Assistante Familiale : les paradoxes d’un métier en mutation

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etude de la drees asfamLe métier d’assistante familiale est singulier dans notre système de protection de l’enfance. Ni tout à fait professionnel au sens académique du terme, ni simplement familial, ce travail se déploie dans un espace  permanent d’ambiguïtés. Là où les frontières entre sphère privée et responsabilité professionnelle sont poreuses et « fluctuantes ». Cela peut facilement conduire à des situations  conflictuelles ou du moins à des tensions. Une étude qualitative publiée par la DREES en ce mois de janvier nous offre un regard sans détour sur ces tensions. Je me permets de parler de ce métier au féminin tant le nombre de femmes qui l’exercent est important comparé aux hommes qui le pratiquent.

Un métier en quête de définition, trois décennies après son émergence

La profession s’est progressivement dotée d’outils institutionnels depuis la loi du 27 juin 2005.  Cette loi a tenté de clarifier et professionnaliser le statut d’assistant familial, : formation obligatoire de 300 heures, diplôme d’État, cadres légaux de rémunération et de congés. Pourtant, l’étude de la Drees montre que cette armature législative n’a pas résolu l’énigme liée à la pratique du métier. Comment, en effet, demander à quelqu’un de « faire partie de la famille » tout en rappelant que les enfants ne sont « que de passage » ? Cette double injonction, relevée par plusieurs chercheurs cités dans le rapport, crée une tension psychologique et existentielle que nulle formation ne peut véritablement résoudre.

Les chiffres brossent un premier portrait : fin 2024, 35% des enfants de l’aide sociale à l’enfance, soit environ 71.800 enfants, vivent en famille d’accueil. Ce nombre s’est stabilisé depuis une décennie, mais le nombre d’agréments a diminué de 8 % entre 2012 et 2023, passant à 49.500. Parallèlement, la profession vieillit visiblement. L’âge moyen des assistants familiaux employés par les conseils départementaux avoisine les 54 ans en 2023, contre une moyenne nettement plus basse il y a une quinzaine d’années. Les moins de 45 ans ne représentent que 16% des effectifs, tandis que les plus de 60 ans en constituent 28%. Cette pyramide des âges et inquiétante : le renouvellement générationnel de la profession s’amorce tardivement, et l’attractivité du métier reste fragile, malgré les efforts législatifs.

Les chemins d’accès au métier : quand la vocation rencontre l’opportunité

L’accession au métier d’assistant familial ne procède jamais du hasard, du moins selon le matériau empirique collecté par le DREES. Les 67 professionnels rencontrés dans cette étude décrivent des parcours d’entrée structurés par un réseau relationnel dense : proximité familiale, amicale ou professionnelle. Environ la moitié des enquêtés ont découvert le métier par l’intermédiaire d’un membre de leur famille, un quart l’a appris par le biais d’une amitié ou d’une proximité de voisinage. Ce qui frappe, c’est l’absence quasi complète de candidatures issues d’une démarche autonome stimulée par une affiche ou une campagne de recrutement ! Le bouche-à-oreille préside aux destins professionnels dans ce secteur.

Assistante familiale joue avec enfantOr, cette découverte in vivo du métier crée une forme d’apprentissage par immersion, où la vision idéalisée des candidates prime souvent sur la réalité. Nombre d’entre elles confient, a posteriori, qu’elles imaginaient pouvoir « sauver les enfants grâce à l’amour et la bienveillance », sans mesurer les traumatismes complexes des enfants accueillis, leurs troubles du comportement, ou encore les résistances psychologiques qu’oppose un enfant marqué par l’abandon ou la maltraitance. Cette confrontation entre imaginaire et réalité devient elle-même un rite de passage professionnel. Comme l’exprime un enquêté : « Avant de commencer j’étais une bonne samaritaine, je voulais sauver le monde. Après il s’avère que c’est plus compliqué que prévu, on ne peut pas les sauver comme on pense et le métier est devenu bien plus professionnel que nourrice ».

Quatre grands parcours-types structurent l’entrée sans le métier. Certain(e)s le voient comme une évolution naturelle de leur parcours antérieur (notamment les anciennes assistantes maternelles ou mères au foyer reconverties). D’autres y trouvent une opportunité de bénéficier de meilleures conditions de travail que celles qu’ils enduraient auparavant. D’autres encore y accèdent presque par hasard, contraint(e)s par un accident, une maladie ou un licenciement. Enfin, quelques-un(e)s concrétisent un projet mûri sur des années, souvent porté par une histoire personnelle marquée par la protection de l’enfance. Chacun de ces itinéraires révèle une lecture différente de ce que peut représenter ce métier singulier.

