Revue de presse | « Qui aurait pu prédire ? » / des vieux précaires / Protection de l’enfance au Sénat / Toubibs sans-papiers

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Bonjour et bienvenue à cette revue de presse. Au fil des articles, on entend la colère de celles et ceux qui sont fragilisés par la pauvreté, le manque de logements et l’affaiblissement des services publics. Ne manquez pas ce rapport de l’IGAS publié avec la Fédération des acteurs de la solidarité sur les galères des personnes âgées en grande précarité. Nous reviendrons sur certains changements envisagés dans la future loi de protection de l’enfance qui est actuellement à l’étude par la commission des lois du Sénat. Enfin une belle info sur le rôle essentiel, souvent précaire, de médecins étrangers dans nos hôpitaux. Ce qui fait dire à unue élue qui parle de « l’hypocrisie de la peur de l’étranger à géométrie variable » . Des sujets qui racontent des réalités parfois invisibles, mais qui nous concernent toutes et tous. Sans oublier les multiples liens susceptibles de vous intéresser… Bonne lecture !

 


Révolte populaire : « Qui aurait pu prédire ? »

Qui aurait pu predire e1792762390931La formule est celle d’Emmanuel Macron en 2022, à propos du climat. Emmaüs France la retourne vers la crise sociale. « Qui peut décemment s’étonner de la vague de colère qui s’exprime aujourd’hui dans notre pays ? » demande l’association. Nous vivons une époque où près de 10 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté. Certaines avec des budgets très restreints sont obligées de choisir entre le chauffage, l’alimentation ou encore les soins.

Emmaüs rappelle que les alertes s’accumulent depuis des années. Les associations, les syndicats, les universitaires, sans oublier les acteurs de terrain tels es travailleurs sociaux. Tous et toutes ont documenté ce qui ne va pas. Le président de l’association, Bruno Morel, demande comment s’étonner que la colère éclate : « à force de creuser les inégalités, de fragiliser les services publics, de rendre toujours plus difficile l’accès au logement, à l’emploi ou à une alimentation digne ». Et vous vous étonnez ?

Emmaüs dénonce aussi une réponse surtout sécuritaire. Manifestations interdites. Lourdes condamnations de jeunes. Bénéficiaires de prestations et associations stigmatisés. Cette prise de position assumée détonne. Mais elle dit tout haut ce que nombreux pensent tout bas. Le décalage décrit est réel. D’un côté, des alertes répétées. De l’autre, des institutions qui découvrent l’incendie à chaque fois. Et qui ne regardent pas les vraies causes des manifestations et des violences urbaines qui ne sont pas nouvelles. (Lire l’article Emmaüs France)

 


Vieillissement et grande précarité : l’IGAS et la FAS alertent sur les angles morts des politiques publiques

personne agée dépendanteLà aussi qui aurait pu prédire ? Pourtant, le rapport de l’IGAS, publié avec la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS) nous dresse de terribles constats. Il porte sur les personnes précaires vieillissantes. Les chiffres sont impitoyables et consternants : Un quart des personnes sans abri ont plus de 50 ans. À cet âge, une personne en grande précarité peut présenter une vulnérabilité comparable à celle d’un octogénaire.

L’espérance de vie des personnes sans domicile est inférieure de 30 ans à la moyenne nationale. Les plus de 60 ans pèsent 30 % des résidents des pensions de famille. Jusqu’à 40 % des lits d’accueil médicalisé.

Plus troublant encore. Une enquête de la FAS auprès des SIAO signale l’arrivée à la rue de nombreuses personnes de 65 ans et plus. Elles sont pourtant sans antécédents de précarité. Les raisons sont multiples et là encore l’État est défaillant dans sa politique de prévention : L’augmentation des expulsions locatives, les ruptures familiales, les troubles cognitifs et les addictions sont les principales raisons de ces drames. La rue n’est plus seulement le terminus des parcours cabossés. Elle devient la sortie d’un vieillissement sans accompagnement.

La FAS pointe un angle mort. Les seuils d’âge, 60 ans pour l’EHPAD, 65 ans pour certaines allocations, découpent les vies en tranches. Le cloisonnement entre hébergement, prestations, et droits du médico-social fait le reste. Les personnes fragiles aux parcours souvent atypiques – mais pas que – passent à travers les mailles des filets de protection.

Les professionnels, eux, bricolent. En Bretagne, plus de 84 % des répondants d’une étude de la FAS se disent démunis face à la perte d’autonomie ( et aussi à la fin de vie). Ils font ce qu’ils peuvent avec des outils conçus pour autre chose.

