L’Académie de Paris veut fermer l’École de Travail Social Rabelais qui forme des assistant(e)s de service social

Ce n’est pas une mais 3 écoles qui dépendent du lycée Rabelais à Paris qui sont concernées par ce projet de fermeture. Elles forment chacune d’entre elles des futur(e)s professionnel(le)s de l’aide et du soin avec des infirmières, des assistantes sociales et des puéricultrices. Cette annonce est incompréhensible en cette période où le besoin de ces métiers est régulièrement souligné. Le personnel et les étudiants sont stupéfaits. Un « collectif des 3 écoles » a été créé et vient de lancer une pétition en ligne.

Quelques éléments de l’Histoire du Lycée Rabelais

Ce lycée a une histoire particulière et originale dont certains éléments m’ont été transmis par Marie Geneviève Mounier qui y a enseigné pendant de nombreuses années. L’origine de cet établissement est assez atypique

« L’histoire de Rabelais commence dans les années 50/60, rue Corvisart à Paris dans le 13eme, avec la création d’une section diététique, d’un IFSI et d’une section « AS ». Cette dernière avait pour but de préparer au concours d’enseignement social pour être professeur technique adjoint. En 1965, il était possible de passer le Diplôme d’État d’assistant social mais l’école n’était pas reconnue par le ministère chargé du social.

Puis il a été créé une section Conseillère d’Économie Sociale et Familiale en 1973.  C’est à cette époque que l’école d’Assistante Sociale  a été reconnue par le ministère en charge du travail social. Mais dans les années 1972/1973 l’établissement a été transféré dans des locaux neufs car il était auparavant situé dans une ancienne usine. Le lycée François Villon et un établissement rue de l’Estrapade  prêtaient aussi des locaux. Comme il n’y avait pas de lycée dans le 18e arrondissement de Paris, le rectorat demanda ensuite que l’établissement puisse proposer des préparations au Bac Général en plus du Bac F8  devenu bac ST2. Le lycée fut dès son origine spécialisé santé-social avant de devenir généraliste.

En 2007 l’établissement avait obtenu la reconnaissance en qualité de lycée de la santé et du social. Les résultats aux différents diplômes d’État ont toujours été bons voire certaines années excellents.  C’est un outil de formation au travail médico-social avec un parcours initial très original que le ministère de l’Éducation est désormais prêt à abandonner ».

Un motif d’abandon purement financier et en totale contradiction de la situation sanitaire, sociale et éducative.

Rappelons que ces professions d’aide et du soin sont considérées en tension. Il n’y a pas de chômage dans le secteur médico-social. Est ce vraiment le moment de diminuer l’offre de professionnels diplômés ?  « Interpellée par syndicats et représentants de parents d’élèves, l’@Academie_Paris explique sans complexe son désengagement par une logique gestionnaire » explique le collectif. C’est une nouvelle fois une baisse de dotation du Ministère de l’Éducation Nationale qui est en cause.  L’Académie de Paris doit rendre 100 emplois temps plein (ETP) et le recteur a préféré se désengager sans préavis de ces 4 formations professionnelles cela dès la rentrée de septembre 2021.

Le lycée Rabelais, localisé à Paris dans le 18ème arrondi, est toujours labellisé “Lycée des Métiers de la Santé et du Social”.  Son abandon  et l’absence de travaux sont la conséquence d’un désintérêt des pouvoirs publics. Ainsi en février 2020, la tempête Ciara avait fait de nombreux dégâts dans le lycée parisien. Les élèves avaient été contraints de poursuivre leurs cours dans d’autres établissements.

L’administration et l’équipe éducative est allée de déconvenues en déconvenues depuis plusieurs mois :

  • En septembre 2020, l’hébergement du lycée a été éclaté sur plusieurs sites avec aucune garantie  sur sa relocalisation dans le 18ᵉ arrondissement.
  • 2 mois plus tard des problèmes d’insécurité apparaissent avec le 16 novembre l’agression au couteau d’un élève du lycée alors que des alertes avaient été lancées en amont pour éviter ce drame.
  • Plus récemment en ce mois de janvier 2021 ce fut l’annonce de la réduction de la dotation budgétaire du lycée avec la suppression de 3 postes, dont un de titulaire. Cela a aussi provoqué l’impossibilité de dédoubler les classes et de faire de l’accompagnement personnalisé.