La procédure d’agrément comme rite d’initiation

La procédure d’agrément mérite qu’on s’y arrête, tant elle cristallise les tensions inhérentes à ce métier. Elle est décrite par la plupart des enquêtés comme « intrusive », voire blessante. Plusieurs entretiens avec la PMI (Protection Maternelle et Infantile) impliquent des questions sur l’enfance de la candidate, son histoire familiale, sa solidité psychologique. L’ensemble de la famille est convoqué, créant une forme d’exposition publique de l’intimité au service de la  « sécurité de l’enfant ». Cette logique de précaution, bien qu’elle soit légitime au regard des risques de maltraitance, instaure une asymétrie fondamentale : on interroge la candidate sur des aspects de sa vie personnelle que l’on n’oserait jamais demander dans d’autres contextes d’embauche.

Il est intéressant de constater que le rapport entre candidate et institution se joue dès ce moment de l’agrément. Certaines candidates réagissent mal aux questions sur la rémunération ou sur les conditions concrètes du travail, se voyant reprocher de réfléchir en termes financiers là où il faudrait parler d’engagement éthique. Ce reproche non-dit révèle une attente implicite : que les assistants familiaux acceptent de s’inscrire dans une logique quasi sacrificielle, où l’amour de l’enfant prime sur la valorisation matérielle du travail fourni. Or, si cette exigence est moralement contestable, elle configure durablement le rapport que les professionnels entretiennent avec l’institution et avec eux-mêmes.

Temps de travail et congés : la subordination du droit au bien-être de l’enfant

L’une des plus grandes singularités de ce métier réside dans l’impossible quantification du temps de travail. Une assistante familiale qui accueille un enfant en bas âge doit pouvoir faire face à  des sollicitations 24 heures sur 24. Mais ce même professionnel, si l’enfant est d’âge scolaire, peut jouir de temps libre en journée. La charge n’est donc pas uniforme ; elle est tout autant mentale qu’affective.

La question des congés incarne particulièrement bien ce paradoxe. La loi de 2005 a introduit le droit à des congés payés, mais en le subordonnant strictement au bien-être de l’enfant accueilli. Dans la pratique, cela signifie que beaucoup d’assistants familiaux, notamment ceux qui accueillent des enfants très jeunes ou traumatisés, reportent indéfiniment leurs congés pour « ne pas perturber » l’enfant. Certains n’ont pas pris une seule semaine de congés en neuf ou dix ans ! D’autres adoptent un compromis : partir en vacances avec l’enfant certaines années, en son absence d’autres années. Mais même cette alternance peut engendrer une forte culpabilité. Un enquêté témoigne : « Chaque année, c’est une grosse culpabilité. On prépare nos vacances, il voit qu’on prépare, ça fait un peu cachotteries, il faut jongler avec tout ça ».

Ces pratiques révèlent comment un droit théorique devient, dans la réalité, subordonné à une éthique de care informelle. Le bien-être émotionnel de l’enfant dépasse les normes légales du travail salarié. Cela ne signifie pas que cette subordination est injustifiée ; elle reflète plutôt l’essence du travail auprès d’enfants traumatisés. Mais elle illustre comment le métier d’assistant familial brouille continuellement la frontière entre droits du travailleur et obligations humaines.

La rémunération : un tabou qui dit beaucoup

Les modalités de rémunération des assistants familiaux sont parmi les plus complexes du secteur public. Le salaire se compose d’une part fixe (« fonction globale d’accueil »), d’une part variable selon le nombre d’enfants accueillis, de majorations possibles pour « sujétion exceptionnelle » (enfants handicapés ou présentant des troubles du comportement), et d’une multitude d’indemnités (entretien, congés non pris, habillement, loisirs, etc.). Cette complexité crée une opacité dont beaucoup d’assistants familiaux se plaignent : certains avouent ne pas comprendre leur bulletin de salaire.

Il faut dire aussi que la profession subit une variabilité géographique des salaires. Un assistant familial accueillant un unique enfant dans un département aux dispositions généreuses ne percevra pas le même salaire qu’un collègue dans un département aux barèmes minimaux. Selon l’étude de la DREES, l’écart peut varier de un à quatre selon les situations ! Un assistant familial avec une seule place agréée gagne parfois moins que le salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIC), tandis qu’un couple accueillant six enfants en urgence peut percevoir plus de 3.800 euros nets mensuellement.

