Enfants massacrés ? Lacunes de la protection de l’enfance ? Quand l’émotion l’emporte sur la raison

L’Organisation Nationale des Educateurs Spécialisés (ONES) se retire du Conseil National de la Protection de l’Enfance (CNPE). Dans son communiqué  l’ONES indique que « La présidente du Conseil National de la Protection de l’enfance, Michèle Créoff, s’est récemment commise dans un livre rédigé avec Madame Françoise Laborde où elle s’inscrit très clairement dans une doctrine qui tend à ébranler le cadre de la protection de l’enfance« . Pour l’ONES, « l’absence de neutralité et la prise de position hautement contestable d’une personne censée être garante de la bonne tenue des débats et de l’expression des différentes sensibilités des membres du CNPE est un problème de fond qui nuit à la sérénité, à la rigueur et à l’avancement de la réflexion que nous pouvons attendre d’une telle instance ». Autre point de désaccord pour l’association professionnelle, les « nombreuses dérives de certains membres du CNPE qui font prévaloir leur simple appartenance à l’instance comme caution de compétences auprès des médias. En conséquence, l’ONES a pris la décision de se retirer du CNPE tant qu’un nécessaire travail de refondation n’aura pas eu lieu pour repartir sur de nouvelles bases ». (lire la totalité du communiqué)

Ce communiqué invite à quelques réflexions :

Un appel contre les « lacunes » de la protection de l’enfance.

Comment s’expliquer que la vice présidente du Conseil National de la Protection de l’Enfance dénonce dans la presse «les lacunes de notre dispositif de protection de l’enfance» alors que son travail est justement de faire des propositions pour améliorer le dispositif et combler ces lacunes en accord avec tous les membres du comité  via la recherche d’un consensus ?

Le journal TSA pose lui aussi la question : « Mais comment Michèle Créoff, la vice-présidente du Conseil national de la protection de l’enfance (CNPE), en est venue à porter ce plaidoyer sur la place publique ? » « J’ai une certitude, après 32 ans de carrière dans la protection de l’enfance : si on ne sort pas cette politique de l’ombre, on ne fera pas bouger les choses », répond-elle. « Et pour y parvenir, il fallait déclencher un mouvement extérieur au champ professionnel». Elle fait donc cavalier seul sans associer les membre du Conseil National ce qui pour ma part me parait un peu surprenant pour ne pas dire plus.

Le massacre des innocents ?

La  vice-présidente du Conseil National de la Protection de l’enfance dénonce donc dans un ouvrage qui vient de paraitre « Le massacre des innocents ». C’est un titre pour le moins racoleur, mais aussi et surtout évocateur car « Le massacre des Innocents est un épisode relaté dans l’Évangile selon Matthieu en même temps que la fuite en Égypte : le meurtre de tous les enfants de moins de deux ans dans la région de Bethléem, ordonné par Hérode, craignant la concurrence d’un roi des Juifs dont la venue lui aurait été annoncée par les mages, peu après la naissance de Jésus. Les Églises les honorent comme martyrs ».

Même si la cause est bonne a-t-on besoin de parler de massacre qui plus est d’innocents ? Certes le terme utilisé vise à attirer l’attention de l’éventuel lecteur invité à acheter cet ouvrage mais il semble bien loin de d’une position mesurée qui s’appuie sur la raison et non sur la simple émotion. Car, qui peut être contre le fait de lutter contre un massacre celui d’innocentes victimes tels des enfants ? Personne évidemment.

Une pétition qui fait partie d’un plan de communication ?

