Didier Dubasque
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Les surveillants de nuit vont-ils être les oubliés du Ségur Social ?

C’est la question que l’on peut se poser après l’annonce du premier ministre de revaloriser les salaires des travailleurs sociaux de 183 €. à compter d’avril prochain avec un premier versement en juin. Bien évidemment, cette annonce a soulevé de multiples questions sur qui y aura droit et qui n’y aura pas droit. De nombreux professionnels s’interrogent encore à juste titre sur la portée et le périmètre de cette augmentation des salaires dont tous ou presque ont besoin.

Les surveillants de nuit ont le sentiment qu’ils vont passer à la trappe. Vont-ils être les futurs oubliés du Ségur social ? Métier de l’ombre, très féminisé, invisible parmi les invisibles, ce métier coche pourtant toutes les cases : « Présents 365 nuits par an, 7 jours sur 7, week-ends et jours fériés compris au sein des structures (Foyer de vie ou médicalisé pour personnes en situation de handicap, Foyer Départemental de l’Enfance, Maison d’Accueil Spécialisée, Maison d’Enfants à Caractère Social…), mobilisés sur le terrain pendant la crise COVID sans télétravail possible, leurs missions demeurent essentielles ».

Sans surveillants de nuit, comment assurer la sécurité des résidents ?

Contrairement à ce que le grand public pourrait penser, ce métier n’est pas une sinécure. Parfois seul(e) auprès des mineurs et des personnes en situation de handicap, ils ont une responsabilité pour maintenir l’intégrité morale et physique du public accueilli dans les établissements. Ainsi, par exemple, les surveillants de nuit sont là lors des retours de fugues. Ils interviennent lorsqu’un jeune ou un adulte protégé développe une crise clastique. Ils assurent également les accueils d’urgence en pleine nuit. Ce ne sont pas de simples gardiens qui font des tournées pour jeter un œil distrait pour voir si tout va bien.

Ils (elles) ont aussi à gérer et faire face à des comportements autodestructeurs de certains résidents, par exemple les scarifications, mais aussi les tentatives de suicide. Car c’est la nuit que les remontées d’angoisse sont les plus fortes chez le public fragile. Ils assurent aussi gestion des changes/soins/médicaments parfois, confrontation aux insultes et gestion de la violence, transport aux urgences, cauchemars, énurésie, dialogue et écoute avec les jeunes/personnes en situation de handicap…

Comme pour d’autres métiers, les surveillants de nuit ont de multiples contraintes : mobilisés toutes les nuits de l’année, 365 nuits par an, fériés et week-end compris. Les récupérations sont souvent en semaine, les week-ends sont partagés et négociés et ils dorment en journée ou avec des horaires décalés, ce qui est loin d’être évident.

Une question au gouvernement : « ne nous oubliez pas »

Ces professionnels ont reçu le soutien de quelques élus, à l’image de celui de la sénatrice Laurence Cohen qui, dans une question posée au Gouvernement, développe un argumentaire assez convaincant en rappelant des évidences : « les pathologies ne s’arrêtent pas la nuit, l’accompagnement des mineurs – et notamment de celles et ceux en situation de handicap – non plus. C’est cette fonction d’accompagnement qui légitime la prise en compte de la profession dans le cadre du Ségur.

Simon Lacote, surveillant de nuit et ardent défenseur de la profession, rappelle que leurs formations sont assurées dans les instituts régionaux du travail social (IRTS) aux côtés des travailleurs des secteurs du médico-social et du socio-éducatif. Ainsi, écrit-il, cette profession coche toutes les cases liées à la revalorisation du Ségur : personnels de deuxième ligne mobilisés pendant la crise Covid, bas salaires, problématiques de recrutement, taux élevé de turn-over, pénibilité, continuité de la prise en charge éducative des usagers (protection de l’enfance, handicap…).

Les surveillants de nuit invités à se retrouver

Le surveillant de nuit est d’abord identifié comme intervenant pour assurer la sécurité des résidents d’un établissement. Cependant, ses missions varient fortement en fonction du contexte dans lequel il intervient. Celui qui exerce au sein d’une maison de retraite n’effectuera pas exactement les mêmes tâches qu’un professionnel intervenant au sein d’un centre d’hébergement ou de soins d’addictologie. Bref le travail nécessite de disposer de compétences sociales transversales, mais aussi d’un éthique professionnelle à l’image de celle portée par les éducateurs pour ne citer qu’eux.

Face au manque de reconnaissance de ce métier, un groupe Facebook privé a été créé. Il s’intitule « Regroupement des Surveillants de Nuit Exclusivement » . L’objectif est de regrouper les professionnels isolés de partout en France, de les renseigner sur leurs droits, sur l’évolution des conventions 51/66 et bien sûr, sur le Ségur Social dont ils sont pour l’instant exclus.  Le collectif envisage mener des actions de sensibilisation sur leur cause « Ici, vous trouverez toute la journée et la nuit au moins une personne avec qui échanger, c’est ça notre groupe ! », précise sa créatrice au pseudo évocateur « Ines Pairé »

Pour autant, tout espoir n’est pas perdu comme le dit Simon Lacote du collectif regroupement des surveillant(e)s de nuit. Il fait référence aux propos du président des départements de France en conclusion de la Conférence des métiers de l’accompagnement social et médico-social. François Sauvadet avait rappelé la réalité du terrain au sein de la protection de l’enfance et l’importance des métiers de la nuit.  « Ce serait un geste symbolique fort de considérer tous les métiers d’accompagnement comme égaux (jour et nuit) dans le combat quotidien qu’est l’accompagnement des usagers, des enfants placés ; de donner envie aux agents, aux salariés de toujours s’impliquer ».

 

Note : le métier surveillant de nuit relève de l’Avenant n° 284 de la CCN 66 du 8 juillet 2003 (surveillant de nuit qualifié). Une fiche métier définit ses missions dans le cadre de la fonction publique hospitalière

 

 

Photo créée par drobotdean – fr.freepik.com

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5 réponses

  1. Bonjour moi je n’ai pas la prime segur et que d’autre collègue de nuit l’on franchement travaillé la nuit pour 1350euros bin cela me dégoûte j’aime mon travail mais la il y a des limites

  2. Etant veilleur de nuit dans un foyer de vie depuis 20 ans je n’ai pas touché la prime Ségur je trouve cela inadmissible surtout que les ARS ont versé l’argent où est passé cet argent je parle pour les veilleurs de nuit les secrétaires etc et je ne comprends pas pourquoi dans certains centres tout le monde a touché la prime Ségur où est l’égalité je trouve cela inadmissible

  3. BONJOUR
    je suis surveillant de nuit depuis un an suite à une reconversion professionnelle j’aimerai savoir pourquoi c’est le seul métier qui n’est pas rémunéré la nuit pourquoi nous sommes exclus de la prime Ségur et quels syndicats nous représente et surtout pourquoi notre métier n’est pas reconnue à sa juste valeur malgré les énormes responsabilités qui pèsent sur nos épaules et la pénibilité du travail de nuit
    cordialement

  4. U.ne honte .la nuit les soins continue.je vais demander à mon employeur un chien.me sent plus vigile que soignant maintenant.

  5. un véritable scandale , en effet la loi Ségur crée une discrimination flagrante , concernant les surveillants de nuits . Ce métier de l’ombre , harassant.
    j’accuse les syndicats, d’avoir trahi le sens même du syndicalisme .Comment osent- ils signé cet accord ?
    Cordialement.

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