Comprendre la nouvelle définition du Travail Social appelée à être intégrée dans le code de l'action sociale et de la famille

La presse spécialisée s’en est fait l’écho récemment. Une nouvelle définition du travail social vient d’être validée par le Haut Conseil du Travail Social afin que celle-ci puisse être intégrée au code de l’action sociale et de la famille.La voici dans son intégralité avec quelques précisions. En effet, ayant participé au groupe de travail traitant de cette définition, il me semble utile d’apporter quelques éléments complémentaires susceptibles de vous éclairer…

Pourquoi une définition officielle du Travail Social ? Pour ma part il me parait très utile que soit clarifié ce qu’est le travail social de façon officielle. Si demain, il est demandé aux travailleurs sociaux des tâches qui ne correspondent pas aux finalités décrites, ils pourront s’en saisir et interpeller les pouvoirs publics. En inscrivant une définition dans le code de l’action sociale, notre pays est le premier en Europe à reconnaître et surtout à préciser officiellement dans sa législation ce qu’est le travail social. Il me semble que nous ne pouvons que nous en réjouir à l’heure où il est demandé parfois à des travailleurs sociaux de faire tout et son contraire. Nous disposerons là d’un outil de référence. C’est dire là son importance.

Cette définition se veut une transposition de la définition internationale du travail social que vous trouverez ici. Mais le groupe est allé beaucoup plus loin et ne s’est pas limité à une simple traduction. En voici le texte complet :

« Le travail social est un ensemble de pratiques professionnelles qui s’inscrit dans un champ pluridisciplinaire et interdisciplinaire. Il s’appuie sur des principes éthiques et déontologiques, sur des savoirs universitaires en sciences sociales et humaines, sur les savoirs pratiques et théoriques des professionnels du travail social et les savoirs issus de l’expérience des personnes concernées, dans un processus de co-construction.

Il se fonde sur la relation à l’autre, dans sa singularité et le respect de sa dignité. Il vise à permettre l’accès effectif de tous à l’ensemble des droits fondamentaux et à assurer la place de chacun dans la cité.
 
Le travail social s’inscrit historiquement dans les valeurs républicaines, le respect des droits de l’homme et du citoyen et la Constitution. Les principes de solidarité, de justice sociale, de laïcité, de responsabilité collective, et le respect des différences, des diversités, de l’altérité sont au cœur du travail social.
 
Dans un but d’émancipation, d’accès à l’autonomie, de protection et de participation citoyenne, le travail social contribue à promouvoir, par des approches individuelles et collectives, la transformation sociale, le développement social, la cohésion de la société. Il participe au développement du pouvoir d’agir des personnes et des groupes dans leur environnement.
 
En cohérence avec la définition internationale, et défini au niveau national, le travail social se décline sur les territoires dans le respect des principes généraux énoncés« .
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Il y aurait beaucoup à écrire autour de cette définition. Le groupe de travail a d’ailleurs désormais pour mission de rédiger une note complémentaire explicative qui apporte des précisions.
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Vous noterez une différence notable entre la définition internationale qui dès la première phrase indique que le travail social est une pratique et une discipline (à part entière). Ce n’est pas le cas pour cette définition Française qui ne reconnaît pas le travail social comme une discipline en tant que telle mais plutôt comme une  pratique qui s’appuie sur plusieurs disciplines. Cela ne me parait pas être un simple détail. Je continue de regretter pour ma part que ce choix ait été retenu. J’ai été un peu seul dans le groupe à défendre le travail social comme étant une discipline. Et je n’ai pas du tout été suivi sur ce sujet. Au final le travail social ne serait finalement qu’un ensemble de pratiques. Je trouve cela  dommage et continue de penser qu’il est aussi une discipline à part entière qui peut s’enseigner en tant que telle comme nous le précise la définition internationale. C’est mon grand regret.
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Autre dimension et non des moindres, vous aurez remarqué que le travail social s’appuie sur de multiples savoirs : les savoirs universitaires bien évidemment (sociologie, psychologie, droit, économie…)  mais il y a aussi les savoirs pratiques et théoriques des professionnels (merci pour eux), et surtout, grande nouveauté, les savoirs des personnes aidées et accompagnées par les travailleurs sociaux dans les logiques de co-construction. Cette dimension me parait importante. Nous avons trop souvent occulté les savoirs des personnes qui lorsque nous les rencontrons ne nous apportent pas que leur difficultés, mais aussi leurs connaissances et compréhensions de ce qui se passe pour eux. Certaines personnes ont développées de réelles compétences qu’il me parait tout à fait importantes de reconnaître comme étant  contributives au travail social.
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Dernier point, qui a valu de multiples débats : il a finalement  été choisi de citer la laïcité comme étant constitutive du travail social Français. En fait la laïcité fait partie des valeurs républicaines et celles ci sont nommées en tant que telles dans la définition. La Laïcité rappelons-le implique la tolérance, l’acceptation du fait religieux et du non religieux qui cohabitent sans affrontement dans l’espace public. Elle implique aussi la neutralité du travailleur social qui n’a pas à faire état de ses opinions aux personnes qu’il rencontre. Mais cela est un autre sujet qui lui aussi mérite des développements.
 
