Coéquipiers ou compétiteurs ? «Seul on va plus vite, ensemble ou va plus loin»

Face au postulat voulant que le travailleur social, fort de sa technicité et de son expertise, saurait ce qui est bien pour les personnes qu’il accompagne, il est de bon ton de brandir un axiome au sens totalement inversé : « ce sont les personnes aidées qui ont les solutions aux problèmes qu’elles peuvent rencontrer ».

Les professionnels ne seraient que les révélateurs de ce que les usagers savent, mais qu’ils ne sauraient pas qu’ils savent. Cette conception maïeutique que nous devons à Socrate, est juste mais partielle. Certes, ce sont les personnes en difficulté qui, connaissant mieux que quiconque la précarité et les échecs, peuvent identifier les obstacles et freins au changement.

Mais, l’insécurité, la confusion et la précarisation, qui les fragilisent, altèrent aussi, potentiellement, leur vision consciente des enjeux ainsi que leur capacité de choix. Les professionnels, de leur côté, sont certes privés de l’éprouvé direct des épreuves quotidiennes de la survie bien utiles au diagnostic. Mais, ils cultivent cette technicité si précieuse de l’écoute active et sensible, de l’observation fine des interactions, de l’analyse distanciée, de la valorisation des actes posés et la minoration de la gravité des échecs (cf Sylvie Kowalczuk).

Plutôt que d’opposer ou de hiérarchiser respectivement le savoir expérientiel des personnes accompagnées et le savoir-faire des professionnels, mieux vaut les articuler dans une logique dialectique de co-construction conjonctive (et) et non disjonctive (ou). Ce ne sont donc ni les intervenants, ni les usagers qui détiendraient le monopole les solutions à trouver aux problèmes rencontrés.

Cette faculté surgit de leur étroite coopération, de leurs articulations bienveillantes et de leur complémentarité respectueuse. Leur rencontre ne sera fertile que si chacun bénéficie des habiletés, des compétences et des connaissances de l’autre.

« Seul on va plus vite, ensemble ou va plus loin », affirme le proverbe africain. A vous d’en décider !

 

Note : Cet article fait partie de la série « un été avec Jacques Trémintin » que je vous propose en juillet et en aout avec l’aimable autorisation de son auteur que je remercie (Article paru dans le numéro 1244 de Lien Social du 07/02/2019). A retrouver sur www.tremintin.com )

photo : 17115508  master1305 freepik

 

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