Revue de presse | l’impasse sur les inégalités / le secret pro malmené / La fabrique de l’insupportable / Robert, ce pantouflard !

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Bonjour et bienvenue à cette revue de presse ! Au menu cette semaine : commençons le pouvoir d’achat dont tout le monde parle. Il ne pèse pas du tout le même poids selon la taille de votre portefeuille et votre épargne. Allons ansuite dans les Alpes-Maritime pour découvrir un guide préfectoral qui fait dire à la loi n’importe quoi sur le secret professionnel. Nous revenons ensuite sur la situation des allocataires du RSA qui racontent sans détour ce que leur fait vivre la loi « plein emploi », et, pour finir sur une note plus douce, l’histoire de Robert, qui enfile chaque jour ses pantoufles à l’accueil de jour. Il nous rappelle à quoi sert vraiment un « chez-soi ». Des chiffres qui posent question, des témoignages intéressants et des analyses qui donnent matière à réfléchir… Sans oublier les multiples liens susceptibles de vous intéresser et un podcast proposé par le Média Social… Bonne lecture et bonne écoute !

 


La question du « pouvoir d’achat » ou comment faire l’impasse sur les inégalités

rien dans les pochesCet article publié par l’observatoire des inégalités défend une idée centrale : le « pouvoir d’achat » n’est pas vécu de la même manière par tous les Français. Ce concept masque les inégalités de revenus. Le pouvoir d’achat désigne la quantité de biens et de services qu’un revenu permet d’acheter, une fois prise en compte l’évolution des prix. En 2025, les prix ont augmenté plus vite que les revenus. Conséquence : le pouvoir d’achat a reculé de 0,7 %, soit environ 15 euros par mois pour une personne au niveau de vie médian, fixé à 2.200 euros nets. Mais cet indicateur repose sur un panier « moyen » : il ne reflète pas exactement les dépenses de chaque ménage.

Une moyenne masque les inégalités qui frappent les plus pauvres. La hausse des prix n’a pas les mêmes effets selon les ressources et les habitudes de consommation de chacun. Une personne qui dépend de sa voiture est davantage touchée par le prix du carburant ; les ménages modestes consacrent aussi une part bien plus importante de leur budget à l’alimentation et à l’énergie.

L’épargne change également la capacité à faire face à un imprévu :Quand on a des économies sur un compte il est possible de puiser dans leurs réserves. De leurs côtés, les ménages sans épargne doivent s’endetter ou réduire leurs dépenses. C’est un véritable casse-tête pour les plus pauvres, les économies peuvent concerner des besoins essentiels, comme se chauffer ou bien manger.

Les écarts se retrouvent dans l’évolution des niveaux de vie sur vingt ans : après impôts et inflation, celui des classes moyennes a augmenté de 15% ; celui des 10% les plus riches a augmenté de 24% ; celui des 10 % les plus modestes a diminué de 2,3 %. Cherchez l’erreur !

Anne Brunner et Louis Maurin auteurs de cet article critiquent l’usage politique de la notion de pouvoir d’achat. Ils rappellent que les baisses d’impôts profitent à celles et ceux qui en paient : les plus aisés. Cette politique n’empêche pas de réduire « en même temps » les ressources disponibles pour les services publics. Or les services publics sont souvent la seule « richesse » des plus pauvres. (lire l’article de l’observatoire des inégalités)

 


Secret professionnel : quand un guide préfectoral fait dire à la loi ce qu’elle ne dit pas

Illustration
Illustration © ANAS

Il est quand même assez pénible de constater qu’un préfet n’est pas capable d’expliquer la loi sans se tromper ! L’équipe de Secretpro.fr et l’Association Nationale des Assistants de Service Social (ANAS) viennent de publier un communiqué commun qui relève des erreurs importantes au sein d’un guide préfectoral de “sensibilisation au secret professionnel pour l’accueil et l’accompagnement des femmes victimes de violences intrafamiliales et sexuelles dans les Alpes-Maritimes”. Il est est fait état d’une « accumulation d’erreurs et d’omissions juridiques ».

Ce guide présente comme obligatoires des signalements à engager que la loi, dans certaines situations, autorise sans les imposer. Il attribue aussi aux assistants de service social une obligation générale de signalement sans préciser le texte qui la justifierait ! Cette confusion entre une possibilité et une obligation peut avoir des conséquences importantes sur les pratiques : un professionnel qui croit devoir signaler pourrait transmettre des informations qu’il aurait légalement pu garder confidentielles dans l’intérêt de la famille ou pour la continuité de l’action engagée.

Pire même ce guide mentionne des peines liées au défaut de signalement sans rappeler que les personnes astreintes au secret professionnel en sont exclues (sauf disposition légale contraire). Le guide indique que « la levée du secret est alors totale » : encore une inexactitude : l’autorisation de révéler certaines informations ne permet pas de transmettre toutes les confidences recueillies auprès d’un professionnel soumis au secret.

Comment agir face à tant d’incompétence de la part d’une autorité administrative ? Personnellement, je ne vois qu’une seule solution pour les travailleurs sociaux des Alpes-Maritime soumis au secret : mettre ce guide à la poubelle et se référer à la loi et la jurisprudence. Ne manquez pas cet article juridiquement détaillé. (lire l’article sur le site de l’ANAS)

 


La loi plein emploi : la fabrique de l’insupportable.

