« Assistantes sociales en lutte 1990-1992, le succès trente ans après ! »… Six questions à Cristina De Robertis

C’est l’histoire d’une lutte exemplaire menée pendant 3 ans que nous propose Cristina De Robertis.  Son livre décrit avec précision  une période remarquable de la profession d’assistant de service social. À l’époque toute une profession s’était levée contre une injustice majeure qui lui avait été faite. En effet, son diplôme, obtenu avec trois ans d’études post-bac, avait  été homologué avec seulement une reconnaissance de deux ans d’études. Une injustice due aux élus de l’époque, mais aussi à celles et ceux qui avaient tenté de  diviser la profession injustement accusée de corporatisme. Les assistants de service social n’ont jamais accepté cette disqualification et ont toujours revendiqué la reconnaissance à Bac+3. 30 ans plus tard, cette injustice a été réparée grâce à l’obligation faite à la France de respecter les directives européennes.

Paris octobre 1991 ASS du Jura

J’ai pu interroger Cristina De Robertis à l’occasion de la parution de ce livre. Voici les 6 questions et ses réponses au sujet de cet ouvrage et de son travail.

Cristina, Comment est né ce projet de livre ?

Je me suis dit « enfin !! » lorsque sont parus, en 2018, les nouveaux textes sur la formation des travailleurs sociaux qui situaient les diplômes au niveau 6 de l’échelle européenne des professions (niveau licence).  Depuis le temps qu’on le réclamait ».  Je me souvenais bien du principal slogan lors de ce mouvement : BAC + 3 = NIVEAU II !

Et puis, on a beaucoup parlé de la refonte des études de l’ensemble des professions sociales en 2018, mais jamais personne n’a fait allusion à cette lutte des années 1990 – 1992. Cette longue mobilisation avait été oubliée et non transmise par la profession aux générations suivantes.  Je me suis alors dit qu’il faudrait en  retrouver les traces. J’avais gardé un dossier avec des tracts, coupures de presse, documents divers de l’époque, Marie-Thérèse Paillusson, présidente de l’ANAS pendant ces événements, m’avait aussi confié des documents de ses propres archives.

Le projet a muri et avec le GREHSS nous avons décidé de faire appel à un groupe de travail pour explorer le sujet. Ensuite, un appel à documents et témoignages relayé par l’ANAS et ton blog a permis de récolter  de nombreux témoignages, documents, archives que les acteurs de l’époque avaient, comme moi, précieusement gardé.

Qu’est-ce qui a été « exceptionnel » dans cette mobilisation des Assistant(e)s de Service Social ?

Elle a été exceptionnelle à plusieurs titres :

  • Tout d’abord parce qu’il s’agissait d’un mouvement centré sur la profession elle-même, sa valorisation et sa reconnaissance. Les assistant(e)s de service social avaient jusqu’alors surtout défendu les personnes accompagnées, les laissés pour compte, s’étaient élevés contre le mal usage de leur profession par les autorités, etc. Pour la première fois un mouvement était centré sur des revendications les concernant directement.
  • Ensuite la mobilisation a concerné tous les professionnels et le nombre d’ASS mobilisés a été énorme, tant en métropole qu’en outre mer, 87 collectifs locaux ont existé au plus fort de la mobilisation, coordonnées au sein de la Coordination nationale des collectifs d’assistants de service social (CONCASS).   Des manifestations à Paris ont regroupé plus de  10 000 personnes soit presque un tiers du corps professionnel évalué alors à quelques 35 000 diplômés.
  • Enfin ce mouvement a été exceptionnel par sa durée de plus de trois ans, avec des périodes et des modalités différentes, mais toujours centré sur la revendication principale, mais non exclusive,  d’homologation du diplôme d’État au niveau II (licence).

 

Pourquoi parler aujourd’hui de ce mouvement social qui fut à l’époque dénoncé comme corporatiste ?

Cette lutte a été taxée comme corporatiste dans une tentative de dénigrement et de délégitimation notamment par le Ministère des affaires sociales et le gouvernement. Aussi par certains syndicats opposés et non participants au mouvement, la CFDT pour ne pas la nommer.

Mais en aucun cas ce mouvement n’a été fermé sur lui-même ni déconnecté des autres professions ou luttes en cours. L’appel à la  convergence avec les autres professions sociales a été constant et rappelé dans tous les comptes rendus et documents, le soutien indéfectible de la CGT et de la CRC (ancêtre du syndicat SUD)  à cette lutte est aussi un garant d’ouverture et de légitimité. Même si le soutien des autres professions sociales a été minime, il n’a pas été inexistant et localement on a vu la participation notamment d’éducateurs spécialisés.

photo ANAS 44 le 21 03 1990

Quelles idées retenir de ce mouvement (qui à l’époque n’avait pas abouti) pour éclairer le présent ?

 Je pense qu’il est nécessaire de connaitre notre histoire qui éclaire ce que nous sommes aujourd’hui. Il faut être fiers de notre passé et reconnaissants aux acteurs qui, à l’époque, ont su se battre sous des formes inventives, créatives et pleines de détermination pour la reconnaissance de notre profession.  La capacité d’organisation collective de la profession fut remarquable et nous aurions intérêt à étudier toutes les formes de résistance déployées pour les réutiliser, si nécessaire, avec les personnes accompagnées ou pour nous-mêmes.

Y a-t-il un message à transmettre aux ASS qui n’ont pas connu cette époque ?

Il faut se dire que les seules batailles perdues d’avance sont celles que nous ne livrons pas … Celles qu’on mène on n’est pas certain de les gagner, mais on a la satisfaction de s’être battu pour une cause juste, d’avoir retrouvé la dignité refusée, la force et l’engagement collectif, l’apprentissage de nouvelles manières de lutte. La satisfaction 30 ans après vient confirmer la justesse des revendications de l’époque. Il faut oser, ne pas s’interdire.

Et demain ? As-tu d’autres projets d’écriture ?

« J’ai entrepris, avec les co-auteurs, la révision du livre « Intervention sociale d’intérêt collectif, de la personne au territoire » pour faire une troisième édition mise à jour qui paraitra en 2022. J’ai aussi toujours des projets en cours pour  la Revue française de service social, de l’ANAS, dont je suis membre du comité de rédaction. Les idées ne manquent pas… ! »

Un livre souvenir d’une histoire riche de solidarités

Vous apprendrez ainsi par exemple comment les assistantes sociales se sont mobilisées en occupant pendant un mois, jour et nuit, un square proche de Matignon afin de continuer d’interpeler le premier ministre de l’époque. Elles avaient inventé le « CSUR » (camping sauvage urbain revendicatif). Elles ont aussi occupé les rails de la gare Montparnasse.

Comment quelques 2 000 assistantes sociales sont restées assises sur les rails et les TGV pendant dix heures. Elles réclamaient l’ouverture de négociations sur leur plateforme revendicative à un gouvernement (de gauche) qui restera sourd à toute négociation.

Les négociations, les coordinations, les échanges et les discussions, dénigrement, faux semblants, enlisement, refus de les écouter et de les recevoir… Rien de tout cela ne leur sera épargné

N’hésitez pas à vous procurer cet ouvrage édité par l’ANAS.

livre C. De Robertis

 

Lien pour lire les premières pages

Lien pour accéder à la boutique et acheter le livre

 

Remerciements à Cristina De Robertis et à l’ANAS

Photos ont été fournies par l’auteure

 

 

Partager

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur email

Articles liés :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Mon nouveau livre vient de sortir :
"Les oubliés du confinement"

Soutenez mon travail (et ce blog), en achetant un exemplaire !

%d blogueurs aiment cette page :