Bonjour et bienvenue à cette revue de presse ! Au menu aujourd’hui, une plongée sans filet dans les coulisses d’une France sociale sous tension avec la future allocation de solidarité unifiée,qui cache des zones d’ombre préoccupantes pour des millions de ménages. Nous partons ensuite en Bretagne à la rencontre de Gaëlle, paysanne du Finistère qui a préféré renoncer à son RSA plutôt que de subir des contrôles vécus comme un véritable harcèlement institutionnel, une affaire qui se retrouve désormais devant les tribunaux ; Une autre info lève le voile sur la vraie face de la fraude sociale, Scoop : ce ne sont pas les pauvres qui fraudent mais des réseaux criminels organisés qui pillent l’Assurance Maladie par dizaines de millions d’euros. Et pour finir une note lumineuse ! Cap sur l’Isère où des travailleurs sociaux ont inventé un escape game pour aider les jeunes à devenir adultes avec style et pédagogie. Sans oublier les multiples liens susceptibles de vous intéresser… Bonne lecture !
Les dessous inquiétants de la future allocation de solidarité unifiée, annoncée comme « indolore »
Sous la plume de la journaliste Faïza Zerouala, Mediapart lève le voile sur les dessous d’une réforme sociale d’envergure que le gouvernement de Sébastien Lecornu s’apprête à soumettre au Parlement. Le projet de loi, attendu à l’Assemblée nationale en mai, prévoit de fusionner trois allocations majeures ( le RSA, la prime d’activité et les aides au logement ) en une allocation de solidarité unifiée (ASU), dont le montant serait calculé à partir d’un « revenu social de référence ». En apparence, une simplification bienvenue. En réalité, un projet qui divise profondément le monde associatif et syndical.
Ce n’est pas la première fois que cette idée refait surface. Née sous Emmanuel Macron sous le nom de « revenu universel d’activité » (RUA), étouffée par la crise des Gilets jaunes puis celle du Covid-19, la réforme ressurgit aujourd’hui dans un contexte social alourdi, alors que les chiffres de la pauvreté battent des records.
Delphine Rouilleault, présidente du collectif Alerte, dénonce une « réforme technocratique, à budget constant ». Ses conséquences concrètes pour les ménages restent impossibles à préciser, faute de transparence. L’économiste Muriel Pucci, de l’OFCE, y voit une « boîte noire » dont tous les paramètres essentiels seront fixés par décret, sans débat public, bien après le vote de la loi.
Ce flou délibéré est au cœur des inquiétudes. L’étude d’impact du gouvernement révèle déjà que 20% des personnes vivant sous le seuil de pauvreté verraient leurs aides diminuer. Sophie Rigard, du Secours catholique, compare l’ampleur de cette réforme à celle de la retraite par points et s’alarme d’un « problème démocratique » : voter une loi dont les effets réels ne se feront sentir qu’en 2029-2030, sous la présidence suivante, revient selon elle à « signer un chèque en blanc au gagnant de la prochaine présidentielle ». De son côté, la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, va plus loin. Elle affirme que cette fusion est avant tout « une façon de faire des économies », sans que le taux de non-recours aux allocations — qui concerne environ 30% des bénéficiaires — ne soit sérieusement adressé.
Au-delà des chiffres, c’est aussi une bataille philosophique qui se joue. Le gouvernement entend que le travail rapporte toujours davantage que les prestations sociales, un principe que Delphine Rouilleault juge déjà satisfait, mais que l’exécutif instrumentalise selon elle en jouant sur le « biais cognitif ». Celui qui fait croire à tort que les minima sociaux concurrencent les salaires. Olivier Noblecourt, ancien délégué chargé de la lutte contre la pauvreté, considère pour sa part que le projet 2026 est « dénaturé » par rapport à son intention initiale et que la volonté politique de lutter véritablement contre la pauvreté a cédé la place à « un discours de culpabilisation classique des pauvres ». (lire l’article de Médiapart – abonnés)
« J’ai eu le sentiment d’être mise à nu » : dans le Finistère, une paysanne renonce à son RSA pour préserver sa santé mentale
Dans une ferme nichée dans les montagnes Noires du Finistère, une paysanne prénommée Gaëlle a fait un choix radical : renoncer à son RSA plutôt que de continuer à subir ce qu’elle décrit comme un « harcèlement moral institutionnel ». Tiphaine Guéret journaliste de Basta! explique que cette décision douloureuse s’inscrit dans un contexte plus large : depuis 2022, le président du conseil départemental du Finistère, Maël de Calan (divers droite), a engagé un « plan d’action RSA » qui a conduit à une baisse de près d’un quart du nombre d’allocataires en quatre ans. Si le département présente cette évolution comme le résultat de retours à l’emploi, de nombreux bénéficiaires livrent une tout autre lecture.
L’article détaille avec précision la mécanique des contrôles auxquels Gaëlle a été soumise : relevés bancaires sur quatre mois, puis sur vingt mois, obligation de justifier un virement de 200 euros intitulé « Bon anniversaire » par ses parents, attestation de banque introuvable, acte de naissance de son fils… En pleine saison de production fromagère, elle a perdu une semaine entière à constituer des dossiers, au point de consulter un médecin qui lui a prescrit des antidépresseurs et un arrêt de travail. « J’ai eu le sentiment d’être mise à nu. Soit tu dors pas la nuit pour constituer le dossier, soit tu plantes ta boîte », confie-t-elle. Dix-huit témoignages de pratiques similaires ont été versés à ce dossier. .
