Livre ouvert : « Le temps des pères »

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couv le temps des peresLa place des pères a toujours été guidée par la culture dans laquelle ils évoluaient. Pourtant, l’influence hormonale joue bien plus de rôle qu’on ne l’a imaginé jusqu’à aujourd’hui. C’est ce que démontre l’auteure.

Peu de cultures voient les pères investir les enfants comme le font les mères. Le rôle financier de « Monsieur gagne-pain » est partagé universellement. Dans aucune autre espèce de grands singes avec lesquels nous partageons jusqu’à 98,8 % de notre génome, les mâles ne prennent soin des petits. Au contraire, il leur arrive de tuer ceux passant à leur portée. Serait-ce là une donnée biologique qui essentialiserait la répartition genrée des fonctions parentales ?

Longtemps, elle le reconnait elle-même, Sarah Blaffer Hrdy a cru au monopole de la fonction maternante pour s’occuper des enfants. Dans un ouvrage très documenté, elle nous entraîne dans une démonstration contre-intuitive qui prouve exactement le contraire. Mise à part la lactation, rien ne prouve que les femmes soient mieux disposées à être meilleurs parents que les hommes, affirme-t-elle.

Aujourd’hui, les pères ne sont-ils pas plus susceptibles qu’autrefois d’être encouragés et autorisés à assumer leur rôle auprès des bébés et des enfants ? Aucune révolution anthropologique en la matière. Mais des potentialités latentes qui n’attendaient que le relâchement de la camisole culturelle pour se libérer. Les études scientifiques démontrent que les soins donnés aux bébés activent les réseaux cérébraux concentrés dans le cortex frontal, au même titre et aussi bien chez les hommes que chez les femmes.

Quant aux changements hormonaux qui préparent les mères à accueillir leur petit, ils agissent parallèlement aussi chez les pères. Les taux d’ocytocine (hormone de l’attachement) sont similaires chez les deux parents 6 mois avant l’accouchement. L’attente de la grossesse a pour conséquence une augmentation de la prolactine à l’origine de l’augmentation du volume des seins et de l’écoulement de lait aussi chez l’homme. Si cela se produit rarement, l’organisme masculin s’y prépare !

D’autres examens neuronaux ont pu détecter, chez l’un comme chez l’autre, les mêmes activations de cette dopamine qui alimente les centres du plaisir, quand les pleurs du bébé cessent. L’exposition sensorielle et le temps passé dans une proximité intime avec le petit d’Homme sont des libérateurs de récompenses. Il n’y a pas que la mère qui ressent du bien-être à s’occuper de son enfant. Les pères en éprouvent tout autant.

Pour autant, l’engagement des pères n’a rien d’automatique. Les soubassements biologiques qui l’y préparent ne suffisent pas. Car, ils s’articulent avec des constructions sociales à chaque fois spécifiques. « Nous déterminons nos actes, autant que nos actes nous déterminent » affirmait Georges Eliot. Il y a beaucoup de variations dans les soins paternels, selon les cultures et l’éducation genrée.

Les caractères masculins sont depuis longtemps associés à des stéréotypes. De vrais hommes devraient se lancer dans une compétition impitoyable, avec pour quête l’acquisition d’un statut supérieur et la domination d’autrui. Si ceux qui se tiennent éloignés de leur progéniture se montrent plus agressifs et plus violents, la chute de la testostérone qui participe de ces comportements touche les pères qui en sont proches.

De telles recherches n’avaient jamais eu lieu, car elles sortaient de l’entendement. Elles sont aujourd’hui nombreuses. Les stimuli que provoquent tant la grossesse que les soins apportés aux enfants confrontent tant l’homme que la femme à des changements endocriniens. Les nouvelles postures qui virent, il y a quarante ans, émerger les « nouveaux pères » peuvent dorénavant être validées et confortées. Elles sont biologiquement fondées.

 

 


 

Cet article fait partie de la rubrique « Livre ouvert »
Il est signé Jacques Trémintin
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Photo : Capture d’écran Sarah Blaffer Hrdy lors de sa conférence Ted (avril 2025) « Are we still human if robots help raise our babies ? »

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