Citoyens de première zone

« Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir », affirmait Jean de La Fontaine, en 1678. Cela a-t-il changé depuis ? On peut en douter !

Un homme de 41 ans agresse violemment son fils, tentant de l’étrangler avec une ceinture de peignoir, lui portant plusieurs coups de couteau au thorax et lui infligeant une douche brûlante. La justice le condamne … à deux ans de prison avec sursis.

Un homme de 30 ans, en état d’ébriété, est interpellé par une patrouille de police. Il se débat, insulte et porte un coup dans le genou de l’un des agents. Le tribunal le condamnera pour outrage et violence à deux mois ferme.

Un professeur tente de retenir Gwénaël qui refuse de se rendre chez le proviseur. Dans la bousculade, il reçoit un coup de poing. Émotion légitime du corps enseignant : l’élève est mis à pied jusqu’à son conseil de discipline qui décide de son exclusion définitive. Son éducateur y prend la parole pour affirmer sa présence indéfectible auprès de l’adolescent, tout en dénonçant l’acte inadmissible qu’il a posé. Il espère une réaction rapide de la justice, afin que l’adolescent assume ses actes. Un an après … toujours rien !

Celui qui fait face au juge des enfants, c’est Nabil, mis en examen pour avoir refusé de s’arrêter sur l’injonction d’un policier qui l’a reconnu sous son casque, au volant d’un scooter. L’adolescent métis proteste de son innocence. Avant l’audience, il confie savoir qui pilotait le deux roues, mais il ne dira rien : il n’est pas une balance.

Finalement, ne vaut-il pas mieux tenter de tuer son fils ou agresser un enseignant, que de résister ou ne pas obéir à un agent de la force publique ? Nous n’entonnerons pas ici un refrain anti-flics. Les policiers et les gendarmes jouent un rôle essentiel dans la préservation du vivre ensemble. Leur autorité doit être soutenue et protégée.

Mais, leur légitimité doit l’être tout autant, en ne les plaçant pas au-dessus des autres citoyens.

 

Jacques Trémintin

 

Cet article fait partie de la série « un été avec Jacques Trémintin » que je vous propose en juillet et en aout avec l’aimable autorisation de son auteur que je remercie (Article paru dans le numéro 1221 de Lien Social du 23 janvier 2018. A retrouver sur www.tremintin.com )

 

Photo : freepik

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