Mais au-delà des chiffres, c’est le rapport des assistants familiaux à l’argent qui mérite attention. Nombreux sont ceux qui éprouvent une forme de culpabilité à évoquer la rémunération dans un contexte où on « parle d’enfants ». Comme si les questions matérielles abimait en quelque sorte la noblesse de la vocation. Or, cette culpabilité entretient une précarité subjective persistante, même chez ceux dont le salaire est « correct ». Un professionnel confie : « Quand j’ai un enfant comme Théo qui se fond dans la masse, je suis bien payée, quand j’ai des enfants compliqués, je suis pas cher payée, c’est presque du bénévolat ». Bref les situations amplifient une forme de subjectivité.

La formation professionnelle : une reconnaissance symbolique sans gains tangibles

La loi de 2005 a institué une formation de 300 heures et créé le Diplôme d’État d’Assistant Familial (DEAF). Entre 2006 et 2023, 34.900 personnes se sont inscrites à cette formation, et 27.500 l’ont obtenue. Cela me parait peu au regard du nombre d’agréments. Pourtant ces chiffres témoignent d’un investissement collectif dans la professionnalisation.

Il ressort des témoignages que le diplôme fonctionne comme une reconnaissance symbolique plutôt que comme un passeport vers des avantages matériels tangibles. Les assistants familiaux valorisent massivement les contenus de formation, notamment les modules de psychologie de l’enfance et de théorie de l’attachement1. Comme l’exprime une enquêtée : « La formation ça s’est bien passé, j’ai bien aimé. C’est là qu’on s’aperçoit qu’on n’est pas des mères poules mais qu’on a un vrai métier ».

Pour autant obtenir le diplôme n’augmente pas le salaire. Il supprime seulement le renouvellement quinquennal de l’agrément, ce que la plupart considèrent de toute façon comme une formalité. Les passerelles supposément offertes vers d’autres métiers du travail social demeurent largement ignorées ou paraissent carrément inaccessibles. Le diplôme reconnaît le travail effectué, mais sans le convertir en amélioration matérielle des conditions d’exercice. Cette déconnexion entre reconnaissance symbolique et gains concrets est révélatrice d’une professionnalisation incomplète.

Entre équipe et isolement : les paradoxes du travail social en famille

Le travail d’assistant familial se déploie dans l’intimité du domicile, loin des locaux administratifs, loin de la visibilité institutionnelle. Or, depuis 2005, les textes législatifs prônent une meilleure intégration des assistants familiaux au sein des équipes socio-éducatives. En théorie, ils devraient participer aux synthèses, contribuer aux réunions de bilan, être consultés sur les décisions concernant les enfants. Ce n’est pas toujours le cas loin de là. Divers arguments ne plaident pas toujours en faveur de cette participation.

Dans les faits, cette intégration progresse, mais inégalement. L’étude révèle que trois des cinq départements étudiés ont mis en place des « référents professionnels » dédiés à l’accompagnement des assistants familiaux, distincts des référents en charge du suivi de l’enfant. Cette séparation crée un espace de recours en cas de désaccord ou de conflit, ce qui est fortement apprécié. Mais dans d’autres configurations, (la plupart il me semble) c’est le même référent qui gère l’enfant et « accompagne » l’assistant familial. Cela créé une asymétrie hiérarchique qui freine la prise de parole.

Quant à la participation aux synthèses, elle reste « souvent » ou « systématiquement » pratiquée selon les sources institutionnelles, mais cette statistique masque des réalités très disparates sur le terrain. Certains assistants familiaux rencontrent une véritable égalité de parole ; d’autres sont « évités », pour reprendre leur expression. Une enquêtée témoigne : « Quand il y a des synthèses entre le service et les pédopsychiatres des CMP là on est pas invité. ‘Nous sommes évités’ je dis toujours ».

Cette exclusion partielle révèle une hiérarchie implicite : l’assistant familial ne se sent pas pleinement reconnu comme travailleur social. Il fournit l’accueil, certes, mais les interprétations théoriques, les décisions stratégiques, la parole autorisée restent du côté des professionnels diplômés. Cette subordination tacite contredit l’esprit de la loi de 2005 et entretient un sentiment de précarité non seulement économique, mais aussi professionnelle et symbolique.

Les injonctions paradoxales : une doctrine de l’accueil familial introuvable

La révélation la plus troublante de cette étude concerne l’absence de doctrine claire entourant l’accueil familial. Les assistants familiaux rencontrés rapportent que les consignes relatives au positionnement adéquat varient fortement d’un département à l’autre, voire d’un travailleur social à l’autre. Doit-on laisser l’enfant appeler l’assistant familial « maman » ou « papa » ? Les réponses oscillent entre « c’est nécessaire pour le bien-être psychologique » et « c’est une confusion des rôles inacceptable ». Enfin logiquement à mon sens les parents étant présents – pas toujours certes – il reste surprenant d’utiliser les termes de papa et de maman. d’autre termes familiers peuvent être utilisés (tata, tonton etc.)

