Éloge des secrétaires médico-sociales, ces « oubliées » du travail social..

Il est un métier dont on parle peu et qui est pourtant extrêmement présent auprès des personnes qui font appel aux services sociaux. Ce sont les secrétaires médico-sociales qui sont, comme il est souvent dit « en première ligne ». Ce sont bien elles qui reçoivent, dès le premier contact, les personnes qui demandent à être reçues ou celles qui ont reçu une proposition de rencontre de la part d’un travailleur social. Elles écoutent, accueillent, expliquent, et rassurent souvent les plus inquiets.  Elles travaillent dans tous les secteurs, En CCAS, dans les centres médico-sociaux des Départements, dans les services spécialisés, CHRS, mais aussi associations de protection de l’enfance, aide au personnes âgées… La liste est longue et il serait bien difficile d’être exhaustif car finalement, ces secrétaires si particulières sont dans toutes les structures qui accueillent du public. Mais pourquoi donc sont-elles si peu reconnues ?

Le Répertoire National des Certifications Professionnelles (RNCP) parle de secrétaire assistante médico-sociale. Le  terme « assistante » est important car nous sommes loin depuis longtemps  de la simple frappe de courriers et rapports et de la prise de rendez vous. Il leur est demandé d’assurer, au sein des structures dans lesquelles elles travaillent, l’accueil des usagers, l’organisation et la planification des activités du du service, la constitution et le suivi administratif des dossiers… et j’en passe. La aussi on ne peut être exhaustif, et, comme pour les assistantes sociales, il reste difficile  de faire le tour rapidement de la totalité des tâches qu’elles assurent. Dans de nombreuses structures, ce sont elles qui gèrent la quasi totalité de l’intendance. Tâches parfois ingrates, souvent peu reconnues, et pourtant tellement essentielles. 

En rencontrant les personnes au quotidien, elles ont pourtant développé des compétences dont on parle trop peu dans les services. Le premier accueil des usagers est pourtant essentiel, il faut de sérieuses capacité d’adaptation face à des personnes parfois désagréable, agressives voire très agressives qui ne comprennent pas toujours ce qui leur arrive, qui ne comprennent pas non plus les logiques administratives. Ce sont-elles aussi qui calment celui ou celle qui arrive bien « énervée ». Elles doivent « rester à l’écoute », comprendre rapidement ce qui se passe, de quoi il s’agit, et ce qui peut être proposé.

Les travailleurs sociaux se sentent souvent peu reconnus. Mais que devrait-on dire des secrétaires des structures sociales ? Leur le métier n’est pas suffisamment certifié  malgré la fiche RNCP que vous pouvez trouver ici. Reprenons-en quelques éléments : La secrétaire assistante médico sociale assure une mission d’accueil qui est essentielle : la qualité relationnelle, le respect de l’éthique et de la déontologie sont primordiaux à la tenue de l’emploi. Cette professionnelle évalue la demande des usagers avec discernement, les renseigne, les conseille et les oriente en prenant en compte la dimension sociale, de façon à préparer le travail des travailleurs sociaux, dans le cadre de sa délégation de responsabilités. Ayant accès à des informations confidentielles, la secrétaire est elle aussi soumis (e) aux règles du secret professionnel mais par mission et non par profession. Lorsqu’elle intervient  dans le secteur sanitaire, elle exerce son métier dans le respect de la loi relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé. La présentation de cette fiche métier est limpide :  » Les contraintes d’horaires, le travail en équipe, le face à face avec des publics en grande difficulté (patients ou usagers), la multiplicité des tâches administratives, impliquent, de la part du (de la) secrétaire-assistant (e) médico-social (e), une grande adaptabilité aux personnes et aux situations et des qualités humaines prépondérantes ». 

Si après cela, on ne considère pas la secrétaire médico-sociale comme un travailleur social à part entière, que faut-il en dire ? Un grand nombre d’entre elles ont développé une véritable expertise et compétence dans le cadre de leurs  interventions (d’accueil notamment) auprès des personnes en grande difficulté ou souffrant de troubles du comportement. Or les accueillir n’est pas si simple. C’est une vraie compétence professionnelle qui souvent n’est pas reconnue. Il y aurait beaucoup à dire ou à écrire tant elles sont « multitâches ». Il leur est demandé de travailler vite de passer du téléphone à l’accueil physique, de mettre en page un rapport et de suivre les dépenses ou encore l’utilisation du matériel qu’il faut commander… Tout cela en restant calmes et souriantes bien sûr. Nous le savons tous finalement, leur poste n’est pas de tout repos et comme pour les travailleurs sociaux, elles peuvent connaitre le « burn out » mal endémique si redouté dans nos institutions. Bon, je m’égare, parlons maintenant de formation 

Il n’existe pas de diplôme d’Etat de secrétaire assistante médico-sociale mais un simple  Titre professionnel  de niveau 4 (niveau bac) alors qu’elles se forment aujourd’hui avec un BTS SP3S qui lui est un bac + 2.  Là aussi cherchez l’erreur.  N’oublions pas non plus  leur maîtrise des outils bureautiques, des logiciels métier, de la mise en page des documents et finalement de tout ce qui a trait aux outils numériques.

Force est de constater que ce métier s’est imposé comme nécessaire et essentiel dans les services et auprès des employeurs. Il est vraiment dommage qu’il ne soit pas plus reconnu notamment par les instances du Travail Social. L’avis de ses secrétaires spécialisées serait parfois fort utile sur les questions liées par exemple à l’accueil social inconditionnel ou encore sur la place des personnes accompagnées dans les instances de décision et ou encore le partage d’information dans les commissions. Sur ce dernier sujet les secrétaires, participent bien aux diverses commissions où sont présentées des situations sociales, mais elles sont là  pour prendre des notes préparer les dossiers ou les ordres du jour et rédiger les comptes rendu. Un travail qui reste  dans l’ombre et qui mériterait vraiment d’être plus considéré.

 

note : j’avais publié cet article en octobre 2016. Il me parait toujours d’actualité et méritait d’être à nouveau mis en avant

Photo via Visualhunt.com

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2 réponses

  1. Bonjour,
    Je tombe sur ce joli article qui présente fort bien les contraintes du métier de secrétaire-assistant(e) de la santé et du social. Je suis secrétaire de direction au sein d’un établissement de placement et je me définie bien souvent avec humour auprès de mes collègues, le « travailleur de l’ombre » ou « la pieuvre » (plusieurs paires de bras pour tout faire en même temps)…
    Bien souvent, malheureusement, les partenaires extérieurs nous considèrent très mal et ont tendance à nous manquer de respect… lorsque par exemple vous réclamez des documents nécessaires à l’admission d’un mineur ou lorsque vous filtrez les appels… Ce ne sont donc pas les « usagers » les plus condescendants…
    Il est certain pour conclure que ce métier n’est pas suffisamment considéré et mis en valeur, et quel dommage !
    Merci encore pour cet article !

  2. Bonjour
    Je relie aujourd’hui votre article que l’on m’avait transmis il y a quelques mois concernant les secrétaires médico-sociales et ô combien il me fait écho. Je suis SMS (comme on dit ici) de service social auprès d’un Conseil Départemental et suis titulaire du Bac F8. J’aime mon métier et j’ai à cœur de le pratiquer chaque jour dans le respect des usagers que nous accueillons. J’exerce ma profession au sein d’un centre médico-social où l’accueil est en effet ma première mission et vous décrivez parfaitement bien notre quotidien. Mais voilà, mes collègues secrétaires et moi-même avons du mal à faire reconnaître notre spécificité et sommes actuellement dans une bataille auprès du Tribunal administratif pour pouvoir bénéficier de la NBI accueil car il nous parait complètement invraisemblable de ne pouvoir en bénéficier sous prétexte que nous ne sommes pas « juste des agents d’accueil ». Selon notre administration, nous ne passons pas au moins 50 % de notre temps de travail (comme l’exige le décret) à faire de l’accueil. Nous sommes dépitées face à de telles réponses et nous trouvons cela assez méprisants de la part de notre employeur. Cela vient illustrer vos propos et je tenais simplement à vous remercier de l’éloge que vous avez fait de notre métier, ça fait du bien. Cordialement

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