souvent utilisée par les humains et les animaux pour obtenir de la nourriture, pour se reproduire, pour se défendre, pour conquérir un territoire ou le protéger, pour affirmer son autorité ou son rang hiérarchique ».

La plupart des travailleurs sociaux savent faire face à l’agressivité et la gérer, non pas en utilisant des techniques de self défense (quoique) mais plutôt grâce à la parole et l’écoute. Mais cela ne suffit pas toujours.

La violence dans les conflits sociaux 

Cette « force que l’on use dans la contestation sociale ou dans la répression des conflits sociaux » a été théorisée en 1908 par Georges Sorel dans un ouvrage intitulé  « Réflexions sur la violence » que vous pouvez lire ici. Il était philosophe et sociologue, connu pour sa théorie traitant du syndicalisme révolutionnaire. Il peut être d’ailleurs considéré comme un des principaux introducteurs du marxisme en France.  Dans son ouvrage Georges Sorel indiquait que « la violence prolétarienne change l’aspect de tous les conflits au cours desquels on l’observe ; car elle nie la force organisée par la bourgeoisie, et prétend supprimer l’État qui en forme le noyau central ». Il semble que nous ne soyons pas si loin de cette description chez certains activistes actuels.

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Des violences urbaines issues d’une révolte sociale

Nous avons assisté samedi à l’expression de violences urbaines issues d’une révolte sociale. Les autorités s’en prendront à des meneurs adeptes des violences systématiques. Elles les appellent les « casseurs » (c’est sûr, ils cassent). Certains activistes ont théorisé le recours à la violence comme un moyen de déstabiliser une autorité, un régime en place. Ils sont systématiquement présents lors des manifestations dites altermondialistes (notamment lors des G20). Cette violence a des effets d’entrainement sur les foules. Une minorité agissante entraine une majorité dans un cycle action – répression, une spirale qui fait perdre la raison à celui qui s’y laisse entrainer. Il y a aussi ceux qui profitent d’une telle opportunité. Tout cela est bien connu notamment des forces de sécurité mais aussi des dirigeants politiques.

Les « casseurs » sont  aussi utiles pour un pouvoir qui ne souhaiterait pas traiter les problèmes de fond : Ils permettent de ne pas répondre aux questions que posent le mouvement social. Il fait porter la responsabilité des violences à des délinquants « criminels » comme s’ils étaient la source de tous les problèmes. Ce qui n’est pas non plus le cas ici.

Il y a  des « gilets jaunes »  non-violents. Certains se déclarent choqués par ce qu’ils ont vu dans les médias. Ils les condamnent sans détour. D’autres trouvent des excuses à ceux qui sont entrainés dans la spirale action-répression. En tout cas ils sont très nombreux à ne pas accepter la violence et continuent d’agir pacifiquement.

La police et la gendarmerie ont légalement la possibilité d’utiliser la force qui conduit à agir  avec une violence contrôlée et adaptée (mais est-ce toujours le cas ?).  Elles contraignent physiquement ceux qui mettent en danger les biens et l’intégrité physique de chacun. Policiers et gendarmes doivent respecter des procédures, répondre à des ordres et sont limités dans leurs actions. Ils doivent répondre de leurs éventuels excès. Faire respecter l’ordre n’est pas une mince affaire dans un contexte nommé comme quasi insurrectionnel. La police, la justice, sont des missions régaliennes nécessaires au bon fonctionnement de la démocratie. Ne l’oublions pas.

Répondre aux questions posées

Les démocraties ont plus de difficultés à canaliser les violences que les régimes autoritaires. Les violences urbaines font le lit des extrémistes. L’histoire nous rappelle que les principaux épisodes de violences urbaines liées à des problèmes sociaux se sont traduits par une répression pouvant être abominable (la Commune de Paris). Nous ne sommes pas non plus comme en 1968 où tout le pays fut bloqué alors que des millions de personnes avaient cessé le travail.  On n’en n’est pas là bien que certains manifestants se soient positionnés comme héritiers de cette histoire.

On ne peut en tant que travailleur social que s’inquiéter de la dégradation des relations sociales dans le pays.

Ce qui vient de se passer va laisser des traces. Même si le pouvoir en place souhaite répondre aux problèmes que rencontre la population, il ne peut être entendu car il propose des modalités inentendables avec un discours « techno » et un calendrier peu réaliste. Les postures et phrases « provocatrices » d’Emmanuel Macron ont aussi mis de l’huile sur le feu naissant. L’autorité de l’Etat est maintenant en cause. La balle est dans son camp et quoi que l’on dise, les gilets jaunes sont réellement le reflet d’une difficulté de vivre d’une part importante de la population.

gilets jaunes abolition misère

Certains d’entre eux ont fait des propositions qui paraissent réalistes et entendables. 

Espérons qu’elles seront prises en considération. Seul le dialogue et la reconnaissance du bien fondé de revendications permettront de sortir par le haut de ce conflit. Mais pour cela il faut que chacun fasse un bout de chemin et accepte de réellement négocier afin que des acquis puissent être réellement obtenus.

 

Photos : remerciements à  NightFlightToVenus Gilets jaunes-13  pour ses photos diffusées sur Flickr Certains droits réservés

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4 réponses

  1. durant 18 mois la définition république en marche ,son sens m’interpelle , mais aujourd’hui !dois-je comprendre d’après la tournure des événements .
    s’agit-il d’en marche sur le peuple ????ce n’est pas au peuple de changer son regard sur les lois du cœur ! mais aux dirigeants de changer leur regard sur le peuple ! vive les gilets jaunes

  2. par compassion et d’amour fraternel en mémoire des gilets jaunes morts pour avoir oser réclamer des droits justifies qui leurs reviennent.je pense en cette période de fêtes aux familles endeuillées a qui le souvenir de noël pour leurs enfants sera l’empreinte de drames comme pour le nouvel an. Je pense aussi !a ces jeunes gens qui ont perdu l’usage de leur yeux! D’autres défigurés ! D’autres désormais prives de leurs mains.
    Je ressens une douleur innommable et vivante en plein cœur. Je ne connaissais aucune de toutes ces personnes et ne suis pas gilet jaune même si je les soutenais discrètement a mon niveau. nul ne peut entendre les cris de douleurs ni les larmes qui sortent de mon cœur, pour eux et avec les victimes je ne fêterais pas non plus le nouvel an. Le drame a Strasbourg les pertes humaines il y a eu un hommage c’est très bien !mais où sont les hommages rendus aux gilets jaunes décédés ? les messes ?
    j’ai mal ! Dieu aussi.

  3. Quant est-il de la position des travailleurs sociaux en terme de revendication? ne serait-ce pas le moment de manifester en collectif, en local, national? et cela à deux titres: nos conditions de travail et la dégradation des conditions de vie des personnes que nous accompagnons… Cela pourrait être porté par les associations de professionnels pourquoi pas…

  4. Attention, le moratoire presenter par 1er ministre, concernant que la taxe carburant.
    Il faut exiger le retrait total des taxes sur
    carburant
    Gaz
    Electricité
    taxes qui servent à remplumer le budget de bercy plombé par ses mesures de détaxations envers les aisés et très aisés.
    petite classe, moyenne classece gouvernement nous fait crevé
    taxe supplémentaire sur le gaz entre 2017/2018 + 32%
    Violence interdite, laissons ce gouvernement dans sa mesure à laisser les casseurs agir, ce n’est pas notre problême.
    Elles deviennent folles ces élites.

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