Les enfants accueillis doivent-ils participer à la vie familiale comme s’ils en étaient pleinement membres, ou doivent-ils rester à une certaine distance, conscients qu’ils sont « en passage » ? Encore une fois, les recommandations divergent. L’étude cite un passage d‘un écrit d’Emmanuelle Martins (1) commentant cette double contrainte : « Les travailleurs sociaux demandent à l’assistante familiale d’élever l’enfant qu’elle reçoit comme l’un des siens, qu’il participe à la vie de la famille et aux grandes occasions, gage pour le personnel du service de l’accueil familial de la bonne intégration de cet enfant dans sa famille d’accueil. Dans le même temps, les professionnels rappellent sans cesse à l’assistante familiale que l’enfant accueilli n’est que de ‘passage’ et que les liens qu’il faut créer vis-à-vis de son ‘port d’attache’ doivent rester suffisamment ténus pour se rompre sans dommage lors de l’inévitable séparation ».

Cette contradiction est loin d’être anodine. Elle engendre des rappels à l’ordre, des conflits, des incompréhensions. Elle pousse certains professionnels à développer des stratégies d’hyper-protection — ne jamais être seuls avec un enfant pour éviter les accusations, documenter chaque événement signifiant — qui, paradoxalement, peuvent nuire à la qualité de la relation d’accueil. D’autres, au contraire, adoptent une posture de distanciation extrême qui contredit l’esprit même du travail d’accueil.

Deux conceptions diamétralement opposées du métier

L’étude de la DREES identifie deux pôles idéal-typiques entre lesquels s’étire la réalité professionnelle. D’un côté, une conception très familiale et affective du métier, surtout parmi les plus anciennes assistantes familiales. Elles revendiquent l’attachement, voire « l’amour » qu’elles portent aux enfants accueillis. Elles considèrent les congés sans enfants comme une forme d’abandon, et privilégient l’intégration complète à la vie familiale. Elles voient dans la professionnalisation un risque de froideur, d’hyper-formalisme nuisible aux enfants. Comme l’exprime une enquêtée : « Pour moi c’est pas tellement le distinguo… Les enfants sont à 300% avec nous, ils font partie de notre vie, de notre quotidien ».

À l’autre extrémité, une conception très professionnelle émerge chez certains assistants familiaux plus récemment entrés dans le métier. Ils établissent une distinction nette entre espace privé et espace professionnel, prennent systématiquement leurs congés, limitent la participation des enfants aux événements familiaux, et mettent l’accent sur le cadre éducatif strict. Comme le rapporte l’étude, un couple de ce type explique : « Il y a chez l’enfant, chez moi et chez nous. Chacun doit respecter l’espace de l’autre ».

Il faut le reconnaitre, ces deux postures extrêmes demeurent marginales. La majorité des professionnels adoptent une position intermédiaire, composant avec les paradoxes au jour le jour. De manière particulièrement intéressante, l’étude montre que les positionnement des assistantes familiales évoluent au fil des années. Certaines à conception très familiale au départ peuvent, après avoir connu des accueils difficiles ou des ruptures douloureuses, prendre de la distance. Inversement, d’autres ayant initié leur carrière avec un positionnement très professionnel peuvent, face à un enfant particulièrement vulnérable ou après des années d’accueil continu, lever leurs gardes et autoriser une plus grande proximité affective. Bref, il n’y a pas de règles et c’est sans doute cela qui rend « l’art métier » si complexe.

La vie familiale à l’épreuve de l’accueil professionnel

Au-delà des questions professionnelles proprement dites, l’étude montre aussi comment le métier d’assistant familial transforme entièrement la dynamique familiale. Le conjoint, généralement non rémunéré pour son investissement quotidien, joue un rôle structurant. Il prend en charge les transports, participe aux rendez-vous médicaux, incarne l’autorité auprès des enfants accueillis. Or, son statut juridique reste flou. Il n’existe pas de reconnaissance légale du « père d’accueil » ou de la « mère d’accueil » au sens de l’institution. Ce flou crée des situations embarrassantes : certains éducateurs exigent sa disponibilité totale, tandis que d’autres le tiennent à distance de toute participation institutionnelle.