Fallait-il appuyer cet ouvrage d’une pétition en ligne qui finalement laisse une nouvelle fois supposer que rien n’est fait pour que cessent les maltraitances  à enfants ? Le style employé laisse supposer pour le lecteur non averti que l’Aide Sociale à l’Enfance fait partie du problème. En fait les services sociaux dans la pétition sont dans ce texte complices de ces maltraitances  (à défaut d’être complice de massacres) : « Ces maltraitances sont le plus souvent connues des services sociaux, des voisins, des juges, qui tous maintiennent ces enfants chez leurs bourreaux » est-il écrit.  Vous avez là les responsables désignés. Comment cela ? des juges, le voisinage, les services sociaux maintiennent les enfants chez leurs bourreaux (terme on ne peut plus  neutre n’est-il pas pour désigner les parents maltraitants). Mais dans ce cas qu’attendons nous pour porter plainte contre ceux qui savent. Il faut les poursuivre pour non assistance  à personne en danger.

Vient ensuite toute une série de statistiques qui visent à démontrer les carences du système de protection français.  Aucune statistique n’est donnée sur les dizaines de milliers d’enfant protégés, cela n’aiderait pas la thèse développée. Lorsque les enfants sont protégés l’aide sociale à l’enfance est une nouvelle fois mise en cause :  elle serait incapable de leur permettre  d’obtenir un diplôme  malgré, excusez l’expression « le pognon de dingue » dépensé pour eux car comme il est écrit dans la pétition « 70 % des enfants placés n’ont aucun diplôme, alors même que l’État dépense pour eux 44 000 euros par an et par enfant, c’est-à-dire le prix d’un collège d’élite ». Fichtre, ils sont vraiment nuls à l’ASE. N’y aurait-il pas d’autres raisons ? Est-il correct de comparer le coût d’un collège d’élite à celui nécessaire pour gérer non seulement la scolarité mais aussi tout ce qui est nécessaire pour accueillir, héberger, soigner,  accompagner et protéger avec du personnel formé ?

Fort heureusement viennent ensuite 19 propositions bienvenues et qui sont cohérentes.  Pour preuve certaines font déjà partie de la loi de 2007 sur la protection de l’enfance et tardent à être correctement appliquées. Là aussi les raisons sont connues. D’autres propositions émanent directement du Conseil National de Protection de l’Enfance, de la part même de responsables de ces services sociaux et de ces magistrats considérés comme si peu protecteurs.  Cherchez l’erreur.

Tout cela permet aussi  la mobilisation de personnalités issues du monde des médias premières signataires la pétition pour défendre la cause. Flavie Flament, Nagui, Annie Duperey, Bruno Solo, la philosophe Elisabeth Badinter et j’en oublie… Tous seront bien plus percutants pour convaincre le Président de la République que la protection de l’enfance mérite d’être une grande cause nationale. Ce dont je souscrit complètement surtout si cela apporte des moyens supplémentaires pour la prévention des maltraitances notamment.

On donc peut espérer que cela permettra à terme d’améliorer la situation. Mais quel dommage et quel gâchis : il aurait été correct de reconnaitre  le travail de protection déjà existant. D’éviter d’accuser et de porter atteinte à des professionnels qui dans leur grande majorité font leur travail avec passion et engagement (oui cela existe).  Mais visiblement cela n’intéresse pas grand monde.

Quant à ce qu’il faut améliorer, il s’agit comme le précise  Fabienne Quiriou directrice générale de la Convention Nationale des Associations de Protection de l’enfance (CNAPE) , « de parvenir à appliquer les textes » Ils existent appliquons-les !

 

Photo pexels

 

 

 

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2 réponses

  1. L’ASE l’Aide Social Pour l’enfance, gaspillent 7,5 milliards d’euro par un, sur le dos des contribuables afin de détruit nos enfants et massacrer leurs familles.

    L’ASE c’est une structure mafieuse, donc le seule objective est d’e créer ou inventer des parents défaillantes, pour gagner de l’argent sur nos enfants.

    Cette Machine destructrice des enfants de la république est bien existante dans » le pays des droits de l’homme » Quelle honte.

    1. Je publie là vos propos qui montrent bien que vous êtes dans l’excès, l’affirmation et le jugement sans nuance ce qui est fort dommageable.
      DD

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