Réseaux sociaux, la révolution qui s’oppose aux pratiques du travail social…

En  1996, le sociologues Pierre Bourdieu avait dénoncé  les méfaits de la télévision  sans toutefois s’attacher aux effets d’une utilisation abusive du petit écran allumée du matin au soir. Que devrions nous dire aujourd’hui avec la place qu’ont pris les outils numériques et les réseaux sociaux ? Une nouvelle addiction s’est imposée silencieusement dans les esprits, dans nos façons d’échanger avec les autres. Le mouvement est mondial.1

Les outils numériques façonnent désormais le quotidien de millions de personnes.  Smartphones, tablettes, ordinateurs ce sont les supports… Le contenu passe par  les réseaux sociaux : Facebook, tweeter, Instagram… De plus en plus de nos concitoyens vivent « le nez collé » à leurs écrans.  des millions de logiciels sont utilisés tant dans la vie professionnelle que dans la vie personnelle. Cette réalité là nous conduit à vivre une véritable dépendance de masse. Il y a certes, les outils qui libèrent, mais aussi ceux qui nous contraignent au point que nous ne savons plus ou presque comment nous pouvions vivre par le passé lorsque Internet n’était qu’un espace inconnu du grand public.

Ce tableau est significatif :

 

52% des Français de plus de 12 ans sont inscrits sur au moins un réseau social (62% des internautes). Environ 80% des 12-17 ans. mais l’on passe à  90% des 18-24 ans et 80% des 25-39 ans. Les statistiques retombent ensuite pour passer sous la barre des 40% des 40-59 ans. On le voit les nouvelles générations utiliseront toutes ces réseaux sociaux. Déjà aujourd’hui selon des chiffres officiels, Facebook est utilisé par 30 millions de Français chaque mois.

Entre 2013 et 2015, les réseaux sociaux ont conquis 4 millions de Français. Enfin pour être complet sachez qu’un senior sur deux (les « vieux » de plus de 50 ans) a utilisé Facebook le mois dernier.

C’est aussi un marché fort lucratif. en 2015 il s’est vendu en France 20,7 millions de téléphones smartphone, 5,3 millions de tablettes, 4,2 millions d’ordinateur . Conséquence : plus de la moitié des Français (57,6 %) sont désormais considérés comme des « mobinautes » soit 31,6 millions de personnes réparties quasiment à parité entre femmes (51 %) et hommes (49 %). Nous ne parlerons pas des abonnements aux différents réseaux et du poids que cela pèse désormais sur le budget des ménages modestes qui, au moment des choix drastiques auxquels ils sont confrontés, préfèrent souvent garder leur abonnement internet actif plutôt que de payer leur loyer ou leur facture EDF ( Ils savent qu’ils seront aidés pour le logement ou l’énergie et constatent qu’aucune aide n’existe pour le mobile ou la box internet)

Mais ce n’est pas de cela dont il s’agit.  Ce qui me faisait déjà écrire il y a quelques années que les outils numériques accompagnent des changements profonds dans nos pratiques quotidiennes reste d’actualité. Nous sommes désormais inscrits dans des communautés virtuelles, nous utilisons de multiple outils numériques qui ont un impact dans nos « vraies vies ». Se déplacer, rencontrer quelqu’un, partager nos passions plus ou moins avouables, l’internet est une réponse universelle qui  peut que nous interroger dans le champ médico social.

Les réseaux sociaux consacrent la société de l’information, du spectacle, où l’émotion prime sur la raison, avec une rapidité et instantanéité des échanges, dans une logique de déréglementation. (certains parlent d’ubérisation de la société) Si nous reprenons ces éléments notés en gras, tous ceux ci s’opposent à la pratique du travail médico-social. Comment ?

Les  travailleurs médico-sociaux :

– recherchent une information sûre, vérifiée, dans la discrétion à l’opposé de ce que nous proposent souvent  la société de l’information et du spectacle où l’intime est révélé, et où le sens commun l’emporte sur l’analyse et la recherche.
– estiment que la raison doit toujours l’emporter sur l’émotion ce qui s’oppose à un traitement d’information où  les émotions priment sur la raison, notamment dans la place qui est faite aux témoignages de victimes qui provoquent des mécanismes d’empathie .
– se donnent et donnent le temps de la réflexion et de la maturation  ce qui est l’inverse même de la rapidité et instantanéité des échanges sur les réseaux sociaux. On le voit à travers l’utilisation des mails qui imposent sans le dire des réponses rapides et concises
– rappellent le Droit et son soucieux de son respect. Là aussi cette pratique est en contradiction avec les logiques de déréglementation qui caractérisent si bien les nouveaux services qui se moquent des frontières, des lois et règlements nationaux.

Il n’est donc pas étonnant que de nombreux travailleurs sociaux regardent avec circonspection et méfiance ces réseaux sociaux. Leurs enfants n’ont pas toujours cette même prudence. Il y a un monde qui les séparent déjà. Il est important que nous comprenions bien ce qui se joue actuellement dans ces espaces virtuels.  Ce qui s’y passe a véritablement un impact dans la vie réelle des personnes qui les utilisent. Une raison supplémentaire de soi-même les comprendre et les maîtriser pour mieux comprendre les difficultés actuelles de nos contemporains…

Photo : fotomelia

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