14 recommandations de l’IGAS sont chiffrées. 55 millions d’euros sur le programme 177 pour adapter les centres d’hébergement. 55 autres millions pour 1000 places supplémentaires d’hébergement adapté. Des dérogations d’âge dès 50 ans. Reste à savoir si elles survivront au budget 2027 qui nous est annoncé comme le plus restrictif qui soit. La FAS exige que ces mesures figurent dans le budget de l’État et le PLFSS. Elle a déposé un amendement en ce sens. (Lire l’article) (lire les propositions de la FAS)

 


Le projet de loi Protection des enfants arrive en séance au Sénat

audition Senat
Capture d’écran vidéo du Sénat audition par la commission des lois

Le Sénat examine à partir du 27 octobre le projet de loi relatif à la protection des enfants. Adopté à l’Assemblée le 21 juillet, il touche à l’aide sociale à l’enfance, au contrôle des adultes en contact avec des mineurs protégés et à la répression des violences sexuelles. La commission des lois l’a retouché avec pas moins de 73 amendements. La commission des affaires sociales en ajoute 50.

Deux arbitrages à retenir : les sénateurs ont rétabli, tout en le modifiant, l’article 2 portant sur la procédure de délaissement parental et la création d’un dispositif de suppléance parentale en vue d’une éventuelle adoption. Le délai de délaissement passe d’un an à huit mois. « lorsque l’intérêt supérieur de l’enfant le justifie au regard notamment de ses besoins fondamentaux et de l’absence de perspective de retour au domicile parental ». préciseIls suppriment aussi la nouvelle ordonnance de protection de l’enfant, par crainte d’une confusion entre le juge des enfants et le juge aux affaires familiales.

Un geste, en revanche, mérite d’être salué. La commission des affaires sociales a salué les « quelques ajustements bienvenus », dont la création d’un accueil relais concrétisant le « droit au répit » des assistants familiaux existant dans la loi depuis 2022 (un métier de l’ombre, enfin regardé). Parmi les apports de cette commission, les sénateurs ont adopté un amendement socialiste généralisant les comités départementaux de la protection de l’enfance (CDPE).

Mais le texte laisse des trous béants. La commission des affaires sociales regrette ce texte « fait l’impasse sur des pans entiers de la protection de l’enfance, comme l’accompagnement des enfants à double vulnérabilité, les enjeux d’accompagnement des jeunes majeurs ou encore la prise en charge des nourrissons ». (Lire l’article de la Banque des Territoires)

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« Un chirurgien sans papiers va opérer à coeur ouvert » : ces étrangers qui tiennent les hôpitaux français à bout de bras

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Voilà un article qui attire l’attention quand on parle des services publics. Il est paru dans le Journal du Centre, sous la plume de Julien Rapegno. Il nous montre que même lorsqu’ils assurent des missions inestimables, les étrangers sont toujours à la marge de la légalité en France. C’est quand même incroyable.

À Nevers, le directeur de l’hôpital, Florent Foucard, résume : « Sur 220 médecins, nous avons 89 Padhue » Entendez par là des « Praticien à diplôme hors Union européenne ». Ils forment environ 40 % de l’effectif médical. Ils assurent la moitié des urgences. L’hôpital n’a pas trouvé de titulaires pour 80 % des postes.

Ces médecins vivent pourtant dans la précarité. La validation de leur parcours dure au minimum quatre ans. L’avocat Léonard Balme Leygues évoque des médecins logés en mobile-homes. Des familles entières dans 20 m². Des praticiens exerçant trente ans sous autorisation provisoire. Il nous parle d’un chirurgien sans papiers qui opère à cœur ouvert.

À Decize, la maire Justine Guyot rapporte la confiance des habitants envers ces médecins, parfois là depuis 25 ou 30 ans. Le contraste est brutal. Elle dénonce  « l’hypocrisie de la peur de l’étranger à géométrie variable ». Car ici l’étranger est plutôt le bienvenu. (lire l’article du Journal du Centre)

 


On en parle aussi :

En 2025, 927 personnes sans domicile fixe sont mortes en France, selon le collectif « Les Morts de la rue »

croppedimage 52903bde480844c7920234748b099425Le collectif « Les Morts de la rue » A publié son rapport annuel hier. L’âge moyen des personnes décédées souvent dans l’indifférence est de 49 ans. 83 % sont des hommes.  306 vivaient dans la rue, 264 étaient hébergées et, pour 357 d’entre elles, le lieu où elles dormaient n’a pas pu être établi. Le collectif précise que son décompte ne comprend que les décès authentifiés par un acte de décès : « la réalité, hélas, est nécessairement pire ».

dans la rue tueLe rapport comptabilise aussi 148 morts violentes. Il y a 20 enfants de moins de 15 ans parmi les personnes décédées. Il signale en outre que 108 personnes sont  mortes en 2025 après avoir vécu un temps à la rue.  Le collectif a présenté ce bilan comme le signe d’une crise durable. Il estime que les chiffres disponibles « ne sont pas des accidents statistiques », mais le reflet de choix politiques et sociaux, et rappelle que son recensement ne représente qu’une partie des décès. (lire l’article de France Infos)

 


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Vous êtes allé(e) au bout de cette revue de presse ? Bravo et merci ! Merci aussi surtout à Michelle Flandre qui m’a aidé à la réaliser !

Photo en une : wayhomestudio – fr.freepik.com

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