D’ores et déjà les formations du lycée Rabelais ont été rayées du dispositif Parcours Sup. Ce qui confirme cet abandon pur et simple d’un outil de formation relevant du service public.

Dans sa pétition que vous pouvez signer ici, le collectif des 3 écoles (IFSI, Puéricultrice, Travail Social) du lycée demande à l’Éducation Nationale, à l’Académie de Paris, et à la Région, de prendre les mesures nécessaires au financement des 3 formations, celles d’infirmières, de puéricultrices, et d’assistantes sociales au sein du lycée. La pétition sera ensuite transmise aux ministres et secrétaires d’État qui interviennent dans le cadre de l’éducation nationale et dans le champ de la solidarité et de la santé. La Région est aussi saisie ainsi que la DRJSCS sans oublier le recteur de l’académie du Paris
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Vous pouvez aussi vous informer via le compte Twitter du Collectif : @sauvonsrabelais
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Photo ; une du compte Twitter du collectif SOS Lycée Rabelais

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2 réponses

  1. Marie Geneviève Mounier (que je salue) a bien documenté l’histoire des écoles postbac de Rabelais.
    Personnellement, j’ai quitté Nantes pour Paris en 1965 car Rabelais-Corvisart était la seule école de l’Education Nationale en France qui formait des assistants sociaux et offrait donc une scolarité gratuite. Les recrutements de ces sections postbac (voir la pétition) sont donc fermées, 56 ans après, car l’Etat a décidé de ne plus les financer alors que les besoins en travailleurs sociaux, en personnels de santé, sont criants. Double et lourde responsabilité de l’Etat, en charge des formations, et de la Région, en charge de l’entretien des lycées (voir ici dans quel état se trouve Rabelais qui a dû en urgence externaliser toutes ses formations).
    Aberrant, destructeur. Renoncement au service public (mission d’intérêt général), au profit de qui cette coupe sombre ?
    Toute notre énergie de professeurs de l’Education Nationale à Rabelais, a entraîné dès 1982 nos étudiants dans de nombreux voyages d’études. Nous avons été reçus et avons travaillé avec le Conseil de l’Europe, la Cour européenne des Droits de l’Homme, le Parlement européen. Nous avons initié des échanges et des suivis réciproques d’étudiants avec les Instituts de Travail Social de Southampton, Glasgow, Berlin, Séville, et surtout Amsterdam…. Une richesse partagée.
    Ce qui est en jeu dans cette décision aberrante de l’Etat est bien explicité par une ancienne de Rabelais en commentaire de la pétition, Mathilde L. :  » J’ai étudié 3 ans dans cette école pour obtenir mon DE d’Assistante de service social auprès d’une équipe pédagogique investie. C’était la seule d’Ile de France qui proposait un enseignement gratuit. Désormais les étudiants devront trouver des moyens financiers…. Quel désastre de voir une fois encore le service public démantelé !! Sans parler des besoins actuels de professionnels des secteurs sanitaires et sociaux… ». Nombre d’étudiants sont venus se former à Rabelais de bien plus loin que la banlieue parisienne en raison de la gratuité de la formation, de Bretagne entre autres,….. Je précise avoir enseigné 23 ans dans ces Ecoles (A.S., Puer). Espérons….
    Maryse Le Morvan ( matronyme Angèle Brigant sur le réseau FB)

  2. Décision surprenante par sa soudaineté et l’absence de transition prévue!

    D’un côté les 3 formations concernées sont toutes des formations de niveau bac+3 et devraient donc être transférées dans un environnement public d’enseignement supérieur ( université).
    Pourquoi cette solution n’est-elle pas envisagée? Quelles difficultés ou obstacles rencontre-t-elle?
    Autre étonnement: c’est une autre école publique de travail social, après l’IFSY ( Versailles) qui ferme ses portes alors que le travail social est largement structuré par des politiques et des décisions publiques.

    De l’autre ces 3 formations concernent des métiers en tension: l’Académie de Paris semble s’exonérer de la réalité de l’emploi et des besoins
    Il faudra maintenant suivre les solutions envisagées par le Conseil régional pour permettre aux étudiants de poursuivre leurs formations et maintenir une capacité constante d’effectifs dans un environnement de recrutement en tensions sur ces 3 métiers.

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