Covid-19 : les effets inattendus d’une crise majeure

Nous vivons une situation exceptionnelle. Les mesures de protection de la population le sont tout autant quoi que certains en disent. Les critiques fusent, tout est bon pur remettre en cause sur les réseaux sociaux les décisions qui ont été prises. Ce n’est pas assez pour certains, c’est trop tard ou c’est inefficace pour d’autres.  Bref nous serions soit inconscients et inconséquents tout comme les décideurs qui pourtant s’appuient sur les recommandations des autorités médicales qui sont sur le front de l’épidémie. Ne comptez pas sur moi po  ur critiquer les décisions prises. L’heure est grave et chacun tente de faire au mieux.

Les effets imprévus des décisions prises

Le Coronavirus a conduit les autorités à prendre des mesures qui limitent au maximum les contacts sociaux à commencer par ceux qui concernent les personnes âgées dépendantes avec  l’interdiction des visites  dans les EHPAD.  Jérôme Guedj ancien député vient de pousser  un cri d’alarme sur les risques qui les concernent. Ils sait que quoi il parle car il alerte depuis des années sur les enjeux cruciaux du vieillissement et de la dépendance.

Le Co-animateur du think tank « Matières grises », explique dans le magazine Le Point que l’on ne hiérarchise pas le recours au soin en France. Tandis qu’en Angleterre, par exemple, cette hiérarchie est totalement assumée par le système de santé. Mais « en temps de guerre » face à un tel ennemi invisible  la façon de faire française ne pourra tenir que tant qu’il n’y aura pas de pénurie de ressources. Or ce qui nous attend va très certainement mettre à mal nos capacités d’accueil et de soins. il faudra avoir « recours à des comités d’éthique sur des questions de tri et d’aléa moral ». C’est terrible. Et pourra-t-on vraiment s’y résoudre ?

Mais il y a une nouvelle menace : «Les personnes âgées risquent de mourir d’ennui et de solitude» nous Jérôme Guedj. Ce n’est pas faux. Combien de temps pourront-elles tenir, elles qui vivent grâce à l’apport quotidien de leurs proches. Je pense à cet admirable témoignage (que je ne retrouve plus) d’une femme âgée qui visite son mari tous les jours en EHPAD. Il mange très lentement et le personnel soignant n’a pas une 1/2 heure à lui consacrer en lui tenant la main pour qu’il puisse mastiquer et avaler la nourriture. C’est sa femme qui a pris le relai. Cette pratique dérogatoire au règlement de l’Ehpad satisfaisait tout le monde mais avec la suppression des visites c’est fini. Comment va-t-il désormais s’alimenter ? Sa femme est désespérée. Cet autre témoignage nous montre que le cas n’est pas isolé. Il faut se le rappeler : nombreux sont celles et ceux qui restent en vie parce que leurs proches leur rendent visite chaque jour. C’est ce lien régulier qui les aident à vivre et les invitent à ne pas mourir. La détresse et l’isolement face à un personnel débordé sans la chaleur humaine des proches peut avoir des effets ravageurs. En Angleterre, une article de la BBC nous dit la même chose. Le secrétaire d’État à la santé s’en inquiète et estime qu’il faut réduire les contacts mais qu’il ne faut pas les supprimer.

En tant que travailleur social, il nous faut avoir une vue globale de chaque situation  nous explique Ruth Stark .

Des mesures de protection prises dans le domaine sanitaire ont des effets secondaires dans le champ social.

Ainsi l’Association américaine des travailleurs sociaux s’inquiète de la fermeture des écoles. Greg Wright son porte parole s’en explique : « Les écoles ou les entreprises pourraient être fermées pendant des semaines et de nombreux enfants prennent un ou deux repas par jour à l’école. Il faudra peut-être collecter des fonds et organiser pour garantir la remise «dans le quartier» d’un approvisionnement alimentaire de deux semaines aux familles dans le cadre de programmes de repas gratuits et réduits ». Sinon…

La décision de renvoyer les enfants à leur domicile va aussi avoir des effets inattendus :

Comment certains parents vont-ils « tenir » face à leurs enfants qu’ils supportent mal ? Les violences sur les enfants, voire celles dans les couples risquent-elles de se développer dans un contexte de huis-clos familial dans l’espace réduit que représentent certains logements ? Les éducateurs qui assurent les mesures d’AEMO vont sans aucun doute être « à la peine ».

Les assistantes familiales s’inquiètent elles aussi. Comment continuer d’exercer son travail dans un contexte anxiogène quand on a aussi à assumer une forme d’isolement et ses propres enfants ? Elles se sentent un peu seules et ont besoin de soutien. Il faut que les services les contacte et leur donne des consignes. Ce n’est pas toujours le cas et certaines s’en plaignent à juste titre.