Des allocataires du RSA qui racontent humiliation, contrôles et sanctions, un an et demi d’enquête à l’appui. ATD Quart Monde, Aequitaz et le Secours Catholique avaient déjà présenté le 6 octobre un rapport, « Unis contre la loi dite plein emploi ». Le journal d’ATD Quart Monde qui vient de paraitre revient sur ce sujet.couv journal atd quart monde

Premier élément à charge : l’accompagnement promis « renforcé » est selon ATD « bâclé ». Pour traiter vite et en masse, les outils numériques se multiplient au détriment de l’écoute. Un répondant sur cinq ne sait pas s’il a signé son contrat d’engagement. Henri Simorre, chargé du plaidoyer RSA, rapporte que ce contrat est souvent « validé au cours d’une réunion de groupe, déjà prêt, et même parfois déjà signé ». Résultat : on ignore ce qu’il faut faire pour éviter les sanctions, et la confiance dans les institutions disparait. « Le référent qui vous suit a peut-être en main des propositions d’aides, mais dans l’autre main il a des sanctions. Comment lui faire confiance ? » Isabelle Doresse, vice-présidente d’ATD Quart Monde, le disait déjà en octobre 2025 : « On ne sort pas les personnes de la pauvreté à coups de suspensions, mais par la confiance et l’accompagnement. »

Deuxème élément : des sanctions écrasantes frappent toute la famille. Les pouvoirs publics refusent de donner les chiffres. Selon le rapport, certains départements gèlent 80 % ou 100 % du RSA dès le premier manquement, sans examen individuel. Le RSA étant familialisé, ce sont le conjoint et les enfants qui sont privés de revenus, parfois des semaines, avec un risque de perdre le logement. Des témoignages de détresse vont jusqu’à parler de tendances suicidaires chez certains allocataires.

Troisième élément : les 15 heures d’activités obligatoires sont devenues un « fourre-tout » : formations inutiles à l’autre bout de la ville, justification de rendez-vous médicaux, CV à refaire chaque semaine. Côté guichet, les professionnels souffrent aussi : « On est désormais passé à du contrôle administratif », regrette une conseillère France Travail.

Pourtant le chômage progresse, malgré ces sanctions § Il faut peut être en chercher les causes ailleurs. Les trois associations demandent un moratoire sur la loi et le décret « suspension-remobilisation », et une politique globale d’éradication de la pauvreté. (lire le dossier du journal d’ATD Quart Monde)

 


Et aussi

Robert, ce pantouflard !

SDF froidUn peu d’humanité dans un monde de brutes ! Arrivé il y a trois mois, Robert fait partie de ces « nouveaux de la rue » qui n’en maîtrisent pas encore les codes. Il va à l’accueil de jour, et Ludwig Maquet nous raconte ses « petites habitudes ». Il prend un café, déjeune, lave son linge, puis enfile ses pantoufles et souffle, loin des nuits où l’on ne dort que d’un œil.

Pendant la journée, Robert « habite », c’est-à-dire qu’il existe en un lieu, présent au monde et aux autres (« La maison dit une intimité », écrivait Gaston Bachelard). L’accueil remplit les fonctions d’un logement. Il offre une adresse administrative, indispensable pour chercher du travail, refaire ses papiers ou donner une adresse à sa fille. Il garantit aussi l’intimité du corps : des toilettes propres plutôt que le derrière d’un transformateur, et pour les femmes la possibilité de changer leurs protections sans être vues. Il y a enfin la douche chaude et les serviettes propres, qui redonnent une image de soi, ce que l’auteur relie à la pyramide de Maslow.

Un refuge, un ancrage, un espace de rencontres. Loin des violences de la rue, Robert trouve ici de la sécurité et une stabilité psychique : si Patrick Declerck parle de « naufragés », ce lieu est pour eux un véritable ancrage. L’accueil est aussi un espace de sociabilité avec ses règles. C’est une « vitrine sociale » qui préserve des espaces intimes, comme le sous-sol où l’on peut faire une sieste réparatrice. L’auteur en conclut que l’errance fragilise l’individu à l’extrême. Le soir, Robert range ses pantoufles dans son sac à dos et reviendra demain, peut-être pour y trouver une lettre de sa fille.

Ludwig profite de cet article pour nous passer un autre message : celui de l’attention à l’autre à travers l’action du collectif des morts de la rue.

Lire : « Robert, ce pantouflard », par Ludwig Maquet (LinkedIn)

 


Un podcast qui devrait vous plaire

couv recits dapprentissage en terres educativesC’est tout simplement une interview sur internet. Une bouffée d’air pour tant de professionnels, d’étudiants en travail social. Ce  podcast « Les voix du social » a été réalisé avec la participation des auteurs-éducateurs du livre « Récits d’apprentissage en terres éducatives », dans les locaux du Média Social.

Léna Francina, Thomas Carreau et Fabien Bitoun nous racontent une belle expérience collective. Ils soulignent les bienfaits de l’écriture, et l’importance de témoigner autour de nos métiers fragilisés. Voilà une source d’inspiration si vous aussi, vous êtes tenté(e) par une telle aventure…

 


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Dans la presse pro (sélection)


Vous êtes allé(e) au bout de cette revue de presse ? Bravo et merci ! Merci aussi surtout à Michelle Flandre qui m’a aidé à la réaliser !

Photo : DepositPhotos

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