Le confinement a révélé les inégalités au sein de la famille

Le confinement a révélé de grandes inégalités dans la vie quotidienne des familles explique une étude britannique menée entre le 29 avril et le 15 mai. Elle a tenté de saisir comment 3500 familles anglaises avec deux parents de sexe opposé ont partagé un travail rémunéré et les responsabilités domestiques. Cette étude vaut aussi pour ce qui s’est passé aussi en France. Les inégalités au sein de la famille ne sont guère différentes entre les 2 pays.

Sans surprise les mères, ont payé un lourd tribut dans la période de confinement

Cette étude réalisée par l’Institute for Fiscal Studies (IFS) explique que

  • Les mères ont été plus susceptibles que les pères d’avoir quitté un emploi rémunéré depuis le début du confinement
  • Parmi les mères et les pères qui ont toujours un emploi rémunéré, les mères ont vu une réduction proportionnelle des heures de travail plus importante que les pères.
  • Parmi celles qui effectuent un travail rémunéré à la maison, les mères sont plus susceptibles que les pères de passer leurs heures de travail en s’occupant simultanément  des enfants. 

L’enquête révèle également que les mères ont eu la majeure partie du temps consacré à des responsabilités accrues en matière de garde d’enfants et de travaux ménagers : elles se sont occupé des enfants pendant une moyenne de 10,3 heures par jour (2,3 heures de plus que les pères) et ont fait le ménage pendant 1,7 heure de plus que les pères.

Des pères qui se mobilisent plus que par le passé

L’étude reconnait aussi que les pères ont également augmenté le temps qu’ils consacrent aux travaux ménagers et à la garde des enfants : les pères s’occupent maintenant en moyenne de près de deux fois plus d’heures qu’en 2014-2015 . Cela signifie que les pères assument désormais une plus grande part des responsabilités ménagères qu’avant la crise. 

Sonya Krutikova, directrice adjointe de la recherche à IFS,le confirme :  «Les pères, en moyenne, effectuent près du double des heures de garde d’enfants qu’ils faisaient avant la crise. Cela peut entraîner des changements dans les attitudes des pères, des mères, des enfants et des employeurs quant au rôle des pères dans la satisfaction des besoins familiaux en matière de garde d’enfants et de travail domestique. Cela peut provoquer un élan pour un partage plus égal des soins aux enfants et des travaux ménagers entre les mères et les pères après le déconfinement. « 

Des inégalités qui demeurent

Pour autant il reste à faire pour atteindre une réelle égalité notamment dans le domaine du travail. Alison Andrew, économiste de recherche senior à IFS explique ainsi que  « les mères sont plus susceptibles que les pères d’avoir quitté le travail rémunéré depuis le début du confinement ».

« Elles ont réduit leurs heures de travail plus que les pères même si elles travaillent toujours et connaissent plus d’interruptions pendant le travail à domicile que les pères, en particulier en raison des soins aux enfants.  « Ensemble, ces facteurs signifient que les mères ne font maintenant qu’un tiers des heures de travail rémunéré ininterrompues des pères. Le risque au final est que le confinement ait entrainé une nouvelle augmentation de l’écart de rémunération entre les sexes. »conclut-elle.

« La période a été plus dure pour les femmes que pour les hommes »

Le Journal Le Monde a de son côté interrogé le sociologue François de Singly. « La période a été plus dure pour les femmes que pour les hommes et les enfants » dit-il. « Pour de nombreuses femmes, la sphère d’autonomie est liée au lieu de travail. C’est la femme qui est la plus enfermée dans ses rôles familiaux, c’est donc elle qui a le plus intérêt à s’en échapper ». Pendant le confinement, non seulement il leur a fallu travailler en étant sans cesse dérangées, mais en perdant également cette possibilité d’avoir un monde à soi, non connu du compagnon précise la journaliste Solène Cordier.

Elle rappelle aussi qu’une enquête récente de l’INED [Institut national d’études démographiques] illustre bien ce phénomène en s’intéressant à la pratique du télétravail pendant le confinement. Elle montre que les femmes disposent moins souvent d’une pièce à elles pour travailler. Chez les cadres, en moyenne, 47 % des hommes cadres avaient une pièce spécifique contre 29 % des femmes.
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« Ce qui reste mystérieux » ajoute François de Singly « c’est que cette inégalité incontestable, qui se durcit à l’arrivée d’un enfant, est très rarement un objet de discussion. La plupart du temps, elle est vécue sans débat conjugal. Le simple constat des inégalités ne suffit pas à les combattre, il est urgent d’inciter, dans une politique de l’égalité entre les genres, à ouvrir des négociations explicites sur la réduction des inégalités ».
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Note : cet article est  une traduction partielle d’un article plus complet sur ce sujet rédigé par un collectif e chercheur de l’IFS Alison Andrew, Sarah Cattan, Monica Costa Dias, Christine Farquharson, Lucy Kraftman, Sonya Krutikova, Angus Phimister and Almudena Sevilla

lire aussi « Le confinement a été révélateur des inégalités qui structurent la vie familiale » (Le Monde)

 

Photo : freepik  master1305  @master1305

 

 

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