Livre ouvert : « Oradours coloniaux français »

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couv ouradour coloniauxIl est des déclarations qui provoquent des tempêtes. Ce fut le cas, lorsque le journaliste Jean-Michel Aphatie affirma sur RTL, le 25 février 2025, que la France avait commis « des centaines d’Oradour-sur-Glane », lors de sa conquête et de l’occupation de l’Algérie.

Même s’il choqua alors les thuriféraires de la grandeur de la France et de sa glorieuse aventure coloniale, il avait totalement et absolument raison. Olivier Le Cour Grandmaison en fait une démonstration limpide et implacable. Son travail d’historien est d’une précision qui ne laisse aucun doute sur les actions criminelles menées par notre pays pour écraser et soumettre le peuple algérien.

Il est courant d’évoquer la guerre d’Algérie entre 1954 et 1962. Il convient de préciser, dit l’auteur, qu’il s’agit de la « dernière » guerre d’Algérie, car il y en eut beaucoup depuis l’invasion de 1840. Même s’ils furent recouverts du vernis d’une prétendue mission civilisatrice, les massacres ne furent pas l’exception, mais la règle. Ils furent même alors l’outil principal de l’armée française pour tenter de pacifier des populations n’acceptant pas de vivre sous le joug de l’occupation étrangère.

C’est pourtant la période historique, au cours de laquelle l’Europe se dote progressivement de « lois de la guerre ». Ces règles sont censées bannir l’attaque des populations civiles non combattantes et les destructions des zones habitées situées en dehors du champ de bataille. Rien de tel en Algérie où la seule norme appliquée fut celle de la guerre totale. Pas de quartier, raser tout, piller tout, tuer tout le monde. Il ne s’agit alors pas de vaincre un État ennemi, mais d’assujettir un peuple en le dissuadant de s’opposer à l’ordre colonial.

La stratégie militaire utilisée fut très souvent celle de la terre brûlée. Les campagnes de razzia menées par des colonnes infernales progressaient en exterminant les prisonniers comme les civils ; en détruisant les agglomérations comme les villages ou les oasis ; en abattant les cheptels et en ravageant les récoltes ; en enfumant les populations qui s’étaient réfugiées dans les grottes. Affamer, déporter, abattre méthodiquement, telle fut l’action de l’armée française de l’époque.

L’objectif était alors de préserver l’empire. Pour y parvenir, l’État devint militaire, policier et terroriste. Il n’a pas sévi qu’en Algérie. Il fit massacrer des femmes à coups de machette au Congo ; il fit pratiquer les tortures dignes de la Gestapo en Indochine ; il fit menacer des femmes et des enfants pris en otage à Madagascar. La discrétion n’était pas de mise. Les populations étaient souvent réunies pour assister aux carnages, pour montrer ce qu’il en coûtait de s’opposer à l’armée d’Afrique.

Pour autant, est-il légitime de comparer ces massacres avec celui d’Ouradour-sur-Glane ? Le 10 juin 1944, les 643 hommes, femmes et enfants de tous âges de ce village furent enfermés dans l’église par la division SS Das Reich avant qu’elle n’y mette le feu. Il est difficile de ne pas relater qu’à peine 11 mois plus tard, c’est entre 5 et 30.000 civils que les colons de Sétif massacrèrent à leur tour, le 8 mai 1945. Ce fut en représailles de la centaine d’européens morts à la suite des manifestations pour l’indépendance. Une puissance occupante en déroute commet un crime de guerre en représailles des actions de résistance ici, une communauté de colons réprimant dans le sang la résistance à leur domination serait légitime à massacrer là ?

Au mieux révisionnistes (« ce fut des cas isolés »), aux pires négationnistes (« cela n’a jamais existé »), les narrations apologétiques du roman national républicain ne tolèrent pas cette réalité historique. Seules de mauvais Français voulant calomnier l’armée peuvent la révéler. Jean-Michel Aphatie fut suspendu de RTL pour avoir osé l’affirmer. Si nous ne sommes pas comptables de ce que nos prédécesseurs ont commis, nous le sommes de la mémoire de leurs actes, conclue avec justesse Olivier Le Cour Grandmaison.

 

 


 

Cet article fait partie de la rubrique « Livre ouvert »
Il est signé Jacques Trémintin
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Photo : Maghreb du livre Olivier Le Cour Grandmaison

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