Qu’est-ce que le travail social aujourd’hui ? Une histoire de définitions…

Il n’existe pas de définition du travailleur social si ce n’est celle fournie dans un avis du Conseil Économique et Social en 2000. Il y a par contre de multiples définitions du travail social et il me semble intéressant d’étudier ces différentes versions de définitions qui ont évolué au fil du temps. Les treize métiers du travail social sont, eux, définis sur le site du Ministère des Solidarités à travers des référentiels de certification et de compétences. Je vous propose pour cela de lire simplement la première phrase de chacune de ces définitions qui les résument afin de faciliter la lecture et la compréhension de cet article. À vous ensuite d’aller plus loin en cliquant sur les liens adéquats.

1) Les Nations Unies (ONU)

Le travail social a été défini par les Nations Unies en 1959 « le travail social est une activité visant à aider l’adaptation réciproque des individus et de leur milieu social ». La notion d’activité demeure extrêmement vague et il n’est pas ici question d’activité professionnelle. Notre activité consisterait à aider les familles et les personnes à s’adapter à leur milieu social. Le tout dans une logique non lucrative. La traduction littérale est la suivante : « le travail social est une activité d’aide dirigée vers problèmes qui affectent le bien-être économique et social, une activité à but non lucratif et une activité de liaison soucieux de maximiser les ressources pour le bien-être et de faciliter leur utilisation ». (“Social Work is a helping activity directed to problems which affect economic and social well-being, a non-profit activity and a liaison activity concerned with maximizing resources for well-being and facilitating their use”. (voir le lien ici)

2) Le Conseil Économique et Social

Un avis présenté par Daniel Lorthiois est adopté par le Conseil économique et social au cours de sa séance du 24 mai 2000. Il donne une définition de ce qu’est un travailleur social. C’est sa fonction de « rétablissement du lien social » qui est mis en avant : « Est considérée comme un travailleur social toute personne qui, par un choix professionnel, un engagement permanent et une intervention constante, participe, avec ses partenaires, au rétablissement du lien social pour des personnes ou des groupes frappés par des difficultés d’ordre social ». La notion d’engagement est valorisée tout comme le fait que l’action du professionnel est constante tout en travaillant des partenaires. (voir le lien ici)

3) La Fédération Internationale du Travail Social (IFSW )

Cette fédération issue des associations professionnelle indique dans sa définition globale votée en juillet 2014 que « le travail social est une pratique professionnelle et une discipline ». La Fédération Internationale regroupe 135 pays sur cinq continents. Il a été difficile d’établir une plate-forme commune, sachant que les pratiques professionnelles sont très différentes d’un pays à l’autre. La définition du travail social s’avère, de fait, assez large, même si tous s’accordent sur une pratique professionnelle qui cherche à promouvoir le changement, le développement social, la cohésion et le pouvoir d’agir. (voir le lien ici)

4) Le Haut Conseil du Travail Social (HCTS)

Il faut le souligner, la France est (à ma connaissance) le premier pays à avoir intégré une définition du travail social dans les textes officiels du pays. Cette définition fait suite aux travaux du HCTS pilotés par Manuel Pélissié. Il est précisé, en février 2017, que « le travail social est un ensemble de pratiques professionnelles qui s’inscrit dans un champ pluridisciplinaire et interdisciplinaire ». Le texte, qui est évidemment plus long, a été élaboré par un groupe de travail auquel j’ai participé. Le groupe comprenait des travailleurs sociaux, des représentants d’associations, des usagers et des représentants des services de l’État sans oublier les syndicats qui de mémoire furent très actifs lors des débats. Cette définition, du HCTS, a finalement fait consensus et se trouve en cohérence avec la définition internationale de l’IFSW. (voir le lien ici qui est accompagné d’un texte de présentation).

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5)  Le code de l’action sociale et des familles

Le Ministère des Solidarités via la Direction Générale de la Cohésion Sociale (DGCS), a publié un décret le 6 mai 2017. (article D. 142-1-1 du CASF). Il mentionne que « le travail social vise à permettre l’accès des personnes à l’ensemble des droits fondamentaux, à faciliter leur inclusion sociale et à exercer une pleine citoyenneté ». Ce décret reprend la définition du HCTS, mais utilise des termes différents. Cela induit un changement de paradigme. Ainsi la première phrase de cette définition précise non pas ce qu’est le travail social, mais ce qu’il doit faire. (voir le lien ici)

 

 Ce que n’est pas travail social

  • Il n’est pas une pratique de charité (Caritas) qui est le don associé à la compassion. L’acte charitable est certes vertueux, mais il crée une forme d’inégalité entre celui qui donne et celui qui reçoit et il ne permet pas à la personne de tenter de quitter sa condition. Le travail social, au contraire, tente de mettre la personne en mouvement afin qu’elle agisse elle-même et il supplée quand celle-ci ne peut pas.
  • Le travail social n’est pas non plus la simple gestion d’un droit : accéder à un droit concerne aussi d’autres acteurs, même si le travailleur social est souvent sollicité sur ce point. Il ne peut résumer son action à ce simple accès au droit. C’est très réducteur

 

En résumé,

Selon la définition du HCTS du 23 février 2017, voici ce qu’est le travail social en douze points :

  1. Le travail social est un ensemble de pratiques professionnelles. Il convient d’être titulaire d’un diplôme et d’être formé pour intervenir ;
  2. Il s’inscrit dans un champ disciplinaire et interdisciplinaire. Nous sommes demandeurs d’apports théoriques sur la sociologie, la psychologie et le droit. Ces disciplines se croisent et nous apportent une compréhension du monde actuel ;
  3. Il s’appuie sur des principes éthiques et déontologiques ;
  4. Il s’appuie sur plusieurs types de savoirs, soit le savoir universitaire, mais également le savoir de formation, le savoir d’expérience et le savoir des personnes accompagnées ;
  5. La coconstruction est un principe d’action. Nous ne décidons pas seuls et nous sommes plus intelligents à plusieurs ;
  6. Il se fonde sur la relation à l’autre ;
  7. Il vise l’accès effectif aux droits fondamentaux ;
  8. Il vise à assurer la place de chacun dans la cité ;
  9. Il s’inscrit dans les valeurs républicaines ;
  10. Il recherche et il contribue à la participation citoyenne ;
  11. Il est un vecteur de la transformation sociale ;
  12. Il participe au développement du « pouvoir d’agir » des personnes et des groupes.

 

C’est déjà pas si mal !

 

Note : Cet article est un extrait de mon intervention présentée lors d’un colloque organisé par le Centre Communal d’Action Sociale de La Rochelle. Le CCAS de la ville organise chaque année des temps forts qui permettent la réflexion et des échanges contribuant à faire évoluer la vision de l’action sociale. C’est dans ce cadre que j’avais été invité le 11 octobre dernier à présenter mes réflexions sur ce sujet essentiel. J’ai pu le faire en compagnie d’autres invités dont les exposés m’ont beaucoup apporté. Il y avait les sociologues Jean-Sébastien Alix et Pierre Vidal-Naquet accompagnés de Michel Billé en charge de l’animation des échanges. Tous, nous avions à présenter notre vision sur ce que signifie être travailleur social en 2022. J’y reviendrai prochainement

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