Le dur combat des « gens du voyage » relégués dans des aires d’accueil surexposées aux nuisances

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Claire Ané nous alerte dans le journal Le Monde sur les aires d’accueil des gens du voyage. Elles sont surexposées aux nuisances et à la relégation dans des zones difficiles d’accès. Ce n’est pas nouveau diront celles et ceux qui connaissent cette réalité. Mais il est bon de rappeler quelques faits à travers des exemples qui nous sont rapportés par la journaliste.

À Aulnay-sous-Bois, entre le grondement des avions et la poussière des chantiers, Marc Scheitz, sa famille et des dizaines d’autres familles vivent depuis des années sur une aire d’accueil censée être temporaire. Or ce qui devait n’être qu’une halte est devenu un lieu de vie durable, coincé entre une décharge réhabilitée, une route saturée et un site industriel.

« C’est moins pire qu’à notre arrivée : c’était un ancien dépôt d’ordures, que nous avons fini de nettoyer et dératisé, avant qu’on nous crée l’aire d’accueil. Et il y a pire ailleurs. »

Aujourd’hui, ce n’est plus seulement la mémoire du passé qui étouffe les habitants, mais bien l’air qu’ils respirent. « On mange de la poussière », explique Denise Lagréné, 71 ans. Bronchites chroniques, asthme chez les enfants, allergies persistantes — les symptômes s’accumulent silencieusement comme une maladie collective née de l’abandon.

Une étude publiée dans Nature Cities révèle une réalité qui ne peut être niée : les aires d’accueil des gens du voyage sont systématiquement implantées dans les zones les plus polluées, les plus bruyantes, les plus défavorisées. À proximité d’autoroutes, de déchetteries, de stations d’épuration ou d’usines classées Seveso, ces terrains publics multiplient par trois le risque d’exposition aux nuisances.

Une surexposition significative

L’étude est basée sur une analyse statistique nationale. Elle montre que les aires d’accueil sont situées dans des communes aux revenus plus faibles et aux valeurs locatives plus basses.  Elles sont aussi, à l’intérieur même de ces communes, placées dans les zones les plus exposées aux pollutions de l’air, du bruit, du sol ou des odeurs. Même comparées à d’autres ménages défavorisés vivant dans les mêmes villes, les gens du voyage subissent une surexposition significative.

Deux mécanismes principaux expliquent ce phénomène : d’un côté, la minimisation des coûts — les terrains les moins chers sont souvent ceux que personne d’autre ne veut, à côté d’infrastructures polluantes ; de l’autre, des préférences discriminatoires, où les élus locaux, influencés par des représentations dégradées des gens du voyage, choisissent délibérément d’éloigner ces populations des quartiers résidentiels.

Ces deux logiques, économique et sociale, se renforcent mutuellement. Elles produisent une ségrégation spatiale durable. Le schéma départemental d’accueil, censé organiser équitablement les places, reste fréquemment lettre morte, car de nombreuses communes refusent de s’y conformer.

Entre les lignes à haute tension et le crématorium

Pour Philippe Delacote, coauteur de l’étude, il s’agit d’une « discrimination environnementale systémique ». C’est un mélange de logique économique et « d’antitsiganisme ». Les décideurs choisissent des terrains peu coûteux, généralement en marge des villes, sans mesurer — ou en ignorant — l’impact sur la santé. Et quand les habitants demandent à partir, ils se heurtent à une réalité encore plus dure : il n’y a nulle part où aller. Les logements adaptés sont rarissimes, les terrains familiaux inaccessibles, les aires saturées. Vivre autrement semble impossible.

Un autre exemple est donné dans l’article du Monde. C’est un paysage à la Zola.  À Tremblay-en-France, sous les lignes à haute tension et à quelques mètres des pistes de Roissy, Emile Scheitz décrit un quotidien de vibrations, de kérosène et de fumées de crématorium. « Tout tremble quand les moteurs chauffent. » Ici, comme à Hellemmes-Ronchin, derrière une usine de concassage, les mères s’organisent, témoignent, lancent des pétitions.

Sue-Ellen Demestre, militante de l’association Da So Vas (tendre la main en romani), raconte dans Le Monde la situation des enfants asthmatiques, des bébés hospitalisés, des cancers inexpliqués. Sa mère est morte d’une maladie auto-immune, son père a passé un mois en réanimation. « Ils savent qu’on n’a pas le choix », dit Isabelle, sur l’aire d’Aulnay. Et c’est précisément cette absence de choix que les pouvoirs publics exploitent : des factures élevées, des travaux de maintenance laissés aux résidents, des sorties à pied devenues dangereuses faute de trottoirs. En 2023, un homme y a perdu la vie en tentant de traverser.

Ce que vivent ces familles n’est pas seulement une question d’aménagement du territoire, mais bien une injustice profonde, malheureusement ancrée dans les politiques publiques. Malgré les alertes répétées — rapport de la Défenseure des droits, études, mobilisations citoyennes — peu a changé.

Les subventions de l’État exigent désormais des critères environnementaux. Pour autant, les aires existantes restent telles qu’elles sont depuis plusieurs années. Le manque de solutions rend chaque espace toléré. C’est une réelle atteinte à la dignité qui devrait nous mobiliser.

Je vous invite à signer une pétition en ligne intitulée « STOP aux traitements indignes des Gens du Voyage : Établissez notre charte de la dignité pour soutenir ces familles qui se battent pour une amélioration de leurs conditions de vie et un plus grand respect de leurs besoins.

Sources :


Photo : femmes de l’association Da So Vas (Voir la pétition en ligne)

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