J’imagine que cette nouvelle définition sera commentée, analysée et étudiée dans les centres de formation notamment. C’est une bonne chose. Reconnaissons que le travail social méritait d’être bien défini. Cette définition à le grand mérite de fixer un cadre et de permettre aussi de mieux repérer ce qui ne relève pas de nos prérogatives. Cela pourra très certainement nous servir à l’avenir.
 

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5 réponses

  1. Merci pour ce travail de clarification. Je me pose tout de même la question de cette éthique et cette déontologie qui sont en filigrane dans ces définitions (nationale et internationale) mais pour lesquelles je n’arrive pas à trouver de contenus clairement établis.. n’est ce pas également là que la question de l’approche (comme discipline / comme ensemble de pratique) intervient ? Existe t-il un code de déontologie par métier ? une éthique du secteur ?

  2. « Le travail social s’inscrit historiquement dans les valeurs républicaines »
    Qu’apporte donc cet « historiquement » ? Historiquement, le travail social ne serait apparu qu’au lendemain du 4 septembre 1870 ? Franchement, un adverbe pour se faire plaisir.

    1. Bonjour,
      Par historiquement, il est fait référence à l’ouvrage de Henri Pascal « Histoire du travail social en France de la fin XIXème siècle à nos jours » (presses de l’EHESP). Extrait page P. 19 « Les 45 années qui vont de la chute du second empire à la guerre de 14-18 sont marquées par la multiplication de la législation sociale et par l’instauration des cadres institutionnels de l’action sociale »…/… « Ces lois mettent en œuvre près de 100 ans après leur proclamation les principes de l’article 21 de la constitution de 1793 adoptés sous la première République par la convention :  » les secours publics sont une dette sacrée. La société doit la subsistance aux citoyens malheureux, soit en leur procurant du travail soit en assurant les moyens d’exister à ceux qui sont hors d’état de travailler » L’assistance publique va progressivement se doter d’un corps professionnel, celui des inspecteurs de l’assistance publique qui avaient au départ en charge le contrôle du placement des « enfants assistés ». Ce sont par ces lois sociales et leur mise en œuvre dans un cadre Républicain que s’est constitué le travail social. Cette dimension historique a aussi été réaffirmé à la Libération à la fin de la seconde guerre mondiale avec la mise en place des lois « sociales » et ont vu se structurer les associations professionnelles du travail social : assistantes sociales, jardinières d’enfants, monitrices d’enseignement ménager, et éducateurs nommés à l’époque rééducateurs dont la première école fut créée en 1946. C’est pourquoi au regard de ce contexte, je confirme que le travail social s’inscrit historiquement dans les valeurs républicaines de l’État de Droit..

  3. Bonjour,

    La notion de laïcité apparaît pourtant dans la définition que vous citez.

    Merci de votre travaîl sur ce blog.

    D.

    1. C’est exact, merci de ce rappel !! j’ai modifié l’article en conséquence. La Laïcité a longuement été abordée dans les débats au sein du groupe. J’en était resté à une position qui a évoluée notamment à la dernière réunion laquelle je n’avais pas pu assister, à moins que j’ai mal compris ce qui avait été initialement acté… 1000 excuses pour cette erreur ! En tout cas il est clair que les valeurs de la laïcité sont bien représentées dans les pratiques du travail social français ce qui en fait une de ses particularités..

      dd

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