Le 3 mars dernier, la CGT et six allocataires parties civiles ont adressé une citation à comparaître pour « harcèlement moral institutionnel » à Maël de Calan et au directeur départemental Romain Chantelot. Le tribunal correctionnel de Brest examinera en juin les arguments de six allocataires du RSA et de la CGT qui ont cité à comparaître le président du département du Finistère et un de ses cadres pour « harcèlement moral institutionnel ». L’avocate du département, Stéphanie Zaks, a dénoncé un « procès clairement politique ». Depuis le lancement de la citation à comparaître début mars, « on a reçu 47 témoignages nouveaux », qui s’ajoutent à la vingtaine versée au dossier a indiqué Ludovic Morin, secrétaire général de la CGT du Finistère. (lire l’article de Basta Média)
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- À Brest, première audience des allocataires du RSA qui accusent le département de harcèlement | Libération (abonnés)
- La FSU proteste contre le manque de considération des conseillers France Travail par le conseil départemental du Finistère | Alternatives Économiques
Fraude dans les centres de santé : une criminalité massive et organisée
Pendant que les discours politiques pointent souvent du doigt les fraudes sociales des ménages modestes, l’enquête de Géraldine Hallot et de la cellule investigation de Radio France dresse un tableau radicalement différent. Le général José Montull, chef de l’Office central de lutte contre le travail illégal (OCLTI), le dit sans détour : « On a souvent l’impression que les fraudes aux prestations sociales viennent de particuliers qui ont du mal à joindre les deux bouts. Mais ce n’est pas du tout ce qui ressort de nos enquêtes. » Les véritables fraudeurs, eux, « louent des appartements à 13 000 euros par mois, se déplacent en hélicoptère et achètent des véhicules de luxe ». Ce ne sont pas des personnes en précarité — ce sont des réseaux criminels organisés qui pillent méthodiquement l’Assurance Maladie.
Cet article d’investigation remarquable détaille trois affaires emblématiques. Dans le réseau Alliance Vision, 21 millions d’euros ont été détournés via 13 centres ophtalmologiques, grâce à la facturation systématique d’actes fictifs comme des fonds de l’œil jamais réalisés. Ces actes ont été imposée à des secrétaires sous pression et parfois sous menace. Dans l’affaire Proxidentaire, des patients ont subi des mutilations dentaires pratiquées par des praticiens étrangers sans autorisation d’exercer. Quant au Cosem, ses dirigeants sont soupçonnés d’avoir mené « la grande vie sur le dos de la Sécurité sociale », avec notamment 95.000 euros de notes de frais en un an pour l’épouse du directeur. L’Assurance Maladie a infligé un million d’euros de pénalités au Cosem après avoir détecté plus de 600.000 euros de remboursements indus.
L’enquête révèle la convergence de ces fraudes avec le narcotrafic : des filières de blanchiment communes ont été identifiées entre fraudeurs à l’Assurance Maladie et figures du narcobanditisme. Pendant ce temps, 723 millions d’euros de fraude toutes catégories confondues ont été détectés en 2024 (un chiffre en hausse de 15%), tandis que des allocataires du RSA, eux, sont soumis à des contrôles tatillons sur chaque virement de 200 euros. L’article rappelle ainsi, en creux, une réalité que les politiques publiques peinent à assumer : la grande fraude sociale n’a pas le visage de la pauvreté. (lire l’article de France Bleu ICI)
Bonus
En Isère, des travailleurs sociaux lancent un jeu pour apprendre à être adulte

Voici une belle initiative révélée par Hugo Vasseur journaliste à la Gazette Santé Social. Comment transmettre aux jeunes des informations essentielles sur leurs droits quand ils ne poussent pas spontanément la porte des services sociaux ? Des travailleurs sociaux du département d’Isère ont répondu à cette question par l’innovation : ils ont créé un escape game baptisé L’Independance Game, destiné aux 16-25 ans. Logement, santé, budget, emploi, mobilité, citoyenneté : les énigmes, dissimulées dans les salles de la Maison du département, permettent aux participants de découvrir leurs droits de façon ludique, en une heure chrono, accompagnés par un travailleur social qui anime les échanges.
Le projet est né d’un constat partagé par Océane Junique, assistante sociale et co-conceptrice du jeu : « L’information descendante ne passe pas. » Les jeunes, explique-t-elle, « ont du mal à venir vers les services sociaux » et arrivent souvent trop tard, avec des situations déjà très dégradées. Construit à partir de 2023 sur la base d’une brochure élaborée avec des jeunes eux-mêmes, le jeu a vu le jour un an plus tard. Quatre-vingts joueurs l’ont déjà testé, orientés par la mission locale ou d’autres partenaires locaux, et en repartent avec la brochure, de nouvelles connaissances… et des bonbons.
Les retours sont jugés positifs, notamment sur les thèmes du logement et de la santé. Océane Junique souligne également la plus-value de l’action collective : « C’est aussi un gain de temps pour nous. » Pourtant, l’optimisme reste mesuré : les demandes d’accompagnement individuel sont en hausse, signe que « les personnes sont de plus en plus en difficulté ». Le jeu suscite déjà l’intérêt d’autres travailleurs sociaux, en Isère et au-delà — preuve que l’innovation de terrain, quand elle part de l’écoute des jeunes, peut faire école. Chapeau les artistes ! notamment à Océane Junique assistante sociale qui porte ce projet aux trophées d’IdéalCo! (lire l’article de la Gazette Santé Social – abonnés)
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Vous êtes allé(e) au bout de cette revue de presse ? Bravo et merci ! Merci aussi à Michelle Flandre qui m’a aidé à la réaliser.
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