La santé mentale des enfants : un enjeu de société

La santé mentale des enfants une préoccupation de la Défenseure des Droits : À l’occasion de la journée internationale des droits de l’enfant prévue demain 20 novembre, Claire Hédon, et son adjoint Défenseur des enfants, Eric Delemar, ont rendu  public leur rapport annuel consacré aux droits de l’enfant. Il s’intitule : Santé mentale des enfants : le droit au bien-être.

La défenseure des droits interviewée sur France Inter explique ce qui ne va pas : « On a voulu alerter, car il y un doublement de jeunes dans une situation dépressive, même si la situation existait déjà avant l’épidémie » dit-elle. La crise a notamment provoqué « un doublement des cas chez les 15/24 ans », ils étaient 20% à déclarer un syndrome dépressif en 2020 contre 10% en 2019.

Mais que dit précisément ce rapport que vous pouvez télécharger ici ?

Des constats alarmants

D’abord que la santé mentale des enfants a longtemps été  un tabou, un sujet mal appréhendé, enfermé par une définition trop restrictive d’une part, et au sein d’un secteur psychiatrique mal considéré d’autre part. Cette double relégation  a pour conséquence directe de multiples atteintes aux droits et à l’intérêt supérieur des enfants.

Les constats de la Défenseure des Droits sont sévères : des adolescents sont soignés à l’hôpital dans des services adultes faute de places  en pédopsychiatrie. De jeunes enfants sont tenus d’attendre plusieurs mois avant d’être suivis  dans un centre dédié. Les enfants victimes de  violences institutionnelles ou intrafamiliales ne sont ni repérés, ni protégés faute de coordination entre acteurs.

Il est fait état d’un manque de moyens considérable au regard des besoins de prise en charge. Ainsi par exemple des jeunes soufrant d’un ou plusieurs handicaps sont envoyés en Belgique, faute d’offre médico-sociale suffisante dans leur département. De nombreux parents sont démunis et demandent à être aidés.

Beaucoup d’enfants sont aussi victimes de harcèlement (souvent scolaires) amplifiés et aggravés par les réseaux sociaux, D’autres sont pris dans des addictions notamment en lien avec des usages immodérés des outils numériques et des plates-formes. Ils sont aussi parfois témoins de violences ou fragilisés par la situation économique précaire de leur famille. Tout cela sans qu’un accompagnement approprié leur soit apporté. Sur les 3 000 saisines que reçoit chaque année le Défenseur des droits concernant les droits et l’intérêt supérieur des enfants, nombreuses sont celles qui concernent, directement ou indirectement, le sujet de la santé mentale.

Un manque de moyens récurrent

Les réclamations dénoncent de manière récurrente le manque de professionnels du soin et de structures adaptées :

  • manque de psychologues, de médecins et d’infirmiers scolaires ;
  • liste d’attente de plusieurs mois, voire années pour intégrer un suivi en centre médico-psycho-pédagogique (CMPP), ou un institut médico-éducatif (IME),
  • manque de places en pédopsychiatrie,
  • fortes disparités territoriales,
  • etc.

 

Claire Hédon reconnait qu’il y a eu des initiatives gouvernementales en faveur de la promotion de la santé mentale des enfants et des adolescents. Elle donne en exemple le Plan d’action « Mission Bien-être et santé des jeunes » (elle en cite d’autres). Mais dit-elle aussitôt «  ces annonces attendent encore d’être concrétisées, dans un contexte où les moyens envisagés, « humains » notamment, avec le  recrutement de 400 postes dans les centres médico-psychologiques, soit 4 postes par département, sont en décalage avec les manquements constatés sur le terrain. Elle déplore aussi un manque de prise en charge globale des situations

De multiples propositions

Comme dans chaque rapport, la défenseure des droits dresse un catalogue de propositions en direction des services de l’État. Certaines d’etre elles sont assez générale et pourrait relever du « yaka-fautqu’on ». Mais il est aussi de la responsabilité de la défenseure des droits de préciser ce qu’il faudrait faire. Parmi les 29 propositions. En voici quelque-unes

  • L’ensemble des personnels du milieu scolaire « doit se sentir concerné et investi » et formé pour pouvoir repérer et prévenir les difficultés que rencontreraient les élèves. Ainsi, les enseignants, les conseillers principaux d’éducation et les  surveillants doivent dotés d’outils  adéquats pour être en mesure d’identifier et d’orienter au mieux tout enfant potentiellement en danger.  (C’est d’ailleurs ce que prévoit le Référentiel des compétences professionnelles des métiers du professorat et de l’éducation).
  • Dès lors que des difficultés ont été identifiées chez un enfant, un diagnostic doit être établi pour qu’une prise en charge médicale et psychologique adaptée soit mise en œuvre rapidement. (et non pas dans une dizaine de mois, un an ou deux comme c’est souvent le cas) pour cela il faut pouvoir mobiliser les dispositifs existants. Mais Claire Hédon ne voit pas trop  comment dans la mesure ou tous les dispositifs existants sont déjà saturés (CAMS, CMPP spécialisés, services hospitaliers, PMI…) 
  • La santé mentale des enfants confiés à  l’aide sociale à l’enfance, et la façon dont  les institutions qui en ont la responsabilité la protègent, est un sujet de préoccupation majeure pour la Défenseure des droits. Elle recommande

    • au ministre des Solidarités et de la santé et aux  présidents des conseils départementaux de renforcer la pluridisciplinarité et le partenariat dans la prise en charge des enfants protégés à l’aide sociale à l’enfance, notamment par la création de référentiels communs et en rendant effective l’obligation d’établir un projet pour l’enfant.
    • aux présidents des conseils départementaux, des directeurs territoriaux des de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) et aux directeurs des ARS la signature de protocoles opérationnels portant sur la santé des enfants confiés en protection de l’enfance.
    • Il faut aussi dit-elle procéder à des adaptations urgentes pour remédier aux « graves lacunes actuelles »
  • Elle recommande de recruter un infirmier  dans les établissements d’accueil relevant de la protection de l’enfance, ceci pour renforcer la présence de professionnels de santé en capacité de réagir face aux troubles liés à leur santé mentale
  • elle invite le Gouvernement à évaluer la faisabilité et l’opportunité de créer des maisons des enfants, en lien avec les CMP et CMPP, sur le modèle éprouvé des maisons des adolescents.

« L’urgence est là, nous ne pouvons plus l’ignorer »

Le nombre de  recommandations (29) se multiplie au fil des ans  tout simplement parce que les difficultés persistent. Le manque de réponses adaptées devient si criant  qu’il faudrait des moyens considérables pour que la France respecte ses obligations pour un strict respect de la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE).  À la lecture de ce rapport, on comprend vite que le « quoi qu’il en coûte » n’est pas rentré dans le logiciel gouvernemental sur ce sujet.

Vous retiendrez aussi que ce rapport regarde plus particulièrement la situation des enfants qui vivent en outremer et ceux qui ont été marqué par la crise sanitaire qui dure : cette crise « a jeté une lumière nouvelle sur les risques pesant sur l’état psychique des enfants, mais elle a surtout révélé un mal-être structurel, trahissant le niveau d’investissement insuffisant que, de manière récurrente, notre société et ses institutions concèdent au bien-être des enfants ». L’urgence est là, nous ne pouvons plus l’ignorer conclut le rapport.

lire à ce sujet :

 

photo : Claire Hédon, avant qu’elle ne devienne Défenseure des Droits, lorsqu’elle était présidente d’ATD Quart Monde lors de la 4ème édition du Colloque « Fragilités Interdites? » 2016.

 

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