Les éditions Anamosa ont publié 33 opus d’une collection d’ouvrages courts et incisifs qui s’emparent à chaque fois d’un mot différent pour le passer au crible du sens critique. Tout l’été cette rubrique en présente quelques-uns. Aujourd’hui : « École »
L’école publique et obligatoire ne remonte pas à Jules Ferry, comme on le croit fréquemment. Elle est proclamée solennellement par la loi, en 1792. Un texte législatif laissé lettre morte, jusqu’à ce que l’enseignement primaire national soit instauré en 1833, par François Guizot, alors ministre de l’instruction. Ce qui fait que dès le second empire, la majorité des territoires disposaient d’une école pour instruire les enfants. La gratuité, elle-même, fut même assurée théoriquement pour les familles indigentes dès 1816.
Ce qu’apporte la Troisième République c’est bien le caractère laïc et républicain de l’institution. Il s’agit alors surtout de refouler les congrégations religieuses qui occupent une place trop importante dans l’école. Pour le reste, celle-ci fonctionne encore à plusieurs vitesses et dans une logique élitiste, ne scolarisant au-delà de l’âge de 13 ans que les enfants des couches privilégiées.
Le XXème siècle va connaître des réformes majeures qui accélèrent sa démocratisation. Celle initiée d’abord à la libération par Paul Langevin et Henri Wallon et qui souleva bien des espoirs, avant d’échouer totalement dans ses ambitions. Puis, viendront le prolongement de la scolarité obligatoire de 14 à 16 ans (1959), la carte scolaire (1963), la création de l’ONISEP (1970), le collège unique (1975), l’éducation prioritaire (1983), le Bac Pro (1985)…
C’est alors que sont survenus les oiseaux de mauvais augures reprochant aux pédagogues/sociologues de tuer l’école en voulant lutter contre les inégalités qu’elle charrie. Une multitude de publications s’est mise à déplorer la détresse et le massacre des innocents, les enfants idiots ou barbares qui en résultent ! Heureusement, l’idéologie néo-libérale est venue revigorer l’esprit de la méritocratie républicaine en poussant à classer, à hiérarchiser et à récompenser.
L’état des lieux dressé aujourd’hui, par l’auteure, n’est pas enthousiaste. Celles et ceux qui réussissent sont celles et ceux qui se conforment aux attendus élitistes du système scolaire. Tant pis pour les filles bien plus présentes dans les sections littéraires que scientifiques. Tant pis pour les élèves de milieux ouvriers qui ont 40 fois moins de probabilités de devenir étudiant que les enfants de cadre. Tant pis pour les bacheliers issus de la campagne, moins admis en université que leurs pairs vivant dans les grandes agglomérations.
Face aux alternatives possibles, l’auteure se montre des plus critiques envers les écoles dites alternatives. D’abord, parce qu’elles sont pour beaucoup privées, hors-contrat et très onéreuses (de 400 à 800 € par mois). Ensuite, parce qu’elles font la promotion de l’individu au détriment du sens du collectif. Enfin, parce que l’idéologie qu’elles déploient valorise les idéaux néo-libéraux du dépassement de soi, de l’émulation par la concurrence et de la libre entreprise individuelle.
Elles symbolisent le démantèlement de l’école de masse, égalitaire et démocratique. Bien différentes sont les pédagogies émancipatrices dont Laurence De Cock fait l’éloge : celles d’un Paolo Freire, d’un Celestin Freinet, d’un Ovide Decroly. Leur fondement est clair et ambitieux : l’éducation doit passer par la conscientisation des rapports de domination et de la lutte pour leur dépassement.
- Ecole, Laurence De Cock, Éd. Anamosa, 2019, 99 p.
Cet article fait partie de la rubrique « Livre ouvert »
Il est signé Jacques Trémintin
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Photo : Laurence de Cock en 2018 Wikimedia