Les propres enfants de l’assistant familial sont aussi affectés. En tout cas ils ne sont pas indifférents. Ils partagent la maison avec d’autres enfants et voient diminuer la disponibilité de leurs parents. Ils doivent parfois gérer des sentiments de jalousie face aux besoins des enfants accueillis, qui peuvent être particulièrement lourds avec un fort investissement de leurs parents. Quelques enquêtés rapportent que cette expérience a laissé des cicatrices durables chez leurs enfants.  Notamment lors de leur adolescence qui reste un moment sensible.

Une reconnaissance qui progresse sans transformer les réalités matérielles

Malgré toutes les difficultés relevées, l’étude confirme que le processus de professionnalisation engagé depuis 2005 produit des effets mesurables. Les nouvelles générations d’assistants familiaux ont davantage conscience de leurs droits. Ils refusent davantage la soumission et osent davantage négocier avec les services. Cela peut agacer certains travailleurs sociaux référents. Et puis il y a le développement de la formation et des groupes d’échanges entre pairs. Ces formes d’actions collectives créent une solidarité entre pairs qui n’existait pas auparavant. Certains territoires voient émerger des associations d’assistants familiaux prêtes à accompagner les professionnels en difficulté, à défendre leurs droits.

Mais il ne faut pas se voiler la face : cette reconnaissance croissante demeure largement symbolique. Elle ne se traduit pas par des augmentations salariales significatives ni par une meilleure intégration aux équipes. Il n’y a pas de diminution de la précarité du statut. Un professionnel peut afficher le DEAF au mur de son salon sans pour autant voir son salaire augmenter. Une assistante familiale peut participer à toutes les synthèses sans que sa voix ait le même poids décisionnel que celle d’un éducateur diplômé. Portant souvent c’est bien l’assistante familiale qui a une connaissance fine des difficultés et des potentialités des enfants accueillis.

Vers une professionnalisation sans démenti de la singularité

L’étude de la DREES conclut, non sans pertinence, que la professionnalisation des assistants familiaux doit être encouragée. Comment ? En permettant des marges de manoeuvre pour préserver la spécificité du métier et la singularité des rencontres entre la famille d’accueil et l’enfant. Cette conclusion suggère que le chemin n’est pas celui d’une uniformisation vers le modèle du travailleur social « standard », mais plutôt celui d’une reconnaissance de ce que ce métier possède d’irréductible : l’entrelacement constitutif du professionnel et du familial, du rationnel et de l’émotionnel, de la distance professionnelle et de l’attachement humain.

Il manque à ce tableau une volonté politique véritablement structurante. Les lois sont là, les formations se déploient, mais les financements restent maigres, les effectifs vieillissent et la précarité persiste. Les assistants familiaux se trouvent en situation de dépendre entièrement de décisions administratives pas toujours cohérentes, sans véritable droit du travail comparable à celui d’autres salariés de fonction publique. Ils n’ont aucune protection contre le licenciement pour « absence d’enfants » au-delà de quatre mois, et les suspensions d’agrément peuvent survenir du jour au lendemain en cas de suspicion — même infondée — de maltraitance. En même temps, il n’est pas possible de tergiverser face à des signes de maltraitance.

Peut-être que la question politique la plus urgente n’est pas celle de la professionnalisation. Les assistantes familiales ont d’abord besoind de la reconnaissance du métier comme profession entière et indépendante. Elle devrait être  dotée de droits du travail véritables, d’une représentation syndicale robuste, et d’une doctrine cohérente. Cette doctrine devrait être acceptée collectivement. C’est celle qui tente de définir ce qui est  souhaitable et ce qui est réaliste en matière d’accueil familial. Sans cela, les assistants familiaux continueront à naviguer entre des injonctions contradictoires, portant un peu trop seuls l’énorme charge de concilier l’inconciliable.

Note :

1. Martins, Emmanuelle. « La place du conjoint de l’assistante familiale en accueil familial », Empan, n° 81, mai 2011, pp. 127-132. Citée dans : Drees. Étude qualitative sur les conditions d’exercice du métier d’assistant familial, Les Dossiers de la Drees, n° 134, janvier 2026

Sources :

 

Note : je me suis strictement limité à retraduire et à résumer le rapport de la DREES en tentant d’éviter d’ajouter mon point de vue. Certains aspects de ce rapport peuvent faire l’objet de controverses à partir de nos expériences professionnelles. En effet, j’ai travaillé par le passé et animé des groupes d’assistantes familiales et j’ai beaucoup appris de leurs témoignages….

 


dans le texte : duck.ai

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