Du coté des SDF cela n’est guère mieux nous explique le journal La Croix : une quinzaine de cas de coronavirus ont été recensés dans des centres pour sans-domicile d’Île-de-France, dont 14 dans une structure parisienne de « lits halte soins santé » du Samu social. « Il n’y a pas de situation de panique dans les centres d’hébergement, qui abrite plus de 250 000 personnes si on compte les demandeurs d’asile, confirme Florent Gueguen, délégué général de la Fédération des acteurs de solidarité

Mais quand on est à la rue, les « gestes barrière » ne sont pas si évident. Difficile en effet, quand on vit toute la journée dehors ou en bidonvilles, de se laver les mains au savon toutes les 2 heures comme cela est recommandé… Là aussi les mesures de confinement sont délicates à mettre en œuvre. Christine Laconde, directrice du Samu social de Paris explique qu’elle gère une situation de crise « On manque de tout », dit-elle,«il faudrait 5000 masques pour tenir 15 jours ». « Alors qu’habituellement, une présence médicale est assurée quatre jours par semaine dans ce centre, « là, il en faudrait tous les jours et, malgré la solidarité du personnel et le renfort de l’Agence régionale de santé, on manque de médecins et d’infirmiers. »

Autre difficulté rapportée par la journaliste de la Croix Nathalie Birchem : un certain nombre de patients présentant des signes de démence, le respect des consignes est délicat. « Nous faisons tout pour que personne ne quitte l’établissement, en allant acheter des cigarettes nous-mêmes par exemple, mais on n’est pas une prison, nous ne pouvons pas les enfermer. »… (lire l’article)

La planète complotiste à l’œuvre sur les réseaux sociaux..

Le Coronavirus n’est pas le seul à agiter la planète complotiste. Au-delà de la légitime inquiétude des populations les plus fragiles à laquelle les travailleurs sociaux font face, il y a toute une série de rumeurs qu’il leur revient de combattre. On connaissait les adeptes de la terre plate, le COVID-19 est l’occasion de voir se diffuser les informations les plus fantaisistes qui soient. Certaines peuvent même être dangereuses.

Mon Collègue Tom Léducspé vous en présente là un florilège de ce que l’on peut trouver sur les réseaux sociaux

Pour lutter contre la pandémie, il faudrait en commençant par les 2 rumeurs les plus folles

 n  — Boire de l’eau de Javel diluée ? On peut y rajouter de la menthe pour améliorer le goût ! Non, l’eau de Javel doit servir à désinfecter les objets nous entourant et ne doit surtout pas être ingéré, au risque d’un grave empoisonnement.

n  — Prendre de la cocaïne ? Ben voyons :  si cette substance psychotrope ne neutralise pas le virus, elle est très dangereuse pour la santé de la personne qui la consomme !

n  — Attendre les beaux jours ? Le printemps et bientôt la canicule vont lui régler son compte à ce virus ! Rien n’est moins sûr. En fait, personne n’en sait rien.

n  — Ne pas toucher les colis venant de Chine ? Mieux vaut les brûler avec leur contenu, Le virus n’a que quelques heures ou quelques jours de survie à l’air libre … et il faut trois semaines pour que les marchandises arrivent du continent asiatique.

n  — Se raser la barbe ?  Cette précaution concerne surtout les porteurs de masque afin d’assurer une plus grande adhésion au visage. Cet équipement est pour l’instant réservé aux professionnels de santé.

n  — Manger de la viande bœuf ? Cette rumeur est infondée et trompeuse, faisant croire qu’elle protègerait de l’infection.

n  — Boire de l’eau toutes les quinze minutes afin d’entraîner le virus dans l’estomac où les sucs gastriques le détruiront ?  L’eau n’a d’effets bénéfiques qu’à l’extérieur de l’organisme par lavage régulier des mains, pas dans l’œsophage.

n  — Boire régulièrement des boissons chaudes, le virus étant tué dès qu’il est en contact avec des températures de plus de 26-27° ?  La stérilisation intervient à partir de 65°. Dans l’œsophage, cette température ne fait pas que brûler le virus, elle cause une brûlure au second degré en cinq secondes. Mieux vaut éviter !

n  — Éviter le gel anti bactérien reconnu comme cancérigène ? L’éthanol n’est associé au cancer que lorsqu’il est absorbé sous forme de boissons alcoolisée, pas comme désinfectant.

Les seules mesures efficaces

Elles sont et restent (dans l’attente de trouver un médicament efficace et dans les 2 à 18 mois un vaccin), de limiter la propagation du virus.

Et pour cela il faut inlassablement répéter les cinq précautions à prendre :

  1. se laver les mains très régulièrement (l’eau et le savon suffisent pour cela)
  2. tousser ou éternuer dans son coude
  3. saluer sans se serrer la main, proscrire les embrassades
  4. utiliser des mouchoirs à usage unique
  5. réduire ses contacts sociaux et se tenir à une distance d’un mètre de ses interlocuteurs.

Le port du masque est nécessaire quand on est soi-même infecté (on peut l’être sans avoir systématiquement des symptômes importants) l’objectif pour celui qui le porte est de ne pas transmettre le virus et de protéger les autres.

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photo : Prachatai หน้ากากอนามัย  www.freepik.com téléchargée le 4 mars 2020 Certains droits